Comme ça s'écrit…


Ce qu’il ne faut pas faire

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 24 février, 2009

Ami wannabe, impétrant de la jungle éditorial quêtant sans fin l’adoubement littéraire, toi qui écris avec tes tripes ou juste avec plaisir, mais avec aussi l’envie d’être lu, publié, reconnu par tes pairs, voire reconnu dans la rue, comment vas-tu te faire un nom ? Ou un pseudo, c’est pareil (encore que… mais j’y reviendrai une autre fois).

Bon. A partir de là, j’avais pondu un papier super bien senti sur ce qu’il fallait faire : écrire un truc suffisamment correct, ou lisible, pour pouvoir le défendre devant des inconnus, puis se ridiculiser ici ou là pour inciter des inconnus à lire votre truc en question, voire se faire connaître d’inconnus qui ne le sont plus après mais qui rigolent tout pareil de votre balourdise, courir les salons (pour courtiser les éditeurs), courir les forums (pour courtiser les forumeurs), dire du bien de soi et dire du mal des autres (Wrath Powaaaa !), ouvrir un blog, un Wizzz, un Maillespaisse, fesser le bouc, mettre vos écrits en ligne… tout ça. Mais en fait c’était trop long trop nul, alors je coupe (pourtant y avait quelques formules pas piquées, telles que « L’écriveur en promo est vite catalogué entre la peste et Katerina » ou « Pour être remarqué, il faut être polémique. Or, si vos écrits ne le sont pas, aucun éditeur ne se chargera de faire le pont entre votre virulente personnalité bloguesque et le roman à l’eau de rose (ou à l’eau lourde supraluminique) que vous lui demandez de publier. » mais je vous en fais grâce). Donc voilà, je coupe et on retombe tout sec sur la conclusion, que j’aurais pu couper aussi, mais j’ai laissé ma machette dans un crâne.

Alors ? Alors oubliez tout.
Tout ce qui est écrit au-dessus, disons que c’est ce qu’il ne faut pas faire.
Trouvez autre chose, inventez. Si vous n’êtes pas un nom déjà connu par ailleurs, si vous ne disposez pas de solides entrées dans l’édition, si vous ne connaissez pas quelqu’un qui connaît quelqu’un, alors ne comptez pas que sur votre œuvre. Elle ne se défendra pas toute seule.
C’est à vous d’y aller. Et franchement ! La modestie, on l’emmerde ! En cas d’échec, vous ferez au moins rire. Et rire un peu (même sur le dos d’un wannabe), c’est sans doute ce dont notre pauvre monde a le plus besoin.

En cela, vous ferez déjà œuvre d’auteur. Vous pourrez dire : «je ne suis peut-être pas encore écrivain, mais je suis l’auteur de ces gloussements réjouis qui me doivent tout.»

Voilà, c’est tout.

Ah si : Djeeb va sortir, c’est promis, mais je ne sais pas encore exactement quand, ni sous quel nom. Vous voyez qu’en matière de conseils aux débutants, je me pose un peu là et que la précision est ma deuxième nature.

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Évidemment!

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 19 février, 2009

En lisant le titre l’article du Monde relatant que les accusés du meurtre d’Anna Politkovskaïa avaient été acquittés, je me suis tout de suite dit « Évidemment! »

Évidemment, dans la Russie d’aujourd’hui, les meurtriers d’une journaliste qui égratignait le pouvoir ne seront ni retrouvés, ni jugés, et surtout pas condamnés. Évidemment, les affirmations péremptoires du président russe concernant l’enquête qui serait diligentée ne servaient qu’à masquer sa jubilation à voir au sol la dépouille de celle qui l’énervait tant. D’ailleurs, je suis sûr qu’en lançant ces affirmations péremptoires, il ne pouvait pas croiser les doigts derrière le dos puisqu’ils tenaient une flute à Champagne pour fêter ça, évidemment.

Les évidences c’est bon, mangez-en !

Et puis, il y avait une certaine jouissance à se dire que tout ce qu’on pensait sur ce pays, forcément violent, dictatorial et maffieux, était bien vrai. La preuve, les meurtriers étaient acquittés ! Ce n’est pas en France que ça se passerait comme ça, tenez ! On pouvait retourner dormir tranquille en continuant de mépriser sereinement (et évidemment) les Russes, leur pouvoir, et leur justice.  Et toc !

Mais heureusement, on n’est pas obligé de penser à l’emporte-pièce, ni de souligner les évidences trop flatteuses.

