Comme ça s'écrit…


Abdication

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 29 août, 2009

Attention, philo de comptoir. Enfin, philo… Plus une intuition qu’une réflexion, et vous n’aurez pas grand mal à la réfuter, d’autant que je ne connais ni ne maîtrise aucun concept permettant de l’étayer. Donc voici :

Nous vivrions une abdication de notre pouvoir sur nous-mêmes, compensée par une illusion de pouvoir sur les autres.

Peut-être n’est-ce pas nouveau (à la différence de l’homme nouveau), mais cela me paraît s’exacerber.

J’appelle pouvoir sur moi-même ce que je suis à mes yeux, ce que je fais, ce que je m’autorise ou m’interdit, ce dont je rêve, ce que je veux être, ce que j’aime, ce qui me fait plaisir, ce qui me fait peur, ce que je supporte et ce que je ne supporte pas, ce pour quoi je m’engage ou m’enrage, pour une petite part ce que je crois et ce que je sais, pour une grande part ce que je ressens.

J’ai abdiqué ce que je suis à mes yeux en me comparant à des modèles tellement présents que je n’ai plus aucun pouvoir discriminant entre la fable et le souhaitable. Ils sont partout, dans les images et les mots. Je veux être Superman et séduire comme George Clooney, claquer du fric et passer à la télé. Je ne suis rien et ne fait rien de tout ça, ma valeur intérieure en souffre.

J’ai abdiqué le pouvoir d’être utile à mon prochain, de justifier ma vie en relation avec les autres : je peux ne servir à rien tant que je suis payé pour cela.

Le bien c’est la loi, le mal sa transgression : j’abdique toute morale personnelle pour me plier à ce diktat. Rester dans les clous est suffisant. Ne pas être hors la loi tient lieu d’éthique.

Mes rêves, mes envies, mes projets me sont servis par la publicité, certes, mais bien au-delà par l’omniprésence de la vie des autres, plus forts, plus riches, mieux logés, mieux mariés… ou a contrario miséreux, malheureux, dépossédés, détruits, comme repoussoir. J’abdique ma volonté d’être comme la bille du flipper sa trajectoire.

Mes peurs même me sont extérieures. On me promet la sécurité en désignant les coupables à éradiquer, sans discernement au sein des catégories, et surtout sans avoir à me sentir responsable : malbouffe, sans papier, tabac, intégristes, alcool au volant, jeunes à capuche… Une inquiétude ? Je prie et compose le 15.

Ce que je crois est perverti par tout ce que m’assène l’écran sans filtre ni raison (si, si, les boules de lavage produisent des rayons qui cassent la saleté du linge sans perturber l’environnement !), et le peu que je sais se noie dans l’océan de ce que je ne sais pas alimenté par les fleuves de mes erreurs. Je renonce à mémoriser, à creuser, en poursuivant l’illusion de pouvoir tout survoler et de ne rien avoir à retenir, puisque je sais où trouver. J’abdique, dans la plus grande bibliothèque du monde, le pouvoir d’ouvrir un livre car ce serait renoncer au même instant à tous les autres.

J’abdique le pouvoir de m’indigner à bon escient, calibré que je suis par le déluge émotionnel que m’imposeront les médias dès que je tenterai de savoir ce que je ne peux pas aller voir par moi-même. Fermer le robinet, fermer les yeux, n’y changera rien : on m’en parlera, on me sommera de réagir, sans réflexion. Pire, on me rhétorisera que « si je tolère ça, c’est que… », pour bien me rappeler le mode binaire dans lequel nous apprenons à être pour les uns et contre les autres, dans des combats qui sont de toute façon combattus par d’autres, loin d’ici. Jusqu’à ce qu’ils se rapprochent.

Heureusement, cette chaîne d’abdications a sa compensation. Quel pouvoir ai-je gagné en abandonnant tous les autres ?
Celui d’acheter, sans question, sans implication, sans responsabilité (puisque c’est à vendre), si j’ai de l’argent.
Et si je n’en ai pas, celui d’exiger. Exiger la sécurité, la santé, la liberté, le revenu minimum, la retraite et la qualité de l’air, exiger tout ce que me doivent les institutions, sans avoir à y participer, sans m’abaisser, sans avoir à demander à des individus, sans avoir à me justifier.

