Comme ça s'écrit…


Qu’est-ce qu’on se voeux ?

Posted in Textes par Laurent Gidon sur 31 décembre, 2010
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Ce n’est pas qu’une tradition désuète : il y a je crois un vrai fond à se demander, au moins une fois par an, ce que l’on se souhaite. A soi comme aux autres. Une manière de dire que l’on ne sait pas toujours bien ou l’on va, et que se poser la question n’est pas inutile.

Cette année d’ailleurs, la question faisait pour moi partie de la réponse. Mes vœux tiennent donc dans une petite formule qui peut se prononcer à chaque croisement de doute :

Avançons pas-à-pas, dans 2011 et au-delà.

Pas d’autre justification ni direction, chaque pas se suffit à lui-même. Ne pas savoir où l’on va, c’est déjà avancer.

Une autre tradition (qui m’est plus personnelle, celle-ci) étant d’écrire une histoire pour la nouvelle année, voici celle que j’avais écrite pour l’entrée en 2009.

Résolution 2009

En cette soirée de 31 décembre, le poids de l’année à venir écrasait les épaules de Clémentine, malgré ou à cause de toutes les bonnes résolutions prises. Tant de choses à changer, et toute une année à tenir.

Elle gardait les yeux fixés sur son écran d’ordinateur, comptant les heures, puis les minutes, qu’affichait le calendrier informatique (résolution n°1 : toutes les résolutions entrent en vigueur le 1er dès 00h00). Elle aurait bien allumé une cigarette, mais elle devait arrêter de fumer. C’était sa résolution numéro vingt-quatre. Pas question de vodka-tonic non plus (résolution 142 : « Ne plus boire toute seule ! ») Un petit doigt de Porto… Est-ce qu’elle pouvait s’offrir un Porto ? Il y avait bien cette résolution deux cent dix-sept par laquelle Clémentine s’enjoignait de ne plus se rabattre sur les petits verres en cas de stress. Alors un Porto dans un grand verre ? C’était spécieux, comme approche de la probité intérieure.

Sans même y penser, sa main droite monta à ses lèvres (une main ne pense pas, bien sûr, sinon elle ne viendrait pas donner ses ongles à ronger). Le temps que Clémentine s’en aperçoive, ses dents avaient déjà tiré un lambeau douloureux. Contrevenant ainsi à la quatorzième résolution. L’année allait mal commencer, avec toutes ces tentations d’infraction. Une année qui commence mal paraît vite plus longue que les autres. Et elle a toutes les chances de mal finir aussi.

Les résolutions ! Il fallait s’y tenir, tenter de sauver ce qui pouvait l’être, ces trois cent soixante-cinq jours si pesants. Chacune des journées à venir était par avance alourdie du poids des fautes de Clémentine. Se plier aux résolutions, voilà le seul moyen de les alléger un peu. Pas le bonheur, certes, mais un malheur un peu moins lourd.
Heureusement, l’année finissante entamait sa dernière ligne droite. Avec près de vingt-trois heures cinquante-neuf au compteur, le calendrier de l’écran devenait le meilleur ami de Clémentine. Ailleurs, à côté, au-dessus, dans les étages inférieurs, ses voisins avaient mis leurs festins entre parenthèses le temps de clamer les dernières secondes ensemble. Résolution 42 : ne plus rester seule et reprendre contact avec les gens, le monde, tout ça. Bien qu’elle soit enfermée seule dans son appartement, Clémentine appliquait déjà la consigne et comptait en même temps que tout le monde. 3… 2… 1… Et puis rien.

Partout autour, les cris de joie explosaient, applaudissements, musique, chansons et embrassades. Clémentine fixait son écran, sidérée. Il affichait bien zéro heure, oui, mais le 32 décembre 2008. Ailleurs, le tumulte de l’an nouveau s’estompait sous la reprise des flonflons. Mais chez elle, non. Blocage sur 2008. Pas de passage en année suivante.
Pas de redoublement non plus, nota-t-elle, juste une prolongation intempestive. Clémentine commençait à s’inquiéter, malgré la résolution cinquante-sept (tout vérifier avant de vraiment paniquer).

