Comme ça s'écrit…


Ce qui vient et ce qu’on en fait

Posted in Promo,Réflexitude par Laurent Gidon sur 4 septembre, 2016
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Le passé me semble sujet à caution. C’est ce qu’on se raconte, avec tant de variations subjectives d’un raconteur à l’autre que… Bon, c’est le passé.
Le présent ne dure pas. Malgré la forme du mot « maintenant » – ce qui est en train de maintenir – on ne maintient pas le présent, il nous file entre les doigts, c’est déjà du passé, n’en parlons plus.
Et le futur ? Chassons d’emblée le point Lapalisse : il suffirait d’attendre assez pour que le futur devienne présent. Donc passé. Cela semble idiot, mais j’y reviendrai. Sinon, le futur, c’est ce qu’on en fait. Tous.
Si on y réfléchit, assez peu de d’événements se produisent de façon fortuite. À part la météo, la tectonique, les éruptions solaires, les chutes d’astéroïdes et les pannes (encore que, obsolescence programmée, tout ça)… cela me semble tout, corrigez-moi si je me trompe.
Le reste, la politique, la guerre, l’économie, même l’accident ou la maladie, est de notre fait, directement ou indirectement, personnellement ou globalement. Et peut donc être défait avant de se précipiter dans le présent.

Cette longue introduction pour rappeler qu’il n’y a rien de définitif ni d’inévitable dans ce qui se profile. Nos décisions modifient l’avenir à chaque seconde.
Dans son édito du We Demain n°15, François Siegel rappelle que « Non, la résignation serait notre plus grande erreur. Plus que jamais, l’antidote réside dans notre capacité à bâtir un futur désirable… »
Notre capacité, ou notre envie ?
Depuis quelque temps, des initiatives fleurissent dans le monde de la SF pour inciter les auteurs à inventer des futurs désirables. Il y a eu Contrepoint, le concours des Indés bien sûr, et ce tout nouveau Avenirs Radieux chez Rivière Blanche. En avez-vous croisé d’autres ?
Ne sont-ce que des trucs de Bisounours ? De la littérature marginale et sans poids ? Non. Il nous faut des Houellebecq pour mettre le sel sur la plaie, nous dire là où ça va mal. Mais il nous faut aussi des Éric-Emmanuel Schmitt. Et je ne cite que deux auteurs dont le talent m’a touché, vous compléterez la bibliographie. Il nous faut donner du poids aux histoires qui donnent envie de faire l’avenir au lieu de s’en défier. Décrire l’utopie, ce n’est pas ailleurs et demain, c’est ici et maintenant, sinon demain n’existera nulle part, ou sans nous.

L’avenir n’est pas qu’aux politiques, aux ingénieurs et aux financiers. Personne ne fait rien tout seul, et les politiques, les ingénieurs, les financiers, devront s’appuyer sur énormément de monde pour atteindre leurs objectifs. Faire croire énormément de monde à ce qu’ils proposent. Ou au moins compter que ce monde s’y laisse entraîner, résigné, vaincu par les histoires et les mythes qu’on lui raconte depuis des siècles.
Écrire ou filmer des histoires d’un demain qui donne envie, d’un avenir désirable, ou au moins vivable, voilà ce qui fera évoluer les croyances, les décisions, les actes. Apporter une alternative à ce qui paraît inévitable pour qu’un plus grand nombre de nos contemporains se sentent concernés, acteurs et non esclaves de ce qui vient. Réveiller l’envie de décider et agir.
C’est l’affaire des artistes, auteurs, scénaristes, mais aussi des éditeurs, des producteurs, de tous ceux qui font exister ces histoires à grande échelle, mais encore de ceux qui les lisent ou les regardent et in fine « font le marché ».
Chacun a sa responsabilité. Celui qui invente, celui qui diffuse, celui qui reçoit. Chacun, de son côté et à son niveau d’influence, agit sur ce qui vient. Arrêtons de nous plaindre, et votons par nos actes quotidiens POUR l’avenir que nous désirons. Pas contre.

Et attendre pour laisser l’avenir passer, alors ? Aussi bête que cela puisse paraître, il me semble y voir une forme de présence spirituelle au monde. Attendre, c’est le privatif a- devant le verbe tendre : celui qui attend n’est pas tendu. Il se détend, il regarde passer le temps, ne cherche pas à y imprimer sa marque, fait confiance à la bénignité des choses et des êtres.
Attendre et regarder avant d’agir, au lieu de courir et ne plus pouvoir que réagir avec un temps de retard.

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Pendant que je regarde passer le temps, je lis We Demain bien sûr, et aussi La Physique de la Conscience de Philippe Guillemant et Jocelin Morisson.

Quant à vous, lisez Dimension Avenir Radieux, ma nouvelle Sous leurs regards y est, avec plein d’autres utopies. (c’est de la promo, ça ne tache pas)

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Les Ravageantes (à manipuler avec précautions)

Posted in Promo,Réflexitude par Laurent Gidon sur 18 juillet, 2015
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Sur le blog d’une de mes relations ainsi que sur ses dépendances facebook, une sorte de débat fait rage pour décider quelle part de travail et quelle part de talent doit entrer dans l’élaboration d’un écrit publiable. Ce qui me rappelle la position de Cyrulnick sur l’inné et l’acquis, soit en gros 100 % pour l’un et 100 % pour l’autre.
À ma remarque sur la question que personne ne semble poser – à savoir, quelle est l’importance d’avoir quelque chose à dire ou à écrire – on m’a répondu qu’il n’y avait pas débat : c’est acquis.
OK, c’est acquis, mais à qui ?
La capacité d’imaginer une histoire est sans doute propre à chacun. De toute façon, tout le monde rêve, c’est un signe. Mais, avoir quelque chose à transmettre, et surtout s’interroger sur le fond de ce que l’on transmet, ce n’est pas donné à tout le monde.
Il faut chercher. Aller au-delà de l’histoire et se demander « qu’est-ce qu’il y a de moi, là-dedans ? ». Et même : « qu’est-ce qu’il y a de moi dont je n’avais pas conscience ? »
C’est en interrogeant ma réputation de Bisounours de l’imaginaire – réputation liée à l’élaboration de cette anthologie non-conflictuelle – que je me suis repenché sur certains textes courts déjà publiés.
Ce sont des nouvelles assez dures, voire carrément désespérantes. Il y a du sang, des morts, du sperme et bien peu d’avenir. Et pourtant, ces textes respectent déjà – avant même que j’en aie formulé le dogme – une narration non-conflictuelle. Un truc de Bisounours, quoi. Mais avec de la tripaille.
D’où l’idée de les réunir dans un recueil numérique pour que de nouveaux lecteurs les découvrent, les retrouvent, voire fassent d’éventuels rapprochements entre les textes.
Le titre : Les Ravageantes
Le sous-titre : 4 histoires avec dégâts !
Les formats : ePub et Mobi.
Les plateformes : Amazon et Kobo Fnac
Le prix : 2,99 €
Pas de DRM, bien sûr.
Chaque format est lisible sur n’importe quel écran, smartphone, tablette, PC ou liseuse électronique, grâce à des applications gratuites faciles à trouver.
Un extrait gratuit permet de se faire une idée, mais j’enverrai un texte complet à tout commentateur qui me le demandera gentiment.
Le sommaire :
Admettons l’origine du monde a été lauréat du concours Dreampress Andrevon en 2008. Histoire assez morbide touchant au fantastique, qui traite de la façon dont notre imaginaire est colonisé par les histoires et les mythes dans lesquels nous baignons tous.
Viande qui pense a été publié dans la revue Bifrost en 2009. Pure science-fiction dystopique où les déclassés d’une société hyper compétitive n’ont plus pour survivre que les emplois mercenaires proposés par des officines de sécurité privées intervenant sur les points chauds du monde.
Les Intrusions granuleuses, publié dans l’anthologie Borders des éditions CDS en 2010. Space opera intimiste où les membres de la diaspora galactique ne comptent plus que sur un espace de rêve commun pour conserver leur humanité, jusqu’à ce que le rêve tourne au cauchemar.
Dégradations, publié dans La Revue Littéraire (éditions Léo Scheer) en 2010. Le cerveau n’étant que le support physique de notre conscience, au même titre qu’un disque dur ou qu’une bande magnétique, que reste-t-il quand le support se dégrade ?
Les apparences sont trompeuses : les Ravageantes ne relèvent pas de l’autopublication.
Ces textes ont déjà été travaillés avec un éditeur professionnel, puisqu’ils ont fait l’objet de publication dans des revues de qualité, ou ont été lauréat de concours. Le résultat était donc présentable. Je me suis tout de même fendu d’une relecture appuyée et de corrections qui dépassent le simple lissage. Bref, ces quatre nouvelles me semblent représentatives autant de ce que j’écrivais dans les années 2008-2010, mais aussi de mon niveau d’exigence actuel (eh oui, on progresse).
Bref, une bonne lecture bien rafraîch’ pour cet été explosif.