Acheter et exiger. J’ai ces pouvoirs sur les autres, et ils suffisent à ravaler ma rancœur.

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Un été chez Léo Scheer

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 25 août, 2009
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C’était mon expérience de l’été, le voyage insolite, la rencontre exotique : je suis allé faire prendre l’air à quelques textes sur M@nuscrits, la plateforme de mise en ligne des éditions Léo Scheer. Essai de bilan.

Côté m’as-tu-vu, c’est plutôt raté. Un seul commentaire, quelques votes (un ou deux par texte), on ne peut pas dire que ce soit la gloire. Les lecteurs de Publimonde, de Dégradations et de Sale Temps ! ne sont pas encore près à me faire une haie d’honneur au prochain salon du livre (celui de Marcassin-sur-Deule).

Côté chiffres, c’est dérisoire : 57 téléchargements pour mon texte le plus anciennement mis en ligne (le 5 juillet). J’ai pourtant battu le rappel sur tous mes contacts littéraires.
Et c’est un enseignement intéressant. En effet, les promesses de la lecture numérique généralisée qu’on nous chante régulièrement (et qui va peut-être se concrétiser un jour) semblent bien se traduire en une dilution totale de l’offre dans une foire à tout dont personne n’aura les clés.
Là où certains espèrent se libérer des éditeurs pour trouver directement le lien avec un public enthousiaste et surtout nombreux, je ne vois qu’engloutissement dans le bruit de fond. Personne n’émergera spontanément : il y faudra des moyens, ou de la chance.
La qualité des textes n’est pas directement en cause (un peu, quand même, mais pas que). Les chiffres parlent, sur M@nuscrits  Léo Scheer :
– près de 200 textes publiés en 5 mois, tous genres confondus, du billet de 2 pages au roman de 300 pages
– une moyenne de 15 à 20 téléchargements par texte, souvent pas plus de 6 ou 7
– un record à 70 téléchargements (sauf erreur de ma part, j’ai parcouru la liste assez vite),
– un texte de Babouk, personnage très polémique (voire la chronique de l’été BabouWrathien) chargé à peine 56 fois malgré la mise en avant estivale de l’auteur,
… ce n’est pas la ruée espérée, loin de là.
Pourtant, la plateforme dispose d’une grande visibilité grâce à l’implantation sur le Net de Léo Scheer et le réseau qui s’est créé autour de son blog (jusqu’à 500 commentaires sur certains posts), visibilité que n’auront pas les inconnus qui se lanceront, plein d’enthousiasme, dans la quête du million de lecteurs. Faut s’attendre à des nervous breakdouns, comme on dit.

Conclusion ?
Bien sûr, il est idiot de tirer la moindre conclusion de cette micro expérience en pleine obscurité. Disons plutôt une intuition qui se confirme pour moi. Un auteur, à peine débutant mais avec quelques contacts, ne peut pas compter sur un quelconque effet boule de neige grâce au numérique, même en utilisant une plateforme bien référencée.

Le livre papier ne va pas bien ? Les auteurs ne vivent pas de leurs écrits ? Eh bien ce n’est pas dans la lecture électronique que se trouve la panacée de la survie éditoriale. Pas encore.

Même facile à trouver. Même gratuite. La lecture reste considérée comme une perte de temps si l’on n’est pas sûr de la légitimité de ce qu’on lit. Et cette légitimité, elle ne sortira pas par enchantement de l’Internet. Il faudra encore la chercher chez les faiseurs d’opinion, y mettre ce qu’il faut de pognon, de cocktails et de cirage de pompes.
Est-ce que c’est grave ? Peut-être pas. Dommage, oui, mais pas bien grave. Encore que…

En attendant, les faiseurs d’opinion parlent de Djeeb le Chanceur. Et en suffisamment bien pour que j’en fasse le prochain billet.

