Comme ça s'écrit…


La morale des mots à mort

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 25 novembre, 2009
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Je n’aime pas critiquer mes confrères. D’abord parce que c’est souvent trop facile : on se drape dans son intégrité pour fustiger des publicitaires forcément vendus au grand capital ou pire, aux intérêts sordides des puissants. Et surtout parce que, en général, on ne sait pas ce que les créatifs et commerciaux de la publicité doivent avaler, comment ils doivent tordre leur talent, pour répondre aux attentes d’un client au final tout puissant.

Mais là, quand même, ça déborde. Question de mots et de morale. Je vous raconte.

C’est une annonce presse parue dans Télérama. On y lit en titre :
DE CE QUE L’HISTOIRE A FAIT DE MIEUX, À CE QUE VOUS FAITES LE MIEUX.

On y voit, à gauche des ruines restaurées, et à droite un homme endormi sur une plage.

C’est beau, l’image et les mots résonnent, on sent qu’en ces lieux, le temps vous donne du temps, que les traces du passé vous nourrissent et vous ressourcent, qu’il est bon de s’y sentir en filiation avec une humanité continue. C’est bien fait, quoi, de la belle ouvrage.

Pour qui, tous ces talents réunis ?
La Grèce ? L’Afrique du Sud célébrant la fin de l’apartheid ? L’Italie de la Renaissance ?
Non. Israël. Et là, tout change de sens.

Je tiens à rappeler que je porte le nom du prophète Gédéon, connu pour avoir donné la victoire aux tribus d’Israël et refusé d’être roi, ceci pour raser de près le chiendent antisémite qu’on pourrait s’empresser de voir pousser sous mes pieds. Je n’ai rien contre ce pays ni son peuple, même si je conserve mon droit critique quant à la politique menée par son gouvernement et son armée.

Donc, Israël. Ce que l’Histoire a fait de mieux.
Beau programme en forme de slogan politique censé asseoir la prééminence de l’État hébreux sur cette Terre. En oubliant le sang versé qui coule encore. En oubliant les murs dressés. En oubliant les maisons et les famille passées au bulldozer… En oubliant ce furoncle dont le pus infecte l’histoire du monde.

Et ce que vous faites de mieux : dormir.
Dormir sur la plage pendant les évictions et les actions armées. Dormir au soleil pendant qu’on canarde à la roquette et qu’on répond à coup d’obus expérimentaux au phosphore. Dormir pendant qu’on sait, et qu’on continue, à longueur de journaux télévisés et de débats, de nous expliquer combien le problème est trop compliqué pour être compris, voire résolu. Dormir pendant qu’on meurt, à quelques dizaines de mètres parfois du site touristique.
C’est certain, voilà ce que l’on fait de mieux, depuis cinquante ans.

L’agence qui a signé ce superbe exemple de publicité à double tranchant s’appelle Les Ouvriers du Paradis. Étonnant, non ? Un publicitaire, fut-il la main ouvrière d’un éden de consommation, a toujours le pouvoir de s’arrêter, de dire non, de garder sa morale, non pas intacte (faut pas rêver), mais un peu lavée.

Moi, dire du mal d’un confrère ? Le moins possible, mais là, quand même…

& encore ?

Posted in Djeeb,Promo par Laurent Gidon sur 23 novembre, 2009
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Voilà, ça y est, le salon Esperluette est fini… est c’était bien.
Deux jours sur le pont, de 10h00 à 19h00, sous pression constante pour éviter de dire des âneries (ma spécialité) ou de les dire trop fort… et pourtant on en redemande.