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Et pendant que je numérise, je lis du Houellebecq (La Possibilité d’une île) en hésitant entre l’ennui et la fascination. Ce type est quand même très fort.

Djeeb saga

Posted in Djeeb,Promo par Laurent Gidon sur 24 juin, 2015
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A l’occasion de la parution numérique des deux tomes sortis en papier, petit retour sur la saga Djeeb.

La première partie de Djeeb le Chanceur a été écrite en une vingtaine de jours pendant l’été 2008 dans la maison familiale de mes beaux-parents, en Normandie (Cotentin).
Ayant laissé Djeeb du bon côté du Mont Lorne, j’attaque la seconde partie plus sombre à l’automne, de retour en Haute-Savoie. Quinze jours sont nécessaires à l’achèvement du premier jet.
Après l’avoir adressé à deux éditeurs (un l’acceptera, mais trop tard) j’en poste un extrait sur un forum. Célia Chazel m’appelle de chez Mnémos pour m’en demander le manuscrit complet. Deux jours plus tard, elle l’accepte et m’envoie un contrat.
Nous nous voyons en janvier 2009 à Annecy pour boucler le contrat et évoquer les corrections : aucune sur le scénario, mais quelques reformulations ponctuelles.
En avril 2009 les corrections sont achevées. J’en ai apporté de mon cru, beaucoup plus que ce que Célia demandait.
Mnémos m’invite à défendre personnellement le projet auprès d’Harmonia Mundi qui diffusera le livre. Au cours d’un superbe séjour à Arles je présente Djeeb comme un bouquin léger et pétillant, ce qu’il n’est pas. Représentants et libraires ne sauront pas trop quoi en faire.
En mai 2009, Marc Simonetti étant pressenti pour réaliser l’illustration de couverture et habitant Annecy, nous nous rencontrons dans un bar de la vieille ville. Le temps d’un week-end il transforme ma lecture enflammée du chapitre II (« On aborde le port d’Ambeliane par la Passe des Crocs… ») en une représentation échevelée des lieux : un miracle !
Djeeb le Chanceur est imprimé en juin 2009, ce qui me vaut une invitation aux Imaginales. Je ne boude pas mon plaisir.
Les premières critiques et chroniques tombent sur le Net, puis le temps passe.

En 2014, Multivers me propose d’en sortir une version numérique. J’en profite pour corriger les dernières coquilles et redresser certaines expressions qui confinent au tic d’écriture.

 

L’écriture de Djeeb l’Encourseur s’est déroulée en deux temps très distincts. Une première période de trois semaines pendant l’été 2009, habitée par la fièvre de la parution du Chanceur et de premières critiques élogieuses. Puis… fin des vacances, Djeeb est abandonné sur ces mots : «Le danger était ailleurs. Et en même temps tout proche…»
Oui, le danger était proche : on me diagnostique une dépression sévère et l’écriture se dilue. Il me faudra attendre novembre et les premiers effets de la thérapie pour m’y remettre.
Le premier jet est achevé pour Noël. Hélène Ramdani, qui avait publié avec talent mon premier roman (Aria des Brumes) est chargée par Mnémos du suivi éditorial. Nous avons déjà travaillé ensemble avec bonheur, je lui fais confiance, les corrections vont vite.
C’est Aurélien Police qui est pressenti pour l’illustration. Comme on parle déjà de réimpression pour Djeeb le Chanceur dont les ventes semblent aller bon train, Aurélien fait plusieurs propositions centrées sur le personnage de Djeeb, pour les deux couvertures. Les esquisses sont superbes, Djeeb existe et il est beau !
En janvier, les retours des libraires font déchanter l’éditeur. Plus question de réimpression.
Pour conserver la cohérence de la série, Aurélien réalise une nouvelle illustration mettant la cité de Port Rubia en valeur.
Le livre est imprimé en mai 2010 et proposé en avant-première lors des Imaginales.
Bonnes critiques de nouveau, et puis le temps passe.
En juin 2015, Multivers en sort une version numérique entièrement révisée, permettant à de nouveaux lecteurs de le découvrir pour 3,49 € seulement.

D’autre retours sur l’écriture ou les particularités de la série Djeeb seront mis en ligne ici, mon site officiel d’auteur où je ne parle que livres.

 

Djeeb : c’est reparti, et c’est encore mieux !

Posted in Djeeb,Promo par Laurent Gidon sur 8 mai, 2015
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Avec plus de 1000 ventes, Djeeb le Chanceur est mon plus gros succès. Insuffisant pour l’éditeur original (et surtout pour son diffuseur) qui a préféré arrêter la série, mais une fierté pour l’auteur parce que ce roman a été un pur plaisir d’écriture. Et puis franchement, il n’est pas mal.
Je viens de le relire complètement pour corriger ce qui devait l’être avant sa republication en numérique. Et qu’ai-je relu ? Un roman d’aventures échevelé qui prend son temps pour faire exister les lieux et n’esquive pas la complexité morale du statut de héros. Par modestie mal placée je l’avais décrit comme un roman léger, presque easy reading (que j’ai horreur de ce mot !), une sorte de bulle pétillante. Ce n’est pas cela. Du tout.
Je m’aperçois que j’y ai fait passer en contrebande tout mon questionnement éthique d’auteur : qu’est-ce qu’on s’autorise lorsqu’on est seul maître à bord, Dieu-tout-puissant face à son clavier, qu’est-ce qu’on s’interdit comme facilité ou efficacité trash, qu’est-ce qu’on cherche à transmettre au-delà de l’aspect esthétique…
Cela n’a pas l’air de grand-chose, mais lorsque vous faites métier d’écrire c’est un peu comme décider si vous faites du bio ou si vous traitez avec Monsanto lorsque vous êtes agriculteur.
J’ai choisi bio.