Parce que la justice russe a statué sur une absence de preuves matérielles, ce qui est normal, oui, là-bas aussi.

Parce que les accusés étaient peut-être des lampistes, ou pire : des boucs émissaires (tchétchènes) désignés par le pouvoir pour lier ce meurtre à des opérations toujours en cours. Mais je parle sans doute de ce que je ne connais pas.

Parce que je ne connais rien non plus au dossier ni aux débats qui se sont peut-être tenus avec plus de dignité que ceux décrits dans le beau film « L’abolition » vu récemment à la télé, et que mes premières évidences tenaient plus du préjugé que de la réalité.

Parce que, enfin, relaxer d’éventuels coupables c’est mal, mais c’est mieux qu’enchrister des innocents, surtout quand on connaît un peu les prisons russes (qui n’ont rien à apprendre aux françaises, merci). Et même là, je ne fais que répéter des on-dits, alors…

Alors, repose en paix, Anna, ton assassin court toujours, mais une certaine justice s’est penchée sur ton cas, et je suis sûr que ça te fait chaud.

Lettre au livre numérique

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 17 février, 2009

Messieurs les livres numériques,

Sans même vous avoir eu en main, je vous aime déjà.
(j’ai pu voir l’un d’entre vous dans une grande surface pseudo culturelle, mais ces andouilles vous avaient enchâssé dans un carcan de Plexiglas qui empêchait de vous soupeser, sans parler de vous caresser)
C’est vrai, vous me plaisez, vous êtes un peu écolos (encore que…), pratiques, pas voraces en énergie, jolis, léger, trendies, et tout et tout.

Alors pourquoi n’ai-je pas encore craqué ?
Il y a le prix, mais pas que.
La guerre des formats (propriétaires / ouverts) ? Bof…
Les balbutiements technologiques ? Non, pas vraiment, ça fonctionne, même si ce n’est pas parfait.
Alors quoi ?

Ben… rien.
Si, tenez, une chose : vous ne me faites pas rêver. Alors qu’il manque juste un poil de fesse pour que.

Tenez, je vous donne une idée : au lieu de n’avoir qu’un seul joli écran, mettez m’en deux, et là, je rêve.
Oui, deux écrans. Pour quoi faire ? Pour lire un livre en oubliant définitivement votre côté bêtement technique.

Imaginez un duo d’écrans reliés par une couverture souple.
Vous l’ouvrez, il s’allume, à la page où vous l’aviez refermé.
La page ? Non, mieux : la double page, la vraie, avec la paire à gauche et l’impaire à droite.
Ou alors deux pages de deux ouvrages différents, que je pourrais ainsi comparer (deux traductions, ou une page texte et une image, enfin, vous voyez, hein ?).
Bien sûr, on pourrait sortir l’un des deux écrans de la couverture pour avoir une version nomade et légère de l’appareil, en plus de la version de salon (enfin, de bibliothèque).
Et aussi, on pourrait prendre des notes avec un stylet, marquer et commenter un passage, sauter vers d’autres textes grâce à des liens hypertexte, tout ça.
Là, je dirais banco !

Bon, je ne dois pas être le premier à donner mon avis.
Mais le coup du double écran, j’y crois bien. En plus, si je me souviens un peu de mes cours de pricing, on sera loin d’atteindre le double du prix de vente d’un écran simple.

Pensez-y, messieurs les livres numériques. Pour l’instant, vous n’êtes que de la technologie. Il ne vous reste qu’à gagner un peu d’âme, même s’il vous faut la chercher dans de l’irrationnel.

Votre dévoué,
Don Lo

Dépoussiérons…

Posted in Textes par Laurent Gidon sur 6 février, 2009
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Tenez, encore une vieillerie qui prenait la poussière dans un de mes tirroirs. Un texte écrit pour un jeu, avec pour contraintes de ne pas dépasser 3 000 et utiliser comme phrase initiale : « L’odeur de la sciure me ramena à un souvenir de ma merveilleuse enfance. »

Une vie de bois

L’odeur de la sciure me ramena à un souvenir de ma merveilleuse enfance. Cette main calleuse sur le rabot, cet œil qui ajustait le geste par-dessus les petites lunettes demi-lune, ces pommettes retroussées par un sourire de concentration : c’était mon père.

Il m’avait fait tel que je suis. Mais j’avais dû partir pour m’en apercevoir. Il faut toujours partir un peu pour devenir. Et j’avais cru tout oublier, de lui, de la maison, de notre vie.
Juste une odeur, et cela me revient.

L’atelier, que j’appelais parfois le pays des jouets, alors qu’il n’était que le lieu d’un dur labeur nécessaire à notre survie. Une salle de travail, rien de plus, mais où naissaient des miracles. Je me revois, traînant parmi les copeaux, avec ce stupide bonnet mal tricoté qui me faisait comme une longue paire d’oreilles. Je le touche presque, ce bois longuement travaillé par les mains de mon père, et qui semblait vivre ensuite d’une vie propre, sous les doigts du marionnettiste en visite. Il me faisait un peu peur, mais je l’aurais suivi partout. Pour voir la fin du spectacle.

La cheminée dans la cuisine. Un âtre vaste et sombre comme une gueule ouverte. Le feu me semblait devoir la faire éternuer.

Et surtout, cette odeur de sciure m’en rappelle une autre. Une absence d’odeur, plutôt. Celle de ma mère peut-être. Un parfum bleu qui m’avait tant manqué et que je suis parti chercher de par le monde. Je n’ai jamais pu dire « Maman ». Je n’ai jamais eu personne à qui dire  « Maman ».

Oui, tout revient dans cette odeur boisée, mais le plus lourd, c’est ce qui ne s’y trouve pas. Le temps a été long avant que j’atteigne les larmes pour pleurer cela. Ce manque. Mais on n’est pas de bois. Voici que cette odeur me libère enfin et que je sens couler tout ce que j’avais cru être mon malheur. Alors que ce n’était que du bonheur brisé, à reconstruire ailleurs.

« Merci Papa. » J’y arrive enfin, dans ce parfum de pin bien travaillé. Merci pour tout, pour moi. Oui, c’était merveilleux de vivre. Et ça le sera encore, même sans toi.

― Hé, Chéri… Hé ho, Pinocchio chéri, tu viens ? Elle est vendue maintenant, la maison. Les enfants attendent… Tu prends ce que tu veux et on s’en va.

Une poignée de sciure, ça ira. A répandre comme des cendres paternelles sur l’avenir qui vient.

Voilà. Toute tentative de considérer ce texte comme une allusion voilée à l’allocution présidentielle d’hier soir sera sévèrement réprimée.

Mais que recherche monsieur Sarkozy ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 5 février, 2009
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J’ai des amis chercheurs. Je dis ça au cas où les yeux et les oreilles de l’État passeraient dans le coin voir si je dis du mal de notre président : mes amis sont faciles à trouver, ils signent leurs actes et ne demandent qu’à être entendus, pas besoin de menacer quiconque ici.

Donc, j’ai des amis dans la recherche qui, à force de chercher, ont fini par trouver… le dernier discours de M. Sarkozy assez décevant, voire médiocre.

Voici où vous pouvez vous faire une opinion, en regardant le film du discours agrémenté de commentaires chiffrés.

Sur le fond, à chacun de se faire son idée, en pour ou en contre, je ne cherche pas à me faire des amis. Même sur la forme, on peu voir un problème, ou pas. Passons donc sur la gestuelle Parkinson et l’incessant besoin de s’agripper au comptoir. Passons sur le ton, toujours ironique, surtout lorsqu’il prend des accents de maître d’école pour tancer la médiocrité ou le mauvais usage de tel cadeau mirobolant du budget (mensonger d’ailleurs). Passons…

Et arrêtons-nous sur les raisons. Que recherche monsieur Sarkozy, à part énerver ouvertement les chercheurs et universitaires ? Car ce n’est pas une erreur diplomatique, mais bien une volonté délibérée, il est trop malin pour se planter à ce point.

Il peut chercher à détourner les chercheurs de leurs recherches (quand il manifestent, ils ne recherchent que des coups de matraques), pour prouver à échéance d’un an que tout ce qu’il avait dit aujourd’hui était juste.

Mais en fait, il s’en fout probablement. Il va dévaloriser la recherche française, pour mieux la découper avant de la vendre, pas cher, à ceux qui sont de toute façon prêts à l’acheter.

Mais qui ? Les entreprises, bien sûr, pour lesquelles il y a beaucoup plus à gagner en France avec des cerveaux dociles qu’avec des usines à délocaliser. Non, ce serait trop gros quand même ! Hein ?

Voilà, c’est tout : il va le faire, parce qu’il peut. Des voix vont s’opposer, il va les ignorer ou les tourner en dérision. Il peut. 53 % des Français l’ont élu pour ça. Il peut mentir, moquer, menacer, mépriser, ridiculiser, se contredire, se foutre de ce qu’on pense de lui. Il peut.  Alors il le fait, et en plus il rit.


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