Comme ça s'écrit…


Ce qui compte, ce qu’on vit

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 19 avril, 2017
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Si j’étais candidat à la présidentielle, je crois que j’en profiterais pour parler de la vie des gens et de ce dont ils ont besoin pour vivre heureux, en parler sans violence de langage, au lieu de me positionner sur les deux seuls grands sujets qui semblent s’imposer : l’économie et l’allégeance à Trump ou Poutine via l’Europe.
Trump ou Poutine ? Je n’ai pas d’avis, j’évacue la question. Reste l’économie. Qui n’a rien à voir avec la vie des gens.
La vie des gens, c’est d’abord le temps qu’ils passent au travail – ou à chercher du travail, ou même à ne pas trouver de travail – et c’est donc un sujet de droit du travail, pas d’économie.
Pareil pour ce que les gens gagnent en travaillant – par exemple évoquer un salaire minimal pour la plus petite durée de travail hebdomadaire et non pour ce qu’on appelle un temps plein – ce qui est encore un sujet de droit du travail, pas d’économie.
Oui, les gens ont besoin de temps et d’argent pour vivre, et si l’économie actuelle ne leur fournit pas ce temps et cet argent, c’est qu’elle ne fait pas son travail. Il faut chercher ailleurs. L’économie n’est qu’un moyen, pas une fin.
La vie des gens, c’est aussi se loger, avoir de la place, de la lumière, au sec, au chaud l’hiver et au frais l’été… ce qui n’est pas non plus un sujet économique. Tolérer que certains vivent dehors ou dans des conditions moyenâgeuses n’est pas une question de coûts ou de moyens : c’est une question de choix moral. Donc de droit. La ramener dans le domaine restreint de l’économie actuelle tue le débat, restreint le choix, escamote les responsabilités et la morale, fait croire qu’il n’y a pas d’alternative : on ne pourrait pas. C’est faux. On peut. Mais on préfère regarder ailleurs.
Parler de ce que les gens vivent à l’école aussi. Oui, les élèves comme les professeurs sont des gens, dont la vie est façonnée par l’école, le collège, le lycée. S’ils y sont malheureux, ce n’est pas une question de moyens ou de budget. C’est parce que l’on a mal répondu à la question : à quoi sert l’éducation nationale ? Ce n’est pas l’économiste qui nous donnera la réponse, ne le laissons pas s’emparer de la question.
Parler aussi de ce que vivent les gens en prison. Oui, les incarcérés et les surveillants sont des gens. Qu’ils soient malheureux en prison n’est pas une question économique, c’est une question de morale, et de droit. Alors que plusieurs pays européens se détournent de la prison comme réponse unique, il semblerait que le sujet ne soit abordé en France que sous l’angle comptable : combien de places, combien ça coûte. Ce n’est pas de cela que vivent les gens.
Parler de l’air que les gens respirent, de l’eau qu’ils boivent, de la nourriture qu’ils ingèrent, de la santé qu’ils perdent, ce n’est pas une question économique. C’est une question d’environnement, de transports, d’agriculture, de soins. Donc de choix et de droit. L’économie n’arrive qu’au second plan, pour nous aider à mettre nos choix et nos droits en œuvre. Pas pour nous limiter a priori.
Si j’étais candidat à la présidentielle, je crois que je mettrais les Français devant leurs vrais choix, leurs vraies responsabilités, leurs vrais droits, leur vraie vie.
Et j’inviterais à se taire tous les économistes qui ont réussi à nous faire croire que leur discipline – tellement compliquée que nous serions incapables d’y rien comprendre, vu qu’eux-mêmes…* – est la seule réponse à la seule question que poserait le monde.

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Comme je ne suis pas candidat à la présidentielle, j’ai le temps de lire Cet Instant-là, de Douglas Kennedy.

* J’ai eu par mes études, une assez bonne formation en économie, culture fondamentale que j’entretiens et mets à jour régulièrement. Je me permets donc de vous conseiller, outre l’Antimanuel d’économie du regretté Bernard Maris, les Mythologies économiques de Éloi Laurent : vous gagnerez un temps précieux et pourrez vite penser à autre chose.

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Jeudi n°5… et pourquoi « pas lui ».