Djeeb le Chanceur, 3€49, tous formats et sans DRM (ni coquilles)

Aujourd’hui, Djeeb le Chanceur reparaît grâce aux éditions Multivers.
Disponible ici (clic).
En numérique.
Sans DRM (l’acquéreur est donc vraiment libre d’en faire ce qu’il veut, même de le lire).
Dans tous les formats de liseuse ou d’écran.
Au prix très abordable de 3€49.
Et enfin débarrassé des coquilles qui encombraient la version papier.
Aussi enivrante qu’ait été l’écriture de ce premier Djeeb, le fait qu’on l’ait imprimé sans tenir compte de mes corrections sur épreuves m’a gâché le plaisir du contact avec le public. Impossible pour moi, lors de dédicaces, de dire «Allez-y, c’est de la bonne, ce que j’ai fait de mieux !»
Je comprends que l’éditeur n’ait pas envoyé ce premier tirage au pilon pour une petite vingtaine de corrections oubliée. Mais aujourd’hui, avec cette nouvelle parution, je peux enfin vous dire «Allez-y, c’est de la bonne, ce que j’ai fait de mieux, parole !»

Enfin, jusqu’à la parution de l’Encourseur, bien sûr…

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Pendant que Djeeb renaît, je lis Bad Girl de Nancy Huston. J’aime bien. J’y vois une démarche parallèle à mon Abri des Regards, ce qui me touche particulièrement.

De « Vent du soir » à… « Vent du soir »

Posted in Promo,Textes par Laurent Gidon sur 9 décembre, 2013

Galaxies 27Vent du soir est une nouvelle publiée dans la revue Galaxies NS n° 27. Ceux qui sont abonnés l’ont reçue, les autres peuvent se la procurer ici, en papier ou numérique.

Pourquoi en parler si longuement (faites dérouler la page, vous verrez) ?
La première version de ce texte a été écrite voici près de 5 ans et a subi de nombreuses modifications – grâce à la contribution de plusieurs lecteurs – avant d’en envisager la publication. Il m’a semblé intéressant de revenir sur le travail effectué, représentatif d’une évolution personnelle, parce que la notion de travail sur la durée est parfois assez éloignée de l’idée que l’on se fait de l’écriture. Je ne plaide pas pour la formule « 10% de talent, 90% de sueur », plutôt pour la nécessité de savoir ce que l’on veut écrire, puis de se poser la question du comment. Cette question ayant une infinité de réponses, c’est là que commence le travail.

L’idée de Vent du soir est venue en réponse à un appel à texte sur le thème des arcanes majeures du tarot. Il m’incombait de traiter le Pendu. C’est finalement un autre texte qui est paru dans l’anthologie Arcanes : Bout de Route. Comme le livre fait l’impasse sur la symbolique des tarots, je vous la résume : le Pendu représente l’incapacité à faire les choses, l’impuissance, le sentiment d’être « pieds et poings liés » face à une situation qui n’est pas maîtrisée, et indique par là qu’il est parfois nécessaire de renoncer pour pouvoir avancer par la suite.

J’ai écrit la première version de ce texte au moment où je développais un embryon de réflexion sur l’imaginaire non-conflictuel, qui a ensuite conduit à l’anthologie Contrepoint chez ActuSF. Vent du soir est donc imprégné de l’idée qu’on peut trousser une histoire sans faire appel aux ressorts narratifs du thriller (lutte, menace, suspense…). C’est même le cœur du propos, le moteur de la nouvelle. Comme je balbutiais dans mes conceptions sur ce thème, j’ai d’abord maquillé cette approche sous un ton ironique et distant qui se voulait drôle mais n’était que pathétique. Le fond y était, pas la forme. L’essentiel du travail a donc consisté à dégager ce fond de sa gangue formelle.

Voici les quelques paragraphes d’ouverture, en guise d’exemple.

OUVERTURE, VERSION 1

L’image crachote, le son bave et même les perspectives se tordent de rire. Mauvaise idée, ce tour des bas-fond à la recherche de talents neufs, d’histoires fraîches. Il faut quand même un peu de technique pour générer de l’holodream exploitable. Et par exploitable, entendons gagnant : mettre à genoux les réseaux concurrents, leur sabrer l’audience, accrocher le rêveur par ce qu’il a de plus cher : son plaisir.

Alors, la jeune fille descend régulièrement sur la plage. OK. Elle rêve, baille aux étoiles, et… Oh, surprise : voilà le jeune héros qui surgit de l’onde après avoir défait les pirates patibulaires qui l’avaient arraché à son village d’origine. Bon. Évidemment, ils tombent amoureux, mais le roi son père (oui, le père de la jeune fille est roi) ne voit pas ça d’un très bon œil, il fait jeter le héros aux oubliettes et enferme sa fille dans la plus haute tour du château. Là, elle se morfond tellement qu’elle donne naissance à une fille un peu triste, une bâtarde bien sûr (chaud lapin, ce héros sorti de l’eau), et finit par mourir de l’indifférence paternelle en se languissant des étoiles qu’elle ne peut plus qu’apercevoir par une vilaine meurtrière. Elle croyait son jeune amant mort de faim ou de rats dans les sinistres oubliettes, mais non, il s’en sort (regardez, cette astuce d’enfer : des tibias piqués à ses anciens collègues de chambrée et fichés dans les interstices de la pierre pourrie d’humidité, c’est trop bon !) et, plein d’une juste colère, va lever une armée de gueux pour récupérer sa fille bâtarde, se venger du roi et lui piquer le trône. Vous avez vu ses yeux de fou ? Ça va saigner, sûr et certain.

― Non, ça ne va pas le faire. Lourd, déjà vu, et puis techniquement c’est très mauvais. Vous me faites perdre mon temps, là. Vous savez ce qui se passe, plus haut ? C’est la guerre ! Entre les réseaux, entre les studios, entre les équipes d’un même studio… la guerre ! Et une guerre à l’audience, ça ne se gagne pas avec des pétard mouillées ou des blasters à bouchon. Faut en donner, faut faire rêver, faut se bouger le derche… Allez, bougez : suivant !

…/…

Une lectrice avisée m’a fait remarquer que ce début trop brutal est vraiment confus. Il décourage la lecture. Elle avait raison, trop d’idées se télescopent et empêchent le lecteur de suivre le fil narratif de ce que je voulais être une plongée sensorielle dans l’histoire : on passe d’une description de la projection (sans savoir que c’en est une) à la problématique de la situation en insérant le néologisme « holodream », puis à une extension de cette problématique au marché audiovisuel, avant de revenir à la projection, mais dans une description intercalée avec le point de vue d’un spectateur qu’on ne nous a pas encore présenté.

Il faut donc faire plus simple et plus direct, mais aussi plus progressif.

