Comme ça s'écrit…


CoronaVirés !

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 29 février, 2020
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Depuis deux jours les journalistes se ruent en masse sur ma petite bourgade. Toutes proportions gardées, bien sûr. Ce matin il y avait un pauvre présentateur, seul face à sa camerawoman, sur la place de l’église. Il venait rendre compte de… rien.
Le coronavirus a fait place nette (sur la place de l’église : c’est une astuce).

 

Il n’y a pas de grimpeurs sur le mur d’escalade ni de basketteurs dans la salle de basket, ou de lecteurs dans la bibliothèque, tous coronavirés.
Un arrêté du Maire du village a fermé tous les bâtiments communaux et interdit tous les rassemblements (il n’y a pas que chez nous). À juste titre, sans aucun doute : il n’y a rien de plus bête que de ne pas prendre de précautions face à une menace difficile à évaluer. Alors, on ferme le village.
Nous recevons des mails et des courriers réguliers nous informant de la situation. Le dernier nous informait du fait qu’il n’y avait pas de nouvelle information.
Cela devrait être rassurant… Il reste pourtant beaucoup de craintes, et personne dans les rues.

Les sièges sont vides et il y a peu de cheveux dans le bac à shampoing du salon de coiffure : les rendez-vous s’annulent aussi vite que le virus se propage dans les esprits. Aurait-on peur de se coronacrêper le chignon ?
Le boucher se trouve bien seul devant son étal, les caissières du Casino ont bien chaud derrière leur masque de rigueur, le débitant de tabac se cache pour tousser dans son coude, la presse a baissé le rideau, le marché de dimanche est lui aussi coronannulé.
Si ce n’était pas les vacances les écoles seraient coronafermées, mais elles le seront à la rentrée.
Personne n’ayant pensé à fermer le robinet il pleut comme viche qui passe. L’épidémie pleure sur le village.
Ce virus est-il une raison suffisante pour sortir de mon silence ? Peut-être pas, mais n’ayant rien à dire je me dépêche de l’écrire.

Un coup de sonnette ébranle ce silence.
Serait-ce le journaliste de la place, trop désespérément seul, qui vient chercher quelqu’un à interviewer ?
Non, c’est un livreur de chez Amazon. Il me pose un colis pour le voisin absent. Pendant l’épidémie les affaires continuent.
Seul souffre le petit commerce de proximité, tout coronabloqué.
Les géants qui font traverser la planète à des produits commandés en un clic n’ont que faire d’un virus tant qu’il n’attaque pas leur système informatique.
Notre système immunitaire nous recommanderait pourtant d’aller chez le boucher, le coiffeur ou au marché plutôt que d’ouvrir nos portes à Amazon dot com.
Nos portes sont comme nos cœurs. Sachons les ouvrir à ce qui le mérite (jamais je n’aurais osé une telle note de guimauve : je dois coronacouver quelque chose).

Et, comme le rappelait une chroniqueuse de la télé, pendant qu’on suit le virus à la trace, heure par heure, on ne parle pas des choses qui fâchent, comme les retraites ou les matraques. Pourtant, le gouvernement semble infecté au virus du 49.3. Allez savoir qui sera le premier malade à succomber…

Edit : je tiens un petit journal quotidien de mon humeur sous virus ici (clic).

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Un nouveau mail municipal m’interdisant de quitter le village pour autre chose que me nourrir (restaurant ?) ou me rendre à un rendez-vous médical, je reste lire au coin du poêle. C’est De Pierre et d’os, de Bérengère Cournut chez le très stable Tripode.

 

C’est pour un concours

Posted in Textes par Laurent Gidon sur 1 février, 2020

Il y avait concours de poésie sur le thème du courage dans les médiathèques autour de chez moi. La poésie, je ne connais pas bien (et le courage non plus diront certains), mais j’ai essayé. Il fallait traiter le sujet en quinze vers, librement je crois.

Alors, voici :

 

Mon tout petit

Mon courage est tout petit, il tient dans la main
comme un oiseau qu’il ne faut pas serrer de peur qu’il s’écrase
il me suffit pourtant face aux petites choses
un peu comme un câlin ou un lever matin
quand ce qui pèse du monde alourdit mes envies

Mon courage est silencieux, on ne l’entend presque pas
moi-même parfois j’oublierais qu’il est là
mais il fait taire mes peurs et murmure que
je suffis, oui, je suffis bien pour aller voir plus loin
allez avance, vas-y, c’est par là, tu verras

Mon courage est transparent, souvent il s’efface
devant le courage d’autres gens, toujours si flamboyants
j’attends donc qu’ils aient parfois besoin de moi
et alors je suis là, mon petit courage et moi
bien peu de chose en soi, tant pis, ça suffira

Illustration : Crescence Bouvarel

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Tout en poétant plus bas que mon luth j’ai poursuivi la traversée de Jérusalem, d’Alan Moore, dans la traduction de M. Claro.


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