Elle se leva, se dirigea vers la fenêtre. La rue, encore illuminée et encombrée de fêtards quelques instants plus tôt, semblait avoir été aspirée par un trou noir. Ou alors, il était vraiment temps de faire les carreaux (ménage en grand deux fois par mois, comme l’injonctionne la résolution n°… elle ne sait plus). Mais la saleté des vitres n’influe pas sur le niveau sonore, non ? Où sont donc partis tous les crieurs ?
Le début d’agacement de Clémentine – réprimé par la résolution dix-huit – céda la place à une angoisse franche et suante. Elle aurait voulu courir à la porte, fuir par l’escalier (troisième résolution : plus d’ascenseur, pense à ton cœur !), gagner la rue, cavaler à en perdre le souffle (et justifier la résolution 3 bis l’enjoignant au footing bihebdomadaire)… mais le coincement temporel lui gelait les articulations.

Non contente de ne pas avoir bougé de 2008, Clémentine ne pouvait plus bouger tout court. Prisonnière. Une armure de rouille. Lorsqu’elle voulut crier, ses cordes vocales refusèrent même de vibrer. Sa grande inspiration retenue dans ce non-cri lui boursouflait les poumons. Plus rien ne voulait sortir. Plus rien n’entrait. Paupières figées dans un écarquillement de panique.

Ah, si Clémentine avait pu obéir à sa dernière résolution !
La dernière résolution… Laquelle, déjà ? Clémentine se creusa la mémoire (ceinturée comme elle était dans le temps et l’espace, qu’aurait-elle pu faire d’autre ?), mais quelle pouvait donc être cette saleté de dernière résolution, la trois cent soixante-cinq ?
Ah oui ! Bien sûr… la 365 : “si l’échec à se plier aux 364 bonnes résolutions précédentes est patent, tout remettre à l’année prochaine et basta !” Voilà, facile, si tu n’y arrives pas, lâche du leste et ça va mieux. Vite, souscrire à la dernière résolution !

Clémentine se fluidifia soudain, retrouvant 2009 et sa capacité à s’y mouvoir dans un grand soulagement de tout son être. On allait vivre, avec pour seule bonne résolution de se faire plaisir en espérant faire un peu plaisir aux autres par la même occasion. Tout le reste attendrait bien 2010.

Voilà. J’espère pour vous que cela a fonctionné et que vous avez apprécié 2009 et 2010 sans blocage résolutionnel. A l’an prochain !