Dans une deuxième version, l’entame était plus graduelle, la lecture de la séquence facilitée par les repères d’entrée et sortie d’holodream qui rythmeront le texte jusqu’au final. Cependant, le ton narquois continuait de desservir le propos.

Lorsque je reprends le travail sur ce texte, ma nouvelle Atempo est paru dans la revue AOC. Plusieurs lecteurs de cette histoire que je croyais drôle ont renâclé devant son style trop distancié, avec intervention permanente du point de vue de l’auteur. N’est pas Audiard ou San Antonio qui veut, en tout cas pas moi. Pour Atempo, il est trop tard, mais je peux encore corriger le tir sur d’autres textes qui avaient subi le même traitement, dont Vent du soir. D’autant que j’ai enfin pris conscience de l’importance personnelle de ce texte, matrice du propos non-conflictuel. C’est un sujet qui me tient de plus en plus à cœur, je  veux le traiter sérieusement et éliminer tout ce qui pourrait passer pour de la vulgarité ou de l’humour déplacé, afin de ne pas détourner l’attention. Au travail !

Dans la version finale, l’entame est encore plus progressive et annonce un changement d’axe : il ne s’agit pas de ridiculiser les artistes de seconde zone incapables de créer hors des stéréotypes, mais plutôt de les présenter comme des victimes et chercher l’empathie. Le producteur, personnage principal, a lui aussi évolué vers une attitude plus empreinte de compassion. Au lieu d’un ricaneur irritant, on a maintenant affaire à quelqu’un qui cherche, et se désole de ne pas trouver. Son assistant gagne aussi en présence pour mieux amener la fin de l’histoire (no spoil).

OUVERTURE, VERSION 3 :

Le transducteur de voyage suspendu au plafond voûté s’active. La rêveuse s’installe gauchement sur la petite chaise qui tient lieu de fauteuil de captation. Elle a sans doute choisi sa plus belle tenue, mais l’impression d’ensemble reste pauvre, presque désespérée. L’assistant de production, immense et mutique, la sangle au dossier pour éviter qu’elle chute pendant sa transe, puis lui colle sur le front le patch de dissociatif. Molécules et ondes se fraient un chemin jusqu’au cortex pour y installer cet état de double conscience permettant à la fois le rêve et son contrôle. L’assistant s’éloigne, sa masse musculaire de synthèse déplaçant un nuage de poussière dans la lumière crue.

L’enregistreur commence à capter les expressions synaptiques de la rêveuse avant de les recomposer en un holodream perceptible par l’assistance rassemblée sous sa focale d’action. En l’occurrence, l’assistance se limite à Shamy Rando, chasseur de talent et récent fondateur de l’agence Rando DreamScout. Il se détend, prêt à faire l’expérience du rêve d’un autre.

L’onde du transducteur impacte directement ses zones visuelle, auditive et olfactive, avec toutefois quelques défauts de réglage. Ce n’est qu’un système portatif, léger et simple, dont le paramétrage standard s’adapte avec difficulté aux conditions locales.

Shamy tente de se concentrer, tout entier à son désir de nouveauté. Dans le parapluie de lumière tombant du plafond devant lui, l’image crachote, le son et les perspectives se distordent. Des conditions vraiment très locales.

Peut-être n’était-ce pas une si bonne idée, ce tour des bas-fonds à la recherche de fraîcheur et de talent neuf. Même plein de fraîcheur et de talent, on aura toujours du mal à générer de l’holodream exploitable sans un minimum de technique. Et, par exploitable, Shamy Rando n’entend pas seulement avantage décisif dans la bataille médiatique. Certes, il est commissionné par le réseau Conquest Traum pour trouver de quoi mettre à genoux les diffuseurs concurrents, leur sabrer l’audience en accrochant la masse des rêveurs par ce qu’ils ont de plus cher : leur plaisir. Certes…

À titre personnel cependant, il cherche autre chose. Et là…

Dreamflash.

Des impressions plus qu’une véritable scène. Les plans du rêve se chevauchent, la rêveuse ayant du mal à séquencer faits et émotions. Une jeune princesse descend sur la plage, bâille aux étoiles, et… Un tout aussi jeune héros surgit de l’onde après avoir défait les pirates patibulaires qui l’avaient arraché à son village d’origine. Naissance d’un sentiment, excitation, ils se jettent l’un sur l’autre… Mais le roi, père de la jeune fille, ne voit pas leurs amours d’un très bon œil. Il fait jeter le héros aux oubliettes et enferme sa fille dans la plus haute tour du château. Là, elle se morfond, donne naissance à une enfant un peu triste, puis finit par mourir de l’indifférence paternelle en se languissant des étoiles qu’elle ne peut plus qu’apercevoir par une vilaine meurtrière… Shamy décroche. Le rêve s’effiloche autour de lui, télescope la mort de la princesse et celle de son jeune amant, la vengeance de la fille bâtarde, la grisaille de son avenir rongé…

Dreamout.

Shamy ne sait pas comment exprimer, sans paraître insultant, que tout cela est trop lourd, déjà vu, et techniquement faible.

« Non, je suis désolé, ça ne convient pas. Peut-être pourriez-vous chercher des idées plus… des rêves que vous auriez envie de vivre, du merveilleux. Comme des voyages interstellaires, tenez. Ou des plongées sous-marines, ça plaît toujours les vues sous-marines… »

La candidate se penche vers sa main toujours retenue à la chaise et arrache le patch de son front. Elle maugrée quelque chose sur l’impossibilité d’inventer du merveilleux quand on n’a même pas d’endroit où dormir. Shamy Rando la regarde se débattre avant l’intervention de son assistant qui vient défaire les boucles des sangles. Si elle-même n’y croit pas, que peut-il faire ?

…/…

Voilà. Je ne dis pas que c’est mieux, mais cela me semble plus en phase avec ce que je veux dire. Tout le texte initial étant de la même eau, à chercher le décalage et l’exagération, le travail d’élagage continue.

Autre exemple, avec la présentation du troisième personnage principal de l’histoire.

VERSION 1 :

Cette pomme pourrie s’avance dans le cercle de projection. Il ou elle, allez savoir : on a l’impression que ses frusques tiennent toutes seules en l’air, autour d’un corps sans doute famélique et qui a su se faire oublier. Le visage est creusé. Pas ridé, creusé. Les joues, les orbites, les tempes, même les petits triangles de peau ordinairement tendue, juste au-dessus des narines : en creux. Et puis le crâne, mal rasé et comme défoncé à coup de merlin. Rien que des trous. Il reste peut-être du cerveau là-dessous, mais en forme de définition rébus pour « microcéphalie ». À voir comme ça, en fin de journée, c’est écœurant.

Depuis qu’il tourne dans les bacs à ordures de l’humanité triomphée, Shamy s’est à peine habitué à la crasse, aux yeux vides et aux peaux en deuil. Sensibilité à fleur de peau. Il a toujours un haut-le-cœur quand il replonge, mais il s’y fait. Son côté humain malgré tout, comme il se plaît à le penser, l’aide à tolérer l’indigence chez son contemporain. La difformité physique en revanche, ça ne passe pas. Et l’eugénisme, bordel ! Ce type est une insulte au positivisme évolutif ; ça met le producteur de rêves en colère. Il se détourne, va quitter la salle. Que Colossus fasse le ménage avant de sortir, lui, il s’en va.