Pourquoi ? Parce que…
… il y avait du monde, du beau monde, du monde gentil, qui s’intéressait à ce qu’écrivaient les auteurs, même si ce n’était pas sa tasse de thé (« Moi j’aime pas la science-fiction »),
… il y avait Catherine Dufour, qui est gentille comme pas permis et qui dit des trucs super au lieu de se contenter d’en écrire (je cite de mémoire : « Hum… je réfléchis. »)
… il y avait Fabrice Colin, que j’ai peut-être un peu gavé par ma comparaison des stations de ski françaises et italiennes, mais c’est comme ça, groupie complex, on dit n’importe quoi au lieu de rien, et André-François Ruaud, que j’ai peut-être un peu gonflé aussi en lui demandant quel genre de texte il voulait pour sa revue Fiction,
… il y avait Delphine et Sylvain, qui avaient fait le voyage depuis Lyon à (presque) trois et que j’ai dû gonfler un peu aussi mais ils ont été assez gentils pour ne pas le montrer,
… il y avait Jean-Marie Blas de Roblès, tellement ému quand je lui ai dit merci pour son livre Là où les tigres sont chez eux (lisez-le, c’est beau, et puis prêtez-le)
… il y avait Eddy Harris, tellement grand, sage, ouvert, magnifique !
… il y avait Cathy, qui dessine des fées comme une fée (facile !) et qui, et que… non, Manu, je n’y ai pas touché !
… il y avait le chef papou (en pagne, plumes, os dans le nez et tout) avec qui j’ai déjeuné et papoté en pidgin et qui a dû partir en courant sinon il pissait là, par terre,
… il y avait tous ces gens qui ont pris le risque de s’offrir Djeeb le Chanceur jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus, et tous les autres à qui je n’ai pu que le raconter (ben oui, y en avait plus, rupture),
… il y avait tous ces gens qui ont pris le risque de s’offrir Aria des Brumes, même sachant que la suite ne sortirait pas, enfin, pas tout de suite,
… il y avait Chloé et Isabelle, dont les sourires m’ont touché tout droit, là où ça fait chaud, parce qu’elles aiment ce que j’écris (Oh merci vous !)
… il y avait tous ces organisateurs si extraordinairement sympas, Thierry Caquais en tête, que j’en suis à me demander si Esperluette n’est pas le salon le plus agréable où je me sois rendu.

Voilà. Un bon week-end. Merci les gens. À bientôt j’espère.

Avant-propos

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 20 novembre, 2009
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Lorsqu’on écrit des histoires, même si un fond de pudeur (ou de fierté : « Je fais de l’art, moi, Môssieur ! ») nous pousse à l’occulter, on pense avant tout à une personne : le lecteur.
Oui, le lecteur est une personne. En ce qui me concerne, c’est mon épouse. Et mon épouse, c’est quelqu’un !
Mais… après.

Que se passe-t-il après, quand le lecteur n’est plus celui ou celle qui partage votre vie quotidienne et peut vous dire ce qui est bien ou pas dans ce que vous écrivez, et surtout à qui vous pouvez expliquer ce qui n’est pas forcément clair dans ledit écrit (je suis clair, là ?) ? Que se passe-t-il quand le lecteur, tout en restant une personne, devient aussi un acheteur lointain de votre écrit ? Comment être sûr qu’il va tirer tout le plaisir possible de ce que vous lui proposez ?
On ne peut pas lui demander, au lecteur, pas individuellement en tout cas. On ne peut pas le prendre par la main et l’emmener dans une histoire, surtout si cette histoire s’insère dans un univers plus large, voire dans une chronologie face à laquelle l’éternité elle-même résonne comme un bref claquement de doigt (c’est une image, ne me cherchez pas des poux).
Alors, que peut-on faire ? Écrire un avant propos.
Voici celui que j’ai pondu pour le prochain Djeeb, et ceux d’après, pourquoi pas :

Avertissement au lecteur

La présente chronique rapporte les faits et aventures vécus par Djeeb Scoriolis, artiste voyageur dont l’existence mouvementée le conduit à se produire dans les diverses cités de l’Arc Côtier, voire au-delà, vers ce que d’aucuns appellent les confins avec un soupçon d’inquiétude dans la voix. Vous y retrouverez peut-être des personnages et des lieux croisés ailleurs et en d’autres temps, lors de pérégrinations Djeebesques relatées dans différents volumes.
Sachez que vous n’êtes pas tenus de vous documenter sur le personnage ou de reprendre la lecture de ses voyages dans un ordre quelconque. Vous êtes ici chez vous. Et comme chez vous, tout sera réuni pour votre confort ; rappels, présentations et descriptions veillant à faire exister devant vos yeux ébahis la truculence, l’élégance et les couleurs de tout ce qui fait Djeeb l’Unique.
Bon plaisir à vous, lecteur chéri, et que le rideau se lève !