Parce que flute, quoi, faut qu’il se vende ce bouquin si agréable à lire. J’ai déjà perdu un éditeur, pas question que je plombe le deuxième.

Djeeb Couv low

Il y a un nouvel homme nouveau ? (bis)

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 20 août, 2009
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Ce petit texte un peu caustique (ça nous soude) avait été mis en ligne sur le blog de feu Le Navire en Pleine Ville. En chipotant du détail avec Lilithlanoire, je m’en suis souvenu. Et, trouvant qu’il n’avait pas tant de rides que ça, j’ai décidé de vous le resservir. Bien lavé, c’est comme neuf…


Il y a un nouvel homme nouveau ?

À chaque soubresaut de l’humanité, on nous prédit un homme nouveau. Il avance caché, les obtus ne veulent pas le voir. On a pourtant toujours fondé sur lui de grands espoirs. C’est vrai qu’il a un jour inventé le feu, la civilisation, Dieu et ses religions, la renaissance, l’économie de marché, la bombe et même la fin de l’histoire. C’est vrai qu’autour de lui, beaucoup de choses ont changé. Mais lui, l’homme nouveau, n’était-il pas un peu répétitif, avec toujours les mêmes besoins, les mêmes ambitions, et surtout les mêmes travers ?
Eh bien cela va changer pour de vrai.
Même Michel Serre (philosophe bien connu puisque assez médiatique) nous le dit. « Nous vivons un moment de grande rupture dans l’histoire de l’humanité… » Tel quel. Sans que cela soit dû à Monsieur Sarkozy.  Et le même Serre d’ajouter « Mais personne ne le voit venir. »
Alors là, je m’insurge.

L’homme nouveau existe, je l’ai vu venir, puisque j’en suis un.  Je m’explique.
L’homme ancien reposait sur une conception tellement évidente qu’il a fallu un hurluberlu comme Boris Cyrulnick pour nous la rappeler : l’homme sans ses semblables n’est pas un homme. On ne devient homme qu’avec le contact des autres, leur frottement nous façonne individuellement, l’autre en interaction nous est nécessaire rien que pour exister en nous-mêmes .
Bon.
Mais ça, c’était l’homme ancien.
L’homme nouveau n’a pas besoin des hommes, lui. Pas en tant qu’individus. Il a seulement besoin de l’homme en général.
Un peu comme une idée qui rassure. Et surtout comme un réservoir.

Avant, l’homme avait besoin de son voisin, ou au moins de composer avec lui, ne serait-ce que pour pas prendre un coup de fourche en pleine face. Il fallait se serrer les coudes pour bosser, arriver à quelque chose, améliorer un peu la soupe. Alors il fallait se connaître, s’apprivoiser, se supporter.

Aujourd’hui, je n’ai plus besoin d’homme concret. Et beaucoup moins d’efforts à faire pour être supportable. Dès que je suis insatisfait, je change : de marque, de magasin, de collaborateur, voire de patron (si je peux… mais si, bien sûr que je peux, c’est une question de choix).
On m’objectera que ça ne date pas d’hier. Je répondrai que oui, que depuis la première vague de mondialisation industrielle (XIXème siècle disent les historioéconomistes) la tendance est à la création d’outils et de moyens de transport visant à accroître l’interchangeabilité et le désancrage territorial (des matériaux, des produits, des hommes). Mais ce n’est que depuis une vingtaine d’années que cette tendance a dépassé le domaine physique pour s’étendre à la communication entre personnes, des idées, du simple bavardage, et surtout des sentiments (en gros, depuis 3615 Ulla). C’est donc là, pour moi, que l’homme nouveau prend naissance, dans cette possibilité d’échange intime virtuel et désincarné, qui n’a plus besoin de l’autre en face pour être satisfaisante. Et nous sommes les premiers adultes à avoir trempé dans ce bain tout au long de notre construction.