C’est alors que la silhouette au crâne vomitif se place sous le champ de l’inducteur. Sans même y avoir été invitée, elle se branche au projecteur et asperge la pièce du plus éclaboussant des holodreams. Qui arrête le temps.

…/…

Je me demande encore pourquoi j’en avais fait une sorte de freak à la Tod Browning alors que rien ne le justifie. Je me suis peut-être laissé embarquer dans les facilités. Je reprends tout et fais entrer le personnage plus progressivement dans l’histoire, en amont de ce paragraphe. Il a déjà été décrit, mais il n’a encore rien fait d’autre qu’intriguer le narrateur.

VERSION 3 :

Le vieux ! Il ne reste plus que lui. Pourquoi a-t-il passé son tour, toute la journée ? Pour ménager son entrée, peut-être, ou frapper en fin de combat, profiter d’un moment de fatigue. Il s’avance sous l’inducteur, pousse la chaise et se tient droit dans le cercle de projection. Un fantôme : sa bure défraîchie semble tenir toute seule en l’air, autour d’un corps qui aurait pris le temps de se faire oublier. Le visage est creusé. Pas si vieux, finalement, mais la peau presque transparente tendue sur une face osseuse. Cette figure en avance sur la mort vibre encore d’un regard fiévreux. Shamy se demande quels rêves un peu rances, battus et retrempés dans le chaudron des habitudes, vont bien pouvoir en sortir.

Sans y avoir été invité, le vieux se colle un patch de dissociatif sur le front et se branche à l’interface. Colossus esquisse un geste pour l’aider, mais il est déjà trop tard. Soudain, la pièce est aspergée du plus éclaboussant des holodreams. Qui arrête le temps.

…/…

Encore une fois, ce n’est pas forcément mieux dans l’absolu, mais cette approche me semble plus en phase avec le propos du texte. Le travail continue.
Il n’y avait pas que les écarts de langage à retravailler : le personnage principal était une sorte  d’histrion sans morale, méprisant et vulgaire, soudain transfiguré par le miracle d’une rencontre. C’était jouable, mais inutile et risqué puisque le lecteur pouvait le rejeter d’emblée. En m’y remettant, j’ai choisi d’en faire un être acceptable, doué d’une conscience comme vous et moi, peut-être pris au piège d’ambitions contradictoires et dont l’évolution au cours de l’histoire paraîtrait plus naturelle : il n’y trouve finalement que ce qu’il cherche.

Un court paragraphe vers le milieu rend sensible cette évolution du ton.

VERSION 1 :

« Facile : vous avez des relations. Emmenez-moi avec vous, s’il vous plaît.

― Et puis quoi, encore ? »

Et puis quoi, hein ? Que je te regonfle le crâne au métabotox, pauvre loque ? Ramener ce fond d’éprouvette mal rincée chez Conquest, autant se réserver tout de suite un espace dans la rubrique nécro.

…/…

VERSION 3 :

 « Facile : vous avez des relations. Emmenez-moi avec vous, s’il vous plaît. »

Un signal réflexe s’allume chez Rando. Il a l’impression qu’il faudrait faire attention à quelque chose. Pas un danger, non, plutôt une question de libre arbitre. Lui, le gestionnaire, le décideur, est en train de se faire manipuler de façon suffisamment efficace pour qu’il ne s’en rende pas complètement compte.

…/…

Hum… Cela commençait à prendre forme, mais j’ai dû aussi faire face à une de mes faiblesse : ma difficulté à couper des passages qui n’apportent rien, même si j’ai l’impression qu’ils sonnent bien. J’écris à l’oreille, et il m’arrive (euphémisme) de me laisser aller, juste parce que ça balance. Là, je me suis fait violence.

Exemple, la description du bureau de Frank, le patron du réseau que le producteur doit convaincre.

VERSION 1 :

Comme d’habitude, l’holoffice de Frank présente un catalogue de tous les incontournables des Pages Tendances dédiées à l’espace de travail du cadre supérieur. Il croit impressionner, et ça lui évite de se penser quelque chose de plus personnel. Les trois autres membres du conseil de direction font comme si ça marchait : ils ont l’air impressionnés. Mais pas par le décor : une sorte de barge flottante, posée sur un lagon comme on en fait plus, avec le clapotis des vagues, le soleil des tropiques et une bandes de négriers en arrière-plan, occupés à fouetter une dizaines d’esclaves concupiscentes, et plus si affinité. Un rêve de dominateur, l’expression visible par tous d’un esprit souverain.

VERSION 3 : rien.

Pas de description du bureau, et même pas d’autres membres du conseil. Quatre personnages seulement survivent aux coups de ciseaux. D’autres digressions sautent, des considérations sur la domination du marché audiovisuel ou un délire scandé façon rap (« Faut que ça attaque, faire saigner la barbaque, rien que des mecs qui se traquent, qui s’écrasent ou qui claquent, de l’embrouille du micmac… » filé ainsi sur 20 lignes), même s’il avait plu à certains lecteurs.

Le texte passe de 36000 à 26000 caractères espaces comprises, malgré le développement de l’introduction.

Est-ce qu’il y gagne ? Allez savoir… Il me paraît mieux correspondre au propos, ce qui n’est déjà pas si mal.

Est-ce qu’il sera lu, est-ce qu’il plaira ? Cela n’a finalement que peu d’importance (enfin si, pour l’éditeur de la revue), puisque je peux dire sans honte que Vent du soir aura compté, au moins pour moi.

Le début de l’éternité

Posted in Promo,Textes par Laurent Gidon sur 30 mai, 2012

L’automne dernier, j’ai bien travaillé. En octobre, au moment même où une idée de nouvelle me cravachait l’esprit, une connaissance Internet me demandait s’il m’était possible de lui écrire un texte pour sa revue annuelle. Il me laissait totalement libre, il fallait juste que ce soit de la SF. Et ça tombait bien, c’en était.
J’avais déjà le titre, prémonitoire : Une Éternité personnelle. Y avait plus qu’à… Je crois que je n’ai jamais mis aussi longtemps pour écrire 31 000 caractères. L’idée n’était qu’un principe, un début et une fin, qu’il fallait remplir au gré des carambolages d’inspiration. Jusqu’à ce que, autour de la fin février, soit une éternité plus tard pour une nouvelle, l’éditeur siffle la fin de la partie.
Le texte lui a plu (ouf), nous avons corrigé deux ou trois bricoles, et le voilà paru.
Pas tout seul, heureusement. Le casting de ce Géante Rouge n°20 réunit Patrice Lajoye (à l’édito), Hélène Ramdani, Élodie Boivin, Martin Lessard, Sybille Marchetto, Frédéric Chaubet, Marc Oreggia, Denis Roditi, Hugo Van Gaert, Jérémy Bouquin, Prune Matéo, Norbert Merjagnan, Guillaume Calu, Guillaume Mézin, Gulzar Joby, Christophe Lesieur et Guillaume Parodi, ce qui fait déjà trois Guillaumes, ainsi que les Pépin 2011.
Je sais que tous ces noms d’auteurs vous font envie. C’est donc par pur narcissisme que je vous propose les premières pages de Une Éternité personnelle. Vous lirez la suite quand vous aurez reçu votre Géante Rouge en le commandant ici : http://www.galaxies-sf.com/geante_rouge/achat_numero.php