Et voilà.

Joli tour de passe-passe, hein ? Mais si, réfléchissez : un lecteur averti en valant deux, je viens de doubler les ventes de mes bouquins.
Étonnant, non ? (merci Pierre)

D’ailleurs, puisqu’on parle de ventes, petit rappel : salon Esperluette, samedi et dimanche, à Cluses… à demain, lecteur chéri mon amour.

&

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 16 novembre, 2009
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Le joli petit signe qui sert de titre à ce billet s’appelle une esperluette, caractère typographique qui signifie « et« . Sur votre clavier, vous le trouvez souvent en haut à gauche.
Esperluette
C’est un nom assez bien trouvé pour un salon littéraire qui, comme beaucoup, fait le maximum pour rapprocher les lecteurs & les auteurs. L’avantage de celui-ci, c’est qu’il se tient près de chez moi. Mais je lui trouve un autre atout cette année : Catherine Dufour, Fabrice Colin & Jérôme Noirez font partie des auteurs invités. Rien que pour eux, ça justifie le voyage, d’où que vous veniez.
Le thème sera Envie d’Ailleurs. Autant dire que cette triplette de chouettes bons auteurs comptent parmi les meilleurs guides pour tous les ailleurs dont vous pourriez avoir envie.

Alors notez, s’il vous plaît : Salon Esperluette, à Cluses, en Haute-Savoie, entre Genève & Chamonix, pour vous situer un peu, du vendredi 20 au dimanche 22 novembre.

L’ambiance est excellente, les interventions de haute qualité, les libraires prévenants, les activités pour enfants très bien fichues & il y a même un bar. Parking gratuit.

Ah… j’y serai aussi, pour papoter et éventuellement signer quelques livres.

 

Envie d'ailleurs...

Novembre en berne

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 9 novembre, 2009
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Je vais brièvement vous parler d’un gars qui le mérite.

Un gars avec un sourire immarscecible (renseignez-vous) et une oreille plus décollée que l’autre.

Un mec qui avait trouvé sa voie et sa voix en écoutant ce qui lui chantait dans la tête – et ça faisait du bruit joli.

Un bonhomme devant lequel je me suis un jour prosterné, littéralement et publiquement, sur la scène des Imaginales 2008, pour le remercier d’exister, juste ça.

Un écrivain dont j’ai offert un des livres par hasard à mon fils, et dont j’ai dévoré toute la série comme lui, comme un gamin de huit ans.

Un motard qui a raté un virage de trop et fait le grand pas de côté.

Pierre Bottero est mort sur une petite route de par chez lui.
Il laisse une femme et deux filles orphelines, plus toute une génération de lecteurs dans la tristesse

À toi, Pierre, et à tout ce que tu emmènes avec toi. Merci pour ce que tu as laissé.

 

Pierre Bottero, 1964-2009

Un concours pour les Chanceurs

Posted in Djeeb,Promo par Laurent Gidon sur 4 novembre, 2009
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Le joli et très utile site atemporel, ayant bien aimé le Djeeb, a eu l’idée très bonne d’organiser un concours pour les petits Chanceurs qui voudraient se voir offrir un exemplaire. Allez-y, c’est là.

D’abord, je suis flatté, et je les remercie (merci !)

Ensuite, je trouve que la chance ne suffit pas pour répondre aux questions posées. Donc j’aide.
Ici, vous en saurez plus sur le nom de Djeeb.
, vous découvrirez dans quelle ville mystérieuse il fait preuve de ses talents.
Et là, vous saurez à coup sûr qui la superbe Fran a plaqué pour roucouler avec le Djeeb.

Enfin, je vous rappelle que le Djeeb est un œuf, et qu’un œuf ne fait pas de politique. Ai-je assez fait avancer le Djeemblick ?