En cette soirée de 31 décembre, le poids de l’année à
venir écrasait les épaules de Clémentine, malgré ou
à cause de toutes les bonnes résolutions prises.
Tant de choses à changer, et toute une année à tenir.
Elle gardait les yeux fixés sur son écran d’ordinateur,
comptant les heures, puis les minutes, qu’affichait le
calendrier informatique (résolution n°1 : toutes les résolutions
entrent en vigueur le 1er dès 00h00). Elle aurait bien
allumé une cigarette, mais elle devait arrêter de fumer.
C’était sa résolution numéro vingt-quatre. Pas question de
vodka-tonic non plus (résolution 142 : “ Ne plus boire
toute seule ! ”). Un petit doigt de Porto… Est-ce qu’elle
pouvait s’offrir un Porto ? Il y avait bien cette résolution
deux cent dix-sept par laquelle Clémentine s’enjoignait de
ne plus se rabattre sur les petits verres en cas de stress.
Alors un Porto dans un grand verre ? C’était spécieux,
comme approche de la probité intérieure…
Sans même y penser, sa main droite monta à ses
lèvres. Une main ne pense pas, bien sûr, sinon elle ne
viendrait pas donner ses ongles à ronger. Le temps que
Clémentine s’en aperçoive, ses dents avaient déjà tiré un
lambeau douloureux. Contrevenant ainsi à la quatorzième
résolution. L’année allait mal commencer, avec toutes ces
tentations d’infraction. Une année qui commence mal
paraît vite plus longue que les autres. Et elle a toutes les
chances de mal finir aussi.
Les résolutions ! Il fallait s’y tenir, tenter de sauver
ce qui pouvait l’être, ces trois cent soixante-cinq jours si
pesants. Chacune des journées à venir était par avance
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alourdie du poids des fautes de Clémentine. Se plier aux
résolutions, voilà le seul moyen de les alléger un peu. Pas
le bonheur, certes, mais un malheur un peu moins lourd.
Heureusement, l’année finissante entamait sa dernière
ligne droite. Avec près de vingt-trois heures
cinquante-neuf au compteur, le calendrier de l’écran devenait
le meilleur ami de Clémentine. Elle n’aurait plus
longtemps à attendre… Ailleurs, à côté, au-dessus, dans
les étages inférieurs, ses voisins avaient mis leurs festins
entre parenthèses le temps de clamer les dernières secondes
ensemble. Résolution 42 : ne plus rester seule et
reprendre contact avec les gens, le monde, tout ça.
Quoique enfermée seule dans son appartement, Clémentine
appliquait déjà la consigne et comptait en même
temps que tout le monde. 3… 2… 1… Et puis rien.
Partout autour, les cris de joie explosaient, applaudissements,
musique, chansons et embrassades. Clémentine
fixait son écran, sidérée. Il affichait bien
zéro heure, oui, mais le 32 décembre 2008.
Dehors, le tumulte de l’an nouveau s’estompait déjà
sous la reprise des flonflons. Mais chez elle, non. Blocage
sur 2008. Pas de passage en année supérieure. Pas de
redoublement non plus, nota-t-elle, juste une prolongation
intempestive. Clémentine commençait à s’inquiéter, malgré
la résolution cinquante-sept (tout vérifier avant de
vraiment paniquer).
Elle se leva, se dirigea vers la fenêtre. La rue,
encore illuminée et encombrée de fêtards quelques instants
plus tôt, semblait avoir été aspirée par un trou noir.
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Ou alors, il était vraiment temps de faire les carreaux
(ménage en grand deux fois par mois, comme l’injonctionne
la résolution n°… elle ne sait plus, et ce n’est pas la
question). Mais la saleté des vitres n’influe pas sur le
niveau sonore, non ? Où sont donc partis tous les crieurs ?
Le début d’agacement de Clémentine – réprimé par
la résolution dix-huit – céda bientôt la place à une angoisse
franche et suante. Elle aurait voulu courir à la porte,
fuir par l’escalier (troisième résolution : chasse aux kilos,
plus d’ascenseur), gagner la rue, cavaler à en perdre le
souffle (et justifier la résolution 3 bis l’enjoignant au
footing bihebdomadaire)… mais le coincement temporel
lui gelait les articulations.
Non contente de ne pas avoir bougé de 2008,
Clémentine ne pouvait plus bouger tout court. Prisonnière.
Une armure de rouille. Lorsqu’elle voulut crier, ses cordes
vocales refusèrent même de vibrer. Sa grande inspiration
retenue dans ce non-cri lui boursouflait les poumons. Plus
rien ne voulait sortir. Plus rien n’entrait. Paupières figées
dans un écarquillement de panique. Ah, si Clémentine
avait pu obéir à sa dernière résolution !
La dernière résolution… Laquelle, déjà ? Clémentine
se creusa la mémoire (ceinturée
comme elle était dans le temps et l’espace,
qu’aurait-elle pu faire d’autre ?). Quelle pouvait être l’intitulé
de cette saleté de dernière résolution, la trois cent
soixante-cinq ?
Ah oui ! Bien sûr… la 365 : “si l’échec à se plier
aux 364 bonnes résolutions précédentes est patent, tout
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Résolution

Résister par plaisir

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 27 décembre, 2010

L’avantage d’être loin de chez soi, c’est aussi qu’on ne trimbale pas sa bibliothèque (papa Noël ayant oublié l’e-reader) ou ses abonnements, et donc qu’on lit d’autres choses. Le Nouvel Obs par exemple. En particulier une chronique de Jean-Claude Guillebaud titrée « Empire du cynisme ». En trois petites colonnes, ce texte décrit de façon assez sensible ce qui est à l’œuvre dans beaucoup d’esprits.

Ainsi entrons-nous dans une période soupçonneuse, désenchantée, critique jusqu’à la dérision. […] La crise devient psychique. Elle porte en elle la raillerie générale, le sarcasme et la désespérance.[…] Tout est pourri, tous des salauds, tout est faux , rien n’est estimable, etc.