Une Éternité personnelle

John Meynard Smith se réveilla avec l’impression d’avoir trop dormi. Quelle était l’idée sur laquelle il s’était concentré avant de plonger en hibernation ? Il ne savait plus. Il allait se rendormir lorsqu’une voix vibra au creux de son oreille.
― Bienvenue, Monsieur. Vous rappelez-vous qui vous êtes ?
La question froissa John. Il négligea de répondre.
― Voulez-vous que je vous aide à rassembler vos souvenirs ?
― Qui me parle ? Taisez-vous !
― Je suis votre interface d’autonomisation globale, Monsieur. En l’occurrence, je m’adresse à vous par un implant crânien. Préférez-vous une émission externe ?
― Je n’ai jamais eu d’implant. Tais-toi.
La même voix s’éleva, quelque part devant John.
― Cet implant fait parti des mises à niveau opérées lors de votre réactivation. Vous avez passé trois cent vingt-deux mille six cent trente-sept années en caisson de cryogénisation.
John se recroquevilla sur la couchette. Quelque chose n’avait pas fonctionné.
― Monsieur ? J’ai le plaisir de vous annoncer que votre corps est parfaitement opérationnel.
― Pourquoi… pourquoi si longtemps ?
― Il m’a fallu attendre votre tour, Monsieur. Mais il est venu aujourd’hui. Vous pouvez commencer le reste de votre vie.
John respira profondément. Plus de gêne aux poumons, plus de douleur. On l’avait bien réparé. Mais des millénaires avaient passé. Il se demanda ce qu’étaient devenues ses affaires florissantes, où en était son compte outrageusement créditeur, comment il allait retrouver sa position sociale.
― Qu’est-ce que je peux… que dois-je faire ?
― Rien, Monsieur. Ou tout. Tout ce que vous voulez. Tout est à votre disposition, Monsieur. Tout.
Tout pour lui ? John ne comprit pas, ou ne voulut pas comprendre. Dans la pièce, il reconnut une table et des chaises basses de bois rond posé sur un tapis végétalisé, un écran mural et un plafond luminescent, tous éléments standards. Rien n’avait changé. Était-ce une prison à sa mesure ?
― Je ne comprends pas… J’ai trois cent mille ans de retard, à quoi puis-je être utile ?
― Effectivement, Monsieur, vous ne comprenez pas. Vous ne devez pas être utile. Je le serai pour vous. Par mon intermédiaire, vous avez accès à l’ensemble du système d’interaction avec la planète.
John se figurait assez mal ce que représentait ce système d’interaction. Des sortes de machines, peut-être. Qu’il pouvait commander.
― J’en fais ce que je veux ? Sans compte à rendre à personne ?
― Tant que vous ne détruisez pas durablement l’écosystème, je pense que oui, Monsieur.
― Je prends tout ? Partout ? Et que diront les autres ?
― Il n’y a pas… d’autres, Monsieur.

*

Toutes les pièces étaient vides. John Meynard Smith avait fait le tour du bâtiment entouré de forêt. Il avait reconnu un espace repas, une salle d’exercice physique, plusieurs points d’interconnexion avec écrans ou stéréogrammes, un patio planté, et chacune de ses questions avait reçu la même réponse.
― Alors tout ça est pour moi ?
― Tout cela et le reste, Monsieur.
― Pour moi tout seul ?
― En effet.
― C’est ridicule…
― C’est la solution qui a été retenue, Monsieur.
― La solution ? La solution à quoi ?
― Aux difficultés qu’éprouvait l’humanité dans ses rapports internes et avec son environnement.
― Et cette solution, c’est…
― Oui, Monsieur : un seul être humain à la fois, avec la planète entière à disposition, doté par mon entremise de tous les pouvoirs. Vous êtes l’Héritier.
― Mais… c’est fou !
― Je ne puis juger, Monsieur. Je ne suis que l’exécuteur testamentaire.
― Attendez, je suis bien sur Terre ? J’hérite de la Terre ?
― Oui, Monsieur. La surface est en parfait état. Vos prédécesseurs l’ont globalement respectée et j’ai fait remédier aux rares dysfonctionnements.
― C’est incroyable, c’est fou ! Vraiment n’importe quoi.
― Monsieur aura le temps d’apprécier.

*

La suite… par là.

Contresens

Posted in Djeeb,L'Abri des regards,Promo par Laurent Gidon sur 8 mai, 2012

En parlant des Djeeb comme de livres légers écrits pour le plaisir, j’ai commis un funeste contresens.
Ceux qui cherchaient une lecture facile pas prise de tête en sont sortis accros à l’aspirine.
Et ceux qui voulaient partager une expérience plus profonde ne s’y sont même pas penchés.
Djeeb n’a pas trouvé ses lecteurs, fin de l’histoire.

Sans amertume, j’ai reconnu intérieurement mon erreur. Puis je me suis tourné vers d’autres écrits dont la nature n’échapperait à personne – traiter de suicide et de dépression ne prête pas à l’ambiguïté – afin de creuser ce qui doit l’être sans me noyer dans l’incompréhension et l’indifférence. Les retours que j’en ai reçus m’ont confirmé que je n’avais rien à faire dans le créneau de l’imaginaire de détente. Ce que je dois écrire se situe ailleurs.

Pourtant, cette faute du contresens me poursuit. En écrivant Atempo en une nuit fiévreuse (je l’ai retravaillé ensuite) j’étais sûr de tenir le truc qui bouleverserait les lecteurs et leur dévoilerait tout ce qu’une approche décomplexée de la SF pouvait offrir de métaphysique. Le destinataire de ce texte m’a dit ne l’avoir même pas lu jusqu’au bout. Il montait une grosse anthologie et a lâché cette grotesque histoire de temps-particule dès les premières lignes.

Contresens encore. J’avais fait du sous San Antonio et noyé mon propos dans des formules empruntées aux poubelles de Michel Audiard. Le texte est paru dans la confidentialité, et les rares lecteurs qui l’ont chroniqué m’ont confirmé le contresens : ça voulait être drôle, et ça ne l’était pas.
Sauf qu’Atempo ne veut pas être drôle. Il avance fardé, c’est tout, un peu comme Djeeb. Quand Djeeb traite de l’absence du mal comme du bien, du déni de responsabilité dans un cadre d’ambitions contradictoires, Atempo décrit une réalité à sommes nulles dont les gagnants, les archétypes créateurs de richesses, ne font que creuser les pertes des perdants. Une société qui ne peut qu’évoluer en prenant un virage à 90° alors que les combats ordinaires tirent indéfiniment sur le même axe. Le titre de ce billet sonne d’ailleurs comme une définition de cette histoire et de son sous-texte : contresens de lecture, mais aussi contresens des actions et nécessité de trouver un sens qui n’aille pas « contre » pour avancer.