Un oeil sur Djeeb

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 3 novembre, 2009

I – Où les jouissances partagées le sont par trop de monde

Djeeb Scoriolis se laissa aller, bercé par le sentiment légitime d’avoir accompli ce qu’il réussissait avec une régularité des plus encourageantes : satisfaire une jolie femme. Bonheur de la jeunesse, pensait-il. Vigueur du corps et légèreté de l’esprit. Avoir bientôt vingt ans lui paraissait le plus merveilleux des âges. Libéré des faiblesses enfantines, empesé d’aucun vrai souci, et riche de promesses qui auraient pu passer pour d’éventuelles amarres si elles ne se dénouaient pas dans les plaisirs d’un présent enchanté. Oui, la vie lui convenait. Sa vie, dont il s’ingéniait à jouir sans entrave. Il était Djeeb, heureux de l’être, insouciant du reste.
Autour de lui, la chambre rendue au calme baignait encore dans la chaleur de leurs feux partagés. Une délicate résille de filaments luminescents, tissés dans le baldaquin du lit, jetait une clarté orangée sur le théâtre des ébats. Le désordre des oreillers et des draps s’étendait jusqu’à deux fauteuils dont les garnitures de fourrures fauves disparaissaient sous des vêtements défaits puis abandonnés. On reconnaissait la longue robe de l’amante à ces traits de mousseline torsadés par l’urgence. Le pourpoint brodé de Djeeb – sa seule coquetterie – avait volé avant de retomber au hasard, chevauchant un dossier. Ses bottes avaient suivi, l’une enjambant un accoudoir et l’autre éraflant l’ébène poli d’un pied. Au-delà régnait le lustre de meubles à la simplicité trompeuse et de boiseries murales marquetées. L’hostellerie avait de la classe. On ne s’y livrait pas à la frénésie et Djeeb avait su retenir sa fougue pour se hausser au niveau des lieux et de la dame qui l’y avait invité.
Dehors, la nuit était douce. Elle serait brève, certes, et Djeeb regrettait déjà de consacrer sa courte fin au seul sommeil. Ah, cette jeunesse insatiable qui bouillonnait en lui ! Saurait-il raviver pareille flamme chez sa douce endormie ? Le jeune homme flattait du regard le somptueux corps appesanti dans les coussins à ses côtés, lorsqu’il eut la surprise de voir une paire de malotrus surgir par la porte du placard, ouverte à la volée.
Les deux hommes étaient vêtus de tenues de voyage ou de combat – Djeeb ne sut en décider – taillées dans un cuir bourrelé qui leur dessinaient d’inquiétantes musculatures. Avaient-ils assisté à toute la scène ? Représentaient-ils un mari jaloux ou un amant trompé pour arborer cet air farouche qui creusait leur visage et affûtait leurs yeux ? Venaient-ils réparer un affront après l’avoir dûment constaté ? Leur attitude énergique et brutale l’attestait sans doute. En de rapides pas glissés, ils investirent la chambre qui parut soudain bien petite. On aurait dit deux prédateurs en chasse prêts à refermer griffes et crocs sur une proie après l’avoir attirée et laissée se débattre dans de bien jolis draps. Mais qui donc visaient-ils, se demanda Djeeb, lui ou sa belle qui venait de se redresser ?
― Alors, Madame ? souffla l’un des sbires d’une voix étonnamment calme. Devons-nous en finir tout de suite, ou bien surseoir ?
Voilà qui valait réponse. Encore tout bouillant de sa remontée de sève, Djeeb chercha autour de lui de quoi faire face. Avant qu’il ait pu réagir avec la folle témérité que la situation requérait de lui, sa partenaire de plaisir le calma d’une main douce mais ferme, posée sur l’outil même de son récent succès.
― Laissez, mon brave. Je crois que nous pouvons attendre un peu.
Et Djeeb ne sut pas tout de suite si elle s’adressait à lui ou au colosse doucereux qui venait, avec son comparse, d’interrompre sa séance d’autosatisfaction.

Dans cet épisode en cours de rédaction, le jeune Djeeb en connaîtra plus sur les confins tout en perdant son père.


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