J’aurais envie d’abonder dans le sens de Guillebaud : à trop voir la pourriture qui gangrène la terre, on oublie le grain qui y germe. On cherche surtout à se débarrasser de ses propres faiblesses sur les faiblesses des autres. Drapé dans une lucidité acquise à peu de frais, on juge et condamne le monde à spectre large.
Pourtant, si tout va si mal, si aucun dirigeant, aucun projet, aucune conviction ne trouve grâce à nos yeux, n’est-ce pas aussi parce que nous n’avons pas suffisamment agi pour les faire correspondre à nos aspirations ? Ou pire : gabegies, défiances et fraudes ne correspondent-elles pas exactement à nos aspirations de petits malins toujours prêts à en tirer parti à hauteur de nos propres compromissions ?
Guillebaud croit en quelque chose. Moi aussi, sans doute. Sans y mettre le même nom ni les mêmes règles (pour ne pas dire dogme) je peux au moins partager sa conclusion : un autre monde est possible.
Une autre vie plutôt ? Oui : plus que de monde (qui est un peu comme notre corps, sorte de véhicule unique et irremplaçable) c’est de vie que nous pouvons changer.
Soupçon et désenchantement sont des signes, pas une maladie. Signes qu’il faut se regarder agir soi-même (ou ne pas agir, d’ailleurs) avec lucidité et non se soigner. Le plus important se passe dedans, là où chacun peut se voir et s’écouter à l’abri de l’image qu’il veut donner. Et se donner une chance. Se convaincre de l’autre, lui accorder confiance et respect, l’estimer pour l’humain qu’il est, voilà ce qui peut, j’espère, aider à évoluer.
Un peu théorique ? Pourtant, Internet et les forums (dont vous êtes tous friands, hein, coquins) offrent un bel espace de mise en pratique. En plus on ne se mouille pas, le respect ne coûte rien, la révolution personnelle ne fait aucun mort et je garantis un retour sur image de soi à tout hésitant. Après, on peut étendre à la vie réelle.
En gros, la seule attitude vraiment subversive de nos jours, serait de se sentir bien avec ses contemporains. Résistance, oui, mais résistance par le plaisir de vivre ensemble.


Ce qui nous lie

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 24 décembre, 2010

Un mec est arrivé il y a une couple de millénaire plus quelques années. Une fois extrait de sa crèche, il a dû vivre suffisamment de trucs dans le monde de son époque pour en arriver à énoncer la règle la plus simple et la plus dure qui soit.

Aimez-vous les uns les autres.

Il aurait même ajouté « comme je vous ai aimés », preuve qu’il se sentait déjà mort. Certains voient dieu en lui, d’autres n’y voient qu’un homme. Je dois dire qu’à mon humble avis, attribuer ces quelques mots à un humain normal leur donne encore plus de force.
En un temps où toute règle n’est édictée que pour être contournée, où toute violence trouve sa justification, où chacun vit dans l’espoir non d’améliorer les choses mais de les rendre pires pour son voisin ou son ennemi, la seule loi qui me semble impossible à prendre en défaut reste ce « Aimez-vous les uns les autres ».
Et pourtant, je ne me battrai pas pour elle. Parce que la seule idée de combat déroge à la loi. On peut y voir de la faiblesse. La patience et le renoncement sont sans doute les valeurs les plus haïssables pour les va-t’en-guerre comme pour ceux qui souffrent, dans leur chair ou dans leur âme.
Que dire alors, sinon que le temps est généreux, que le présent vaut tous les passés et tous les avenirs, que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous sépare.

 

Le régiment des plumes

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 17 décembre, 2010

Il semblerait qu’une tradition pourtant répandue dans le milieu littéraire m’ait échappée. Celle qui prévaut au sein du régiment des plumes.
Notez bien, pour l’édification des wanabes : à partir du moment où vous êtes publié, il vous est interdit d’exprimer la moindre pensée sur le livre, la collection, l’éditeur, voire les partenaires et amis de l’éditeur, le monde de l’édition en général, et tout le reste aussi, tenez ! Vous entrez dans le régiment des plumes, dans les rangs duquel il peut y avoir qu’une pensée, qu’une expression, qu’une loyauté.
Vous irez au combat pour chaque livre qui sort.
Vous fustigerez les détracteurs, ridiculiserez les critiques, encenserez les thuriféraires.
Vous saurez de quel bord vous êtes et saurez reconnaître ceux qui n’en sont pas afin de les passer par les armes.
Tous en rang, je ne veux voir qu’une oreille, n’entendre qu’une voix, ou aucune.

Ignorant que j’avais été ainsi embrigadé à l’insu de mon plein gré, je me suis permis de dire ce que je pensais en tant que lecteur d’un livre où j’étais aussi auteur. L’intéressante anthologie Arcanes, publiée par les courageuses éditions Voy’el. Ne voyez pas dans le terme « courageuses » une tentative tardive (j’alitère si je veux) de retour dans le rang : ayant suivi l’affaire de loin, je sais que Corinne Guitteau a dû soulever des montagnes pour faire naître ce livre. Je lui tire mon chapeau dans un éloge d’autant plus sincère qu’il s’acoquine avec ma très chère liberté de blâmer. Ce qui m’a été vertement reproché.