Cette nouvelle est la dernière à paraître sous le pseudo de Don Lorenjy. Pour l’occasion j’ai tenté de dire combien elle me semblait porteuse d’idées sous ses airs de farce. Sans résultat.
Sera-t-elle mon dernier contresens ? Peut-être pas. En lisant une chronique qui critiquait sévèrement ses effets d’oralité, j’ai compris qu’il y avait moyen de la sauver.
Atempo n’a pas été écrit pour être lu, mais pour être dit et entendu.
Alors je m’y suis collé.
Près de 40 minutes de lecture, micro en main. Je ne suis pas acteur, ma diction ne tient pas la distance. Il m’a fallu plusieurs heures de montage pour éliminer tous les savonnages, silences et bruits de bouche, puis faire tenir le tout dans 30 minutes audio.
Je ne sais pas ce que donne le résultat, Atempo me sort maintenant par les oreilles. Mais j’aurais fait tout ce qui est en mon pouvoir pour l’adresser au lecteur, et maintenant à l’auditeur.

Vous pouvez l’écouter en cliquant ici.
Et s’il vous a plu, vous pouvez voter pour lui au prix Rosny, en toute légitimité bien que vous ne l’ayez pas lu.

Le magazine où est paru Atempo

Ciao Don Lo !

Posted in Promo,Vittérature par Laurent Gidon sur 16 août, 2011

Nous sommes rentrés de vacances et dans la bassine de courrier m’attendait un petit opuscule où sont imprimées et illustrées des histoires de science-fiction, fantasy, fantastique  & co : AOC n°21. Une de mes nouvelles préférées y est publiée. J’avais oublié que c’était dans les tuyaux, les corrections datant de plusieurs mois, et ça m’a fait plaisir pour un retour.

Atempo narre les aventures croquignolettes d’un physicien pris dans la poisse d’un temps qui ralentit. Ce texte avait été refusé pour une anthologie (J’l’ai même pô lu, m’a certifié l’éditeur) puis par deux revues, enfin… au moins une, l’autre n’ayant pas répondu à mes demandes et relances. Et voilà qu’un fanzine l’accepte (edit : on me souffle dans l’oreillette que AOC n’est pas un fanzine, mais une revue, publiée par le Club Présences d’Esprits). Pas n’importe lequel : AOC, le premier à avoir accepté un de mes textes (c’était L’Ambassadeur, maintenant repris pour les fétichistes dans les Blaguàparts). Je suis content.
Parce que Atempo présente au moins deux particularités.
Il raconte une histoire sans conflit ni violence, et – j’espère – sans trop ennuyer le lecteur. Cet exercice qui me passionne et que j’ai demandé de pratiquer à une dizaine d’auteurs pour une anthologie à venir.
Il sera le dernier signé Don Lorenjy. Don Lo the last. J’avais créé ce pseudo lorsque je m’étais inscrit sur mon premier forum, du côté de 2006, et il m’a bien servi pendant ces cinq ans. Mais maintenant ça va, plus besoin de pseudo, je lâche l’affaire pour n’être plus qu’un.

Voilà, c’est fait, Tchao Don Lo, tu peux nous laisser, on va continuer sans toi.
Pourquoi flinguer un pseudo ? Et surtout un pseudo qui m’a permis de faire lire certains des trucs dont je suis le plus fier (et ne comptez pas sur moi pour balancer, faites votre liste vous-même) ? Parce qu’il faut s’assumer un peu. S’accepter et accepter que les autres vous voient (où vous lisent), sans rien craindre ni se cacher.

Un article de Rue 89 traite de ça, justement : ce que gagnent les auteurs à utiliser un pseudonyme. Il faut reconnaître que les pseudos cités y gagnent en sécurité et en tranquillité. Mais celui (Anonymous) qui affirme que sous pseudo John Lennon serait encore vivant se goure peut-être : Lennon est allé au bout de ce qu’il avait à faire parmi nous et personne ne sait quelles daubes il aurait dû enregistrer aujourd’hui pour payer ses impôts, les charges d’un quelconque château ou des divorces et pensions alimentaires en rafale.
Ne croyez pas que je me compare à Lennon, mais assumer ce qu’on fait c’est quand même la meilleure des libertés. Et la mort n’est pas une fin.

Et en guise d’épitaphe, une des présentations d’un certain Don Lo, troussée pour accompagner une parution :

— Pfff… Don Lorenjy, c’est un nom ça ?
— Non, c’est un pseudo.
— Qu’est-ce que ça cache ?
— Rien. Si, une vie normale à la montagne, une épouse et deux petits garçons, un job de publicitaire free-lance, plein de sports et des vacances à la mer.
— Et à quoi ça sert un pseudo ?
— À écrire des nouvelles et des romans, à les faire lire, à essayer de les publier discrètement, à ne pas devenir riche et célèbre.
— Ça empêche d’avoir passé 40 ans ?
— Non.

RIP

Ce qu’on peut dire qu’on ne fera pas

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 27 avril, 2011

Un article Internet vieux de deux ans (une éternité 2.0) trouve actuellement une seconde vie sur Facebook grâce à nombre d’amis qui le (re-)découvrent, le commentent et se le transmettent comme une traînée de poudre aux yeux. Neil Gaiman y affirme que GRR Martin n’est pas la pute de ses lecteurs, ce qui va de soi, et qu’il fait ce qu’il veut de son temps sans avoir à se justifier sur son blog ou ailleurs, ce que je conçois aussi, à une légère nuance près : si je dis ici que je vais écrire un truc et que je ne l’écris pas, les lecteurs assidus auront le droit d’être déçus. Pas floués : déçus.

Déboires qui ne m’arrivera pas et à vous non plus, peu assidus que nous sommes.
D’autant qu’il ne m’arrivera plus de dire « je vais écrire ceci, ou cela… » parce que je vais faire une pause et être encore moins assidu, au point de ne plus écrire.
Je ne dis pas ça pour vous entendre clamer par milliers (millions ?) :  « Oh non, Don Lo, t’arrête pas ! ».
Je le dis juste parce que je le fais, là, et depuis déjà presque six mois. Même que ça marche assez bien.
Arrêter un peu d’écrire permet de se poser la question de « qu’est-ce qu’on écrira » quand on s’y remettra. Et s’il ne surgit pas de réponse fulgurante à cette question, on ne s’y remet pas et les arbres ne s’en portent que mieux (les pixels aussi, remarquez).

Donc voilà, à la lumineuse assertion « ce n’est pas parce qu’on sait un peu écrire qu’on a quelque chose à dire » je joins le geste et me contente de penser à ce qui vaudrait peut-être le coup d’être écrit avant de décider que non, en fait ça ne le vaut pas.

Mais ça ne veut pas dire que vous n’aurez rien à lire de ma part. Déjà vous êtes vachement nombreux à n’avoir pas encore lu ce qui est disponible : reportez-vous à la biblio ci-jointe et constatez par vous-mêmes. Par exemple, et bien qu’un billet du blog Griffe d’Encre argumente le contraire, à mon sens vous êtes encore beaucoup trop à ne PAS avoir lu Blaguàparts. Notez.
Et surtout, il y a des trucs qui vont sortir.