On me rétorquera aussi que de plus en plus de personnes s’engagent au service des autres, que l’humanitaire proche ou lointain est la preuve que l’homme va toujours au contact de l’homme. Je dirais encore oui, mais non et non. Oui parce que c’est vrai, y en a, de l’engagement et de la charité internationale. Non parce que ces engagements cohabitent, et souvent chez les mêmes personnes, avec une totale indifférence à des maux plus proches et plus intimes, souvent dans leur famille même. Et non aussi, parce qu’ils concernent de la réparation, pas de l’échange quotidien. Avoir besoin du mal des autres pour jouer au pompier est une chose. Avoir besoin de l’autre présent pour devenir soi en est une autre. Une preuve ? Allez, une seule : ce texte. Être lu, voire critiqué, par vous, si éloignés et désincarnés, suffit à mon épanouissement personnel. Mais je ne prendrais pas le risque d’aller en parler à mon voisin, par peur de ce qu’il pourrait penser de moi, et de ce que cela pourra mettre en danger notre relation au quotidien (faite d’ignorance maquillée en faux respect). Je n’ai pas besoin de penser avec lui et de supporter son jugement (voire d’évoluer avec lui), vous me suffisez. Et tout est à l’avenant.

Dans un souci de facilité et de sécurité, les prestataires qui me facilitent la vie sont interchangeables, du producteur de nourriture ou de voiture jusqu’à mes reproducteurs eux-mêmes (je sais, on dit parents). Les familles recomposées fonctionnent parfois très bien, sur un principe d’affinités électives. Si je préfère le nouveau mec de ma mère, il deviendra mon père mieux que mon père. Si mes amis m’ennuient ou disent juste une fois quelque chose qui me déplaît, je change d’amis : il me suffit d’aller sur Internet, dans cet immense réservoir d’amis potentiels qui pensent comme moi. Je n’ai aucun contact réel ? Tant mieux ! Au moindre désaccord, j’en changerai d’autant plus facilement. Alors qu’avant, il fallait que je supporte la brouille avec des proches, m’arranger pour ne pas les croiser à l’école ou à la boulangerie (à la bibliothèque ou au théâtre ? d’accord…).

Je n’ai plus besoin de mon conjoint, ni même de mes enfants. Pas durablement. Tout m’incite à prendre et à laisser, à papillonner au gré de mes lubies, c’est ma liberté devenue sacrée. L’amour peut naître et passer sans que ma vie en soit changée. Mes enfants peuvent enfin être eux-mêmes, puisque je n’ai plus besoin d’eux à mes côtés pour prendre ma suite, assurer mes vieux jours, prolonger la lignée (pfff, quelle idée !). Mon avenir est protégé par un autre système de régulation, beaucoup plus large et rassurant. Toute ma vie fonctionne sur ce que j’aime ou n’aime pas. Je ne m’engage que tant que cela me plaît. Et puis je dégage. Le réservoir d’hommes sur lequel m’appuyer est immense.
Je n’ai plus besoin des quelques humains près de moi, juste de savoir qu’il reste encore, quelque part, assez d’humain en général pour que tout continue de tourner. Je suis l’homme nouveau. Vous me reconnaissez ?

La honte !

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 14 août, 2009
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Qu’est-ce que je vais dire à mes enfants, plus tard ?
Qu’est-ce que je vais leur dire quand ils me demanderont : « Papa, vous avez fait quoi quand la crisounette de 2008 vous avait donné l’opportunité de remettre à plat 2 ou 3 trucs et repartir d’un meilleur pied ? »
Rien.

Je ne leur répondrai rien, parce qu’on n’a rien fait.
La honte.
Pire que ça : on se réjouit que ça reparte, comme avant.
Un élu de Normandie se prépare à saisir officiellement le gouvernement pour échapper à la taxe transport, vu que sa région « serait pénalisée, parce que très dépendante du trafic routier. »
Timide relance sur le marché automobile, mais on s’inquiète encore un peu (rassurez-vous, les prochains bouchons des vacances ne sont pas vraiment en danger).
Le prix du porc baisse sur le marché des producteurs bretons (rappel : un marché n’est pas un appareil automatique qui décrète le prix du porc comme on tire un numéro de loterie, mais un groupe de gens – oui, des humains – qui se mettent d’accord au mieux de leurs intérêts, lesquels sont en l’occurrence de mal payer des produits dont ni la nature ni mon ventre ni ma morale ne veulent, vu comment c’est produit).
Les vaches de concours produisent toujours plus de lait (8200 litres par vache et par an, en moyenne), alors les producteurs, tellement fiers, le donnent sur les marchés (ah non, c’est parce que le prix payé par les distributeurs n’est pas bon, paraît qu’il y en a trop, mais l’an prochain chaque vache devrait réussir à en produire un peu plus, ça ira mieux).
On achète à l’Iran la remise en liberté d’une gentille française parce qu’on ne peut pas faire autrement (ça n’a rien à voir, mais comme goutte d’eau, ça va droit dans le vase).
Un connard a protégé ses plantations de cannabis par des systèmes de tir automatique (identiques dans leur principe à ceux utilisés par la DDR pour couvrir le no man’s land entourant le mur de Berlin) et blessé une promeneuse qui s’était pris les pieds dans le fil déclencheur. En Normandie, hein ? Pas à Medelin. Pour du cannabis… le jour des 40 ans de Woodstock. Peace, man.
On n’a toujours rien fait contre les paradis fiscaux, mais en les pointant du doigt on a donné de nouvelles idées de placements à ceux qui profitent déjà de la reprise.
À chaque mort en Afghanistan, on rejoue le débat sur « qu’est-ce qu’on va faire là-bas ? » (au lieu de simplement laisser les barbus couper tranquillement les doigts des petites filles qui ont bêtement mis du verni à ongles comme sur la photo du magazine). C’est pareil que l’Iran, je sais, rien à voir, mais ça déborde tout pareil.
Un directeur de banque se réjouit dans Ouest France de voir que ses clients font à nouveau confiance au crédit pour acheter, acheter, acheter.
Obama et Sarkozy promettent de faire les gros yeux aux banques qui ont déjà provisionné de quoi à nouveau surpayer leurs traders, ceux-là même qui nous avaient mis dans la Prout ! l’an dernier (oui, 1 an seulement).

Ceux pour qui on a voté (enfin, pas moi, mais vous peut-être) et qui, s’ils ne méritaient pas notre confiance avant, se devaient au moins de la mériter un peu une fois élus, n’ont rien (RIEN) fait. Rien d’autre que creuser le déficit public et chialer contre les excès du capitalisme.
Pourtant, la crisounette, ça me semble être un putain de problème à leur mesure, révélateur de dysfonctionnements que seuls des gouvernements peuvent redresser. Mais non. Ils ne peuvent pas. Ils ont déjà fait le maximum pour protéger les avoirs de leurs copains. Et ça suffit. La preuve, ça repart comme avant. Gloire !

La démocratie. La honte de l’élu et du votant, tous d’accord pour que rien ne change. Tant que le supermarché est ouvert (le dimanche aussi, bien sûr).
Désolé, mes enfants. On n’a rien fait. Mais le calme règne, rassurez-vous.

Je serais fabriquant de chaussures, j’en ferais à la pointure de nos têtes : on a prévu de marcher dessus encore un moment.

Antici-book

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 11 août, 2009
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En réponse à une initiative d’un éminent cafard qui demandait comme exercice aux lecteurs, éditeurs et auteurs du forum de décrire leurs habitudes de lecture, écriture ou éditure en 2019 sous domination de l’e-book, voici ma projection personnelle.
Note : j’utilise les dénominations actuelles au lieu de me la péter à inventer des mots qui auront l’air has avant même de quitter mon clavier.

Annecy 2019 (ouais, Los Angeles c’est trop loin). J’ouvre mon e-reader. Un fabriquant a enfin compris que c’est en imitant le livre que l’écran à encre électronique serait séduisant au lieu d’être seulement convainquant. J’en ai acheté un au format 10×18, pour la balade (en plus, je peux extraire un écran pour partir encore plus léger avec un simple recto), un autre en 16×25 et il doit traîner un A4 recto seul quelque part chez moi, offert avec un abonnement de magazine.
Quand je dis « j’ouvre mon e-reader », je l’ouvre vraiment. Les deux écrans intérieurs sont toujours aux deux pages que j’avais quittées : un roman étranger dont je lisais la VO à gauche et une traduction à droite. Mais j’aurais aussi pu lire deux pages consécutives (et les tourner juste en faisant le mouvement de fermer/ouvrir), ou avoir une page et une image (une pub, par exemple, chouette !), une page de deux livres (comme un dico et un roman, chacun fait sa vie…), deux versions d’un même texte retravaillé par l’auteur…
OK, ça c’est pour le matos. Et c’est assez simple. Question contenu, ça se complique.
Je commence par ouvrir mon agrégateur de critiques. Voir si un petit nouveau s’est mis à donner ou vendre son opinion sur mes textes. Pas un, en fait : 25 nouvelles signatures, des gratuites, des payantes, certaines sous label d’un magazine pour plus de crédibilité. Si je ne fais que lire les critiques offertes, il me faut trois vies avant d’aborder une nouvelle ou un roman en sachant à quoi m’en tenir. J’ajoute juste un nom à l’agrégateur : il est déjà validé par 5 de mes contacts. Les autres, à la trappe !
Ensuite je vais zoner sur Ultime Version. La SGDL* a enfin décidé de se bouger pour proposer aux auteurs autre chose que la protection de manuscrit et une petite aide juridique. Un service vraiment en phase avec l’évolution technique. Son site permet d’acheter les livres des auteurs membres en ayant toujours la dernière version disponible (c’est vrai, en numérique on n’arrête pas de retravailler nos fichiers, pour un lecteur c’est la plaie de ne jamais savoir quelle version il lit).
Et puis il y a cette sorte de garantie sur le produit : chaque auteur SGDL passe 10 ans tutoré par un ancien avant de signer seul. Son ancien l’aide à améliorer ses textes avant de les mettre à disposition, et peut leur refuser le label SGDL (l’auteur pourra toujours les vendre tout seul ailleurs, mais sa cote de qualité en souffrira si un chroniqueur le descend). Le tuteur, comme un agent, prend 15% des droits. Il ne peut pas tutorer plus de trois jeunes et perd son tutorat s’il ne publie plus de textes lui-même. Ça le motive à bien choisir ses pupilles et à ne pas faire que ça. Les auteurs s’y sont mis en masse.
Les éditeurs classiques contestent la « qualité » du système SGDL, mais après tout ils faisaient un peu pareil. D’ailleurs, ils continuent, en vendant les textes d’écrivains qui n’ont pas besoin de l’imprimatur SGDL, et tous les romans étrangers. Ils se font souvent griller par des sites indiens ou brésiliens qui fourguent des traductions automatiques au lieu d’un boulot propre. Tant que le public achète, il y a de la place pour tous. Heureusement, éditeurs et auteurs n’ont plus peur du piratage. Dès qu’un texte (identifié par quelques phrases clés) est échangé hors site payant, l’échelon Hadopi le trace et incrémente les droits versés par les fournisseurs d’accès. Ils ont râlé, on a un peu crié à l’injustice au début, avant de s’apercevoir que c’est un mode de rémunération assez normal : comme ce n’est plus du piratage, tout le monde s’y est mis pour rentabiliser la taxes création de l’abonnement et les textes circulent, comme les musiques, les films…
De toute façon, on met du texte partout maintenant. Une histoire en deux pages avec des paquets de corn-flakes, une autre imprimée sur les rouleaux de PQ, des audio lecteurs pré-chargés dans tous les appareils dotés de sortie son (même mon frigo)… Il faut vraiment être mauvais du clavier pour ne pas arriver à fourguer sa prose ici ou là. J’y arrive assez souvent, même si ça ne rapporte pas beaucoup. En plus, c’est une bonne école : le client ne prend pas de gants pour te balancer les corrections dans tous les sens. On ravale sa fierté et on applique : business is marketing. Et ça me laisse du temps pour bosser sur mon septième Djeeb. J’ai bien un projet un peu plus trapu, mais j’attends d’être membre plein SGDL. Pour l’instant, mon tuteur trouve que je ne suis pas encore prêt. Plus que deux ans de tutorat. Et puis, les Djeeb se vendent bien.
Je reçois même plus de cinquante mails par semaine d’auteur qui me voudraient comme tuteur, sans capter que je ne suis pas encore agréé. Ils sont des centaines à piaffer pour sortir de la micro-publication, invisibles, sans chronique autre que leurs quelques copains, sans lecteur, mais avec autant de rêves que ceux qui ont réussi. Beaucoup écoutent les chants de sirènes qui leur proposent une visibilité de surface (« J’écris à poil devant les caméras », « voyez comme je baise, lisez ce que j’écris », « s’il n’y a pas 500 lecteurs payant en fin de semaine, je me tranche un doigt devant vous »…). Un jour, il faudra que je choisisse trois pupilles, et donc rejeter tous les autres. Ce n’est pas une guerre, mais la bataille est rude.
Hier, on m’a fait un beau cadeau : un livre papier, imprimé exprès pour moi, avec une dédicace de l’auteur. Merci Chérie, tu sais que je voulais lire un vrai C. Dufour depuis longtemps.

Voilà. Le ridicule ne tue pas mais fera peut-être une exception pour moi. Pour suivre la vision des autres, rendez-vous sur le forum du Cafard Cosmique.

Edit : à cette heure, la direction du CC a verrouillé le sujet eu égard à la médiocrité des réponses générées. Prout !

*Société des Gens de Lettres, mais il y en a d’autres…

Déception Mann

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 8 août, 2009
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J’attendais beaucoup de Public Ennemies, de Michael Mann.
D’abord parce que l’affiche me plaît, et me faisait espérer un film hiératique et profond.
Ensuite parce que j’avais été emballé par Collateral, sa force, sa retenue, son harmonie aussi bien visuelle que scénaristique.
Mais en même temps, j’avais peur, ayant détesté Heat, du même, pour ses canardages hystériques et le jeu outré des acteurs (qui faisaient ce qu’ils pouvaient à partir de personnage caricaturaux). En plus, l’histoire m’avait paru très bof.
Eh bien je n’ai pas aimé Public ennemies.

Et ça m’a mis en colère. Tout ce pognon claqué dans une reconstitution zéro défaut, tous ces acteurs à trogne ou à talent, transformés en légumes par… le hold up d’un cameraman et d’un monteur qu’il faudrait juger pour ça.
Il y a cinquante ans, Godard faisait bien rire en affirmant que « les travellings sont affaires de morale ». Il rigolerait plus encore en cherchant la morale d’une caméra Parkinson et d’un montage qui confond machette et bistouri. Dès la première séquence (évasion massacrante), on ne voit rien. Une caméra faussement subjective (puisqu’elle ne représente personne) est censée nous immerger dans l’action, alors qu’elle nous empêche tout simplement d’y participer. Impossible de repérer un visage, un geste. Qui a un flingue ? Qui est mort ? On ne le saura pas : les personnages sont du consommable qui ne prendront jamais d’épaisseur, la technique frappée nous laissant en surface. Le moindre échange de dialogue inclut trois gros plans zoomés, trois plans larges (si possible en panoramique) et quatre changements d’axe. Sans raison.
Exemple type : les deux héros sortent d’un immeuble. La caméra (à l’épaule, tressautante) les suit en travelling arrière. Non content de l’effet pète les yeux, le monteur coupe après deux pas, et reprend un pas plus tard pour deux nouveaux pas. Quel est le sens de ce hachis ? S’il voulait quatre pas, il coupait au quatrième. Si le cinquième pas avait tant d’importance, il gardait les cinq pas. Mais non. Deux pas. Cut. Deux pas. Cut.
Et tout ce fatras formel pour quoi ? Pour des images vues et revues (la main du héros qui lâche son ami mourant, le braqueur armes en croix juché sur le comptoir, la contre plongée au ras de la moquette d’un couloir, l’action en reflet dans une carrosserie rutilante…)
J’en étais d’autant plus écœuré que trois scènes, calmées, disent ce que Mann aurait pu réussir au lieu de donner ces consignes stylistiques de clipeur fou frimeur. Une séduction en quelques phrases murmurées dans un resto chic. Une brève poursuite dans une forêt nocturne. La préparation du héros pour sa dernière soirée.
Trois scènes sans originalité, mais qui apportaient un peu de repos dans cette cacophonie visuelle. Et puis, au milieu de ce fatras épileptique, Dillinger visite dans un poste de police la section spécialement dédiée à son arrestation. Coup de bluff filmé comme dans un rêve, tellement énorme que la plupart des spectateurs n’y croit pas, cette séquence parfaite fait d’autant plus regretter le film que Mann aurait pu réaliser en s’intéressant à son sujet plutôt qu’à l’effet qu’il laissait sur les rétines. Double colère !
Avant et après, j’avais vu l’Âge de glace 3 et Là-Haut. Fraîcheur, humour et délire bon enfant. J’aime mieux ce que le cinéma fait pour mes kids que celui qu’encense Télérama pour moi. Prout !

Du rythme, du cadre, et de l’écriture

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 3 août, 2009
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Vous allez voir, c’est passionnant la vie d’écriveur.
Autour de 7h00 : réveil sans artifice, rêvasserie autour des personnages d’histoires en cours
8h00 : préparer le petit déj des kids, prendre le mien sous la véranda face au pré à vaches en regardant les hirondelles
8h30 : écriture de Djeeb 2 (nom de code temporaire : Capitaine Djeeb) dans la grande salle de l’annexe, avec un objectif de 15 000 caractères par jour
10h30, bise à ma douce, activités diverses suivant horaire des marées et conditions de vent (plage, planche, tournoi de ping pong…)
12h00 : écriture à l’ombre de l’annexe (ou à l’abri de la pluie…)
13h00 : apéro avec beau-papa (cave à whisky king size !), repas en famille (12 personnes) sous la véranda ou dans la grande cour
14h00 : écriture pendant que toute la maison sieste, ou planche selon horaire des marées et conditions de vent
16h00 : activités diverses (idem…)
18h00 : footing papote avec mon fils aîné qui suit à vélo
19h00 : écriture, collecte des mails, zonage sur forums, suivant avancée des 15 000 caractères contractuels
20h00 : repas en famille sous la véranda
21h00 : couchage bisou des kids, tarot ou film, pompage de bière, pipe (de bruyère)
23h00 : coucouche câlin si 15 000 caractères précités abattus. Sinon, tape-tape clavier au lit. Puis cap dodo en rêvassant aux scènes et dialogues à écrire le lendemain.

Voilà, dit comme ça, c’est mortel passionnant, non ?

Sauf que c’est ainsi que Djeeb le Chanceur a été écrit l’été dernier, sans s’en faire plus que ça, et que Capitaine Djeeb est en train d’apparaître sur l’écran. On me demande parfois (pas vous, je sais, vous vous en tapez le fion) comment on trouve le temps d’écrire, comment on s’organise. C’est simple : on prend un chausse-pied et on fait rentrer le livre à venir dans la journée type des vacances.
Il paraît que Fred Vargas fait pareil, qu’elle pond ses romans en trois semaines l’été. Pareil.

Après, question cadre, ce n’est pas neutre. En reprenant l’évolution du boulot sur Djeeb 1, je me suis aperçu que les deux premiers tiers, que je pourrais qualifier de solaires, ou d’ascensionnels, ont été écrits ici, dans ce coin de bocage normand. Alors que la fin, plus sombre, a vu le jour (ou la nuit) une fois rentré en montagnie.
On en conclura ce qu’on voudra. J’aime bien mes deux maisons. Mais le temps n’y coule pas pareil. Et l’écriture aussi.


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