Posted in Jeudi,Réflexitude par Laurent Gidon sur 9 avril, 2017
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Il y a parmi les candidats un présidentiable dont le programme économique est tout à mon avantage personnel. En tant que profession libérale j’y gagnerais beaucoup. Et pourtant je ne voterai pas pour lui.
Pourquoi pas lui ? Parce qu’il ne veut pas mettre la France en marche, mais bien tous les Français dans une course stupide. Grâce à cette compétition permanente, il espère que les plus rapides d’entre nous se détacheront du peloton et parviendront à courir à la vitesse du monde. Stupide car nous irons encore plus vite dans le mur, aveuglés de surcroît par cette illusion de victoire, tout en laissant, distancés sur le côté, toujours plus de Français au pas plus lent mais plus sûr.
Toute victoire ne fait que fabriquer des perdants.
Ce n’est pas cela, l’avenir que je souhaite et auquel je travaille.
Nous en avons parlé indirectement dans la voiture pour Faverges ce jeudi. Je véhiculais Pierre, réalisateur et animateur d’ateliers audiovisuels, et Simon, en service civique auprès de l’association le Labo des Histoires.
Au cours de nos échanges pas pressés – nous nous sommes arrêtés pour la photo rituelle du château de Duingt – nous sommes convenus que non, l’important dans nos ateliers n’était pas le résultat restitué dans les temps mais la qualité du lien créé, et sa pérennité. Ce qui dure après nous.
Ce qui durera après la course présidentielle, ce ne peut pas être la défiance et le goût du mensonge.
Les débats officiels cachent ce qui relie les électeurs hébétés ou convaincus : nous n’en sortirons que par le haut, mais pas en courant après les ouineurs, attisés par les fausses règles libérales.
Dans la course présidentielle, on nous agite un épouvantail à poil blond pour bien nous pousser à fuir la réalité, en courant. Mais courir derrière celui-ci pour échapper à celle-là n’a rien d’une solution sans alternative. Il suffirait peut-être de s’arrêter un moment.
Notre course économique ne le permet pas. Il faut travailler, tout le temps, parce que même nos pauses, nos week-ends, nos vacances, ne se font que sur l’exploitation du travail des autres.
Certaines communautés vivent autrement. Le jour de repos est consacré, justement, à ne pas travailler pour de l’argent, à ne rien faire d’économique.
Se retrouver pour discuter spiritualité, philosophie, arts ou ce qu’on veut : oui. Payer quelqu’un pour animer cela, non.
Partager un repas préparé ensemble ou séparément, oui. Payer les cuisiniers et les serveurs d’un resto : non. Peindre, faire de la musique, lire, jouer une pièce de théâtre, parcourir la nature les sens grands ouverts : oui. Payer des musiciens, des acteurs, des accompagnateurs… non.
C’est la pause du porte-monnaie. On fait ou on ne fait pas, mais on n’achète pas. Le lien se joue sur un autre critère que l’argent des uns et le besoin des autres d’en gagner.
Voilà, pour sortir de cette course, pour reprendre le temps d’être avec les autres, voilà pourquoi pas lui.

Tellement + qu’un jeudi (4)

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 4 avril, 2017


Une publicité dans un magazine de psychologie m’arrête par l’énormité de son titre : Bien plus qu’un anticerne !
Énorme parce qu’imprimé en corps cinquante sur toute la largeur de la page.
Énorme par sa promesse : il y aurait bien plus, voyez-vous, tellement plus, que tout ce que le nom générique du produit nous vend.
Pourtant, écrire anticerne, c’est déjà énoncer tout un programme. Le combat contre les matins difficiles. La résorption de ce qui nous alourdit le regard. La reddition de ce qui nous assiège la vie : vous étiez cernés ? L’anticerne vous libère de tout ennemi supérieur en nombre.
On rêve d’évasion rien qu’à écouter vraiment les sonorités de ce mot.
Et pourtant, il y aurait encore « bien plus ». Pfff !
Ce n’est pas le temps qui fait retomber le soufflé, c’est notre attente fracassée sur la réalité.
Une publicité qui titre « bien plus que… » tourne en rond. Elle ne fait que mettre sur le devant de la scène l’arrière cuisine de sa tambouille.
Toute publicité promet « bien plus » que ce que l’on attend du produit vanté.
Tout dragueur promet tellement plus qu’un coup d’un soir, alors que, finalement… Mesdames, céderiez-vous à une entame du genre : « tu sais, je suis quand même bien plus qu’un gros lourd en manque » ? Peut-être, par pure pitié. Sinon, vous conseilleriez au gars de rentrer chez lui travailler son discours.
Cher publicitaire du type « bien plus que… » : tu retournes dans ton bureau et tu travailles !
Clamer « Bien plus qu’un anticerne » c’est admettre que l’on n’a pas fait son boulot, comme si le chef nous amenait les ingrédients sur la table du restaurant en nous disant de cuisiner nous-mêmes le menu.
Tout, dans la vie, est « bien plus que… ». L’aube est bien plus que le résultat de la rotation de la Terre qui fait apparaître le soleil à l’horizon. Un sourire est bien plus que l’action de muscles zygomatiques sur des lèvres.
Jeudi dernier, c’est bien plus qu’un changement d’heure saisonnier qui était à l’œuvre sur le lac pour y jeter au retour ces lumières à l’or fin. Je n’avais pas pris mon appareil photo, mon téléphone est pourri, mais croyez-moi : bien plus qu’un instant de beauté parfaite dans le calme du soir et les derniers chants d’oiseaux.
Pendant l’atelier, j’avais proposé aux participants de réfléchir à l’enjeu de leur histoire : ce qui est important pour le personnage, ce qu’il cherche à obtenir.
Ils ont très bien compris l’idée et l’ont mise en pratique.
Une jeune fille a décrit ainsi l’enjeu de son personnage : « Elle veut que son ennemi redevienne son meilleur ami. » Moi, candide, je demande qui est son ennemi. Elle tend le doigt vers l’autre côté de la table : « C’est lui ! » La suite leur appartient.
Bien plus qu’un atelier d’écriture !

Aspiration divine

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 1 avril, 2017

Je fréquente par Internet un curieux personnage, auteur d’un beau roman d’apiculture publié par Gallimard.  Sur facebook il s’affirme héraut d’une réflexion libre et plurielle aux antipodes de ce qu’il qualifie de pensée unique,  fustige les médias dominants pour leur opposer des voix alternatives présentées comme étouffées, réinforme une cour avide de vérités sur les complots qui minent l’Occident. Assez fréquent, n’est-ce pas ?
Là où il devient vraiment curieux, c’est en faisant cohabiter sa réinformation virulente avec le message répété d’une foi très orthodoxe et une dévotion totale pour son clergé.
Vouloir ouvrir les yeux de ses contemporains et clore les siens pour croire : je ne comprends pas.
Je le comprends d’autant moins que dieu est un aspirateur.

Dieu en pleine inspiration

Oui, le seul vrai dieu est aspiration !

En conséquence, et je le professe ici publiquement, j’ai une foi totale et sincère en la liturgie sacrée des vendeurs d’aspirateurs.
Pas n’importe lesquels, bien sûr. Certains aspirateurs sont dans l’erreur et leurs vendeurs diffusent un discours hérétique.
La seule vérité est incarnée par Dyson, pape de l’aspiration cyclonique.
Ses représentants m’ont fait voir la lumière sans poussières, et j’y crois. Ils sont convaincants, sans taches, possèdent sur le bout du doigt le grand livre des caractéristiques techniques et le mode d’emploi le plus récent, seuls textes de la vraie foi approuvés par le pape Dyson.
Je sais, il s’agit de traductions, mais je les crois fidèles à la parole sacrée originale. Elle répond à toute question sans jamais faillir.
Je sais aussi que certaines études contestent la supériorité, voir l’antériorité de l’aspirateur Dyson. Dieu n’aurait pas cette puissance cyclonique miraculeuse et même n’apporterait rien de révolutionnaire : il n’aurait pas créé le monde propre. Selon ces études pseudo-scientifiquess, ma foi ne reposerait que sur un storytelling malin et un habile prophète ayant su animer tout un réseau à sa dévotion.
Ces études ne remettent pas en cause ma foi. Elle sont le fait du démon, il convient de lutter contre ses détournements. Je compte sur Dyson et son clergé pour montrer la seule voie vers la lumière à notre populace enténébrée par des médias aux ordres et un scientisme mortifère.
Si je disposais du pouvoir nécessaire, je saurais faire taire les détracteurs et restaurer la foi en l’aspiration cyclonique dans notre Occident dégénéré. Car c’est bien la seule foi propre à notre civilisation, base de notre culture du ménage, et donc capable de la dépoussiérer.
Croire en Dyson, c’est rassembler nos sociétés à la dérive et les cimenter  autour d’un réseau de distributeurs solides et intègres, dévoués à la parole de notre pape.
Vous qui aspirez à la vraie foi et au renouveau de l’Occident nettoyé de ses moutons, détournez-vous des médias usurpateurs de vérité, et croyez !

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Lorsque je repose mon calendrier, c’est pour lire encore Sur les Chemins noirs de Sylvain Tesson.


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