Dès maintenant, vous pouvez vous commander le recueil « Prix Plume d’Agence 2011 » ici et vous régaler de 11 bonnes nouvelles dont mon Droit Dehors, grand prix de cette année.

Ensuite, guettez la sortie fin mai de l’anthologie Borders, réunie par Charlotte Bousquet chez CDS éditions. J’y ai mis Les Intrusions granuleuses, texte assez représentatif de ce que j’aurais envie de faire si je m’y remettais.
Enfin une autre nouvelle a été sélectionnée par AOC  (le premier Fanzine qui m’avait publié un texte) pour un prochain numéro. Ce sera Atempo, fantaisie spéculative sur la nature du temps. Je viens de finir les corrections et je crois que c’est pas mal. En tout cas, un peu comme pour Les Intrusions, ce texte correspond bien à ce que je cherche, dans la veine « sans arme, sans haine et sans violence » sans pour autant endormir le lecteur.

Ah, et puis tant que j’y suis : pour être sûr de ne rien écrire j’ai mis les collègues au boulot à ma place. Ce sera une antho, toujours sur le thème qui me tient à cœur d’un imaginaire vivable. Une anthologie, rien que ça ! Mais je vous en dirai plus quand ça sera mûr.

Prix qui monte, ventes qui baissent

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 7 avril, 2011

Hier soir, j’étais invité à la Société des Gens de Lettres sise en son hôtel de Massa à Paris (c’est pas tous les jours qu’on peut ouvrir un billet comme ça) pour y recevoir le troisième Grand Prix Plume d’Agence 2011.
Ce prix est en fait un concours de nouvelles ouvert à tous les professionnels de la communication. Je fais de la pub, j’ai participé, j’ai gagné, c’est donc avec plaisir et fierté que je me suis rendu à cette soirée. En plus il faisait beau.
Ce concours m’avait déjà distingué d’une mention spéciale l’an dernier, pour Écran des larmes, nouvelle pas drôle drôle mais qui semble-t-il avait touché. Cette année, c’est Droit dehors – texte sans compromis sur ce que l’on accepte d’encaisser avant de dire Stop ! et de faire ce qu’il convient – qui a cueilli le jury aux tripes. Jury composé d’écrivain comme Harold Cobert, et de professionnels de la communication. Les commentaires des uns et des autres sur les 30 000 caractères de Droit dehors m’ont ému et effrayé : suis-je celui qui mérite cette dithyrambe ? Je sais que l’atmosphère de la soirée se prêtait à ces éloges, mais tout de même ça m’a remué.

Si je vous en parle, c’est surtout pour relever un fait qui m’a paru significatif : au palmarès, et donc dans le recueil qui sera disponible via le site de l’organisateur du Prix, figure un texte de science-fiction. De la vraie SF, assumée, frontale, par un gars qui en plus avoue une passion pour le genre. Couillu, le pubard ! Une SF pour dix textes de littérature générale, cela paraîtra peu, mais d’ordinaire c’est 0, donc 1, quand même, chapeau !
Oui, un jury éclectique a distingué cette SF à égalité et selon les mêmes critères que les autres. Ceci sans copinage, les textes étant présentés de façon anonyme. L’auteur en est ravi, je suppose, mais ce qui me réjouit d’une manière plus large c’est de voir un genre – d’ordinaire interdit de critique grand public et donc ausculté par ses seuls spécialistes ou honoré de prix consanguins relevant de la promotion interne – être reconnu dans un concours œcuménique. Ce texte, le jury lui a accordé sa mention spéciale non parce que c’était de la SF ; ni même de la bonne SF, mais parce qu’il jugeait que c’était un bon texte, tous genres confondus. Bravo !

Passons à autre chose.
De retour dans mes montagnes, j’ai trouvé mon relevé de ventes envoyé par Mnémos, l’éditeur courageux des Djeeb le Chanceur et l’Encourseur. Force m’est de constater que son courage n’est pas récompensé. À l’heure floue où je me dis que l’important quand on écrit c’est le Quoi plus que le comment, il est temps que je tire les conclusions qui s’imposent. Les chiffres ne mentent pas (Ha, Ha !).

Edit : au vu des commentaires (dont je remercie les commentateurs) je coupe ce qui pouvait passer pour de la pleurote d’écriveur frustré et tiens à rappeler que l’information importante de ce billet c’est qu’un texte de SF a été cité au palmarès d’un prix littéraire.

Tenez, pour me faire pardonner, le début de…

Droit dehors

Il faisait encore nuit lorsque j’ai embarqué sur le Novalant. J’ai senti le Diesel vibrer sous mes pieds et une heure plus tard nous étions en pleine mer. On ne m’a pas présenté : chacun avait déjà pris son poste. Juste le Capitaine Knut et un certain Svenn, croisés sur le pont, pressés de larguer les amarres. J’ai attendu qu’on ait besoin de moi quelque part en regardant le temps passer.
Ce premier lever de soleil sur l’horizon a donné le ton. Le capitaine s’est hissé sur la nacelle de proue, une carabine à la main. Pendant toute l’heure suivante, il a canardé les dauphins qui bondissaient devant l’étrave. Ses bordées de jurons n’étaient coupées que par les claquements de l’arme et les encouragements des autres. J’ai regardé un peu, puis je suis descendu dans la salle des machines. Je ne sais pas pourquoi, je n’aimais pas l’ambiance.
En bas, le chef mécano se roulait une cigarette. Le casque antibruit lui écrasait les oreilles.  Il l’a soulevé d’un côté pour me parler.
― T’as pas l’habitude, hein ?
J’ai fait non de la tête. Le vacarme des six mille chevaux me martelait la caverne.
― C’est pas grave, a-t-il repris en se calant la clope dans la moustache. Il en a besoin au début pour se calmer. T’aimes pas ça, hein ? Moi aussi, j’aime pas trop. Alors j’ignore.
J’ai haussé les épaules. Il a souri et m’a tendu la main.
― Moi c’est Greasou. Mais attention, a-t-il précisé, comme dans Grease, le film ! Avec moi, tout baigne dans l’huile.
Il s’est esclaffé. Son rire dégringolait en silence, masqué par le moteur. J’allais lui dire mon nom quand il m’a fait signe de le suivre.
― Regarde : l’allure est marquée sur l’écran. Pour l’embrayage-réducteur, tout est contrôlé d’en haut. Toi, tu vérifies juste les rupteurs. Pas que ça monte dans le rouge. Refroidissement ici, régime limite là, tu tolères un peu de dépassement, pas plus. Et tu réduis ici en cas de besoin. Toute façon, ils s’en aperçoivent pas sur la passerelle. Vu ?
Il est sorti en s’allumant le mégot.
J’étais seul avec le monstre. On aurait dit un fossile de baleine sous multi-perfusions. Un truc compliqué et ancien, enchâssé dans la coque, irrigué par des tuyaux en pagaille. Un truc en colère qui voudrait s’arracher de cette prison puante. Un truc qui me faisait peur parce qu’il hurlait en continu, comme mon père avant.
Il ne faut pas mentir sur son âge, les gens sont trop contents de vous croire. Knut avait à peine regardé mon passeport trafiqué. Il devait compléter son équipage. Et voilà. J’avais dix-sept ans et on me confiait la machine.

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