On ne démissionne pas du régiment des plumes. On ne déroge pas à cette loyauté paranoïaque. On ne déserte pas, même le temps d’une pensée, sans risquer la cour martiale.
Pourtant, je vais répéter ici ce que j’ai eu l’imprudence d’exprimer sur un forum : Arcanes est sans doute un recueil de très bons textes (les 4 que j’ai lus m’ont fait plaisir) et il ne m’y manque qu’une introduction symbolique à chaque arcane du tarot de Marseille pour apprécier un peu mieux ce dont l’auteur s’est inspiré pour écrire son histoire, c’est tout…
On peut, bien sûr, estimer qu’il faut cacher tout hypothétique défaut pour laisser les acheteurs s’en apercevoir d’eux-même. Se cacher sous le voile de la loyauté absolue pour ne rien dire de ce qu’on pense. Ne pas scier la branche sur laquelle tant de fesses littéraires sont posées.
La loyauté, ce n’est pas cela. C’est plutôt à mon sens savoir être honnête et faire suffisamment confiance aux vraies qualités d’un livre pour affirmer ce qui est bien comme ce qui pourrait être mieux.

Quoi ? Il réitère ? Au poteau Don Lo !

21 textes de science-fantasy inspirés des Arcanes majeures du tarot

Pendant qu’on m’exécute, n’hésitez pas à vous procurer ce livre qui non seulement fera très joli sous le sapin mais vous offrira aussi de bien belles surprises de lecture. Vous m’y retrouverez pour un texte sans Djeeb mais en excellente compagnie, avec entre autres Timothée Rey, Simon Sanahujas, Nicolas Cluzeau, Pierre Bordage, Jérome Noirez, Mathieu Gaborit, Thomas Geha… Pour ma part j’avais à traiter du Pendu, et il m’a fallu un peu de recherche avant d’imaginer une histoire qui corresponde à tous les sens que peut revêtir cette carte, d’autant qu’il en existe un max d’interprétations. Quant à la symbolique des autres Arcanes, un coup de Ternet fera le boulot.

Muettement jeudi !

Posted in Djeeb,Jeudi par Laurent Gidon sur 16 décembre, 2010

Encore sous le choc d’une lecture indescriptible, je me fie au hasard pour vous en présenter un extrait, forcément représentatif puisque toute la nouvelle est de la même eau.

Une interrogation subsistait toutefois : comment intervenir sans risquer une issue fatale pour Artémisia ?
Préférant reléguer cette difficulté dans un recoin de son imagination, le capitaine des mousquetaires opiniâtrait son effort tout en intimant régulièrement silence à ses hommes.
La progression se compliqua brutalement à l’aplomb d’une falaise calcaire dont les aspérités déchiraient les bottes tout en excoriant douloureusement les paumes des mains. Corisande proposa le contournement de cette impressionnante aiguille rocheuse. Mais Florimond refusa, car cette ascension leur permettrait de mieux discerner la route suivie par les brigands.
– Du sommet de ce belvédère naturel, nous pourrons appréhender la totalité de l’espace environnant. Même si les larrons sont discrets, un simple mouvement anormal dans les buissons nous révélera leur passage.
Fondée sur l’effort et la pugnacité, cette hypothèse fut couronnée de succès.
Après de longues minutes d’un effort presque inhumain, les quatre hommes arrivèrent à la cime de cet éperon rocheux singeant une déroutante dentelle de pierre et matérialisant un encorbellement au-dessus de l’abîme.
Discrètement, Florimond et Onésiphore se penchèrent afin d’examiner le panorama sans être, pour autant, visibles depuis le sol.
Quelques minutes d’observation suffirent.
Sinuant une centaine de mètres en contrebas, des silhouettes furtives ondoyaient au milieu d’une végétation hostile et particulièrement touffue à cet endroit.

Oksana & Gil Prou, L’oeil de la Nuit
in Dimension de Capes et d’Esprits, anthologie dirigée par Eric Boisseau – éditions Rivière Blanche

Cette excellente publication recèle d’autres pépites à consommer immodérément et sans retardement, dont un Djeeb l’Estoqueur qui m’avait valu des sueurs et quelque satisfaction.

Le jeudi se poursuit, comme d’hab, chez Chiffonnette.

Good job !

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 13 décembre, 2010

Toute une matinale de France Culture sur le thème de la spéculation ciblant directement les pays, et sur la probable/possible/redoutable fin de l’euro.
Ma première réaction est d’être catastrophé. Où va-t-on ? Est-ce qu’on manque de produits alimentaires, de produits industriels, de services ? Non, tout cela est proposé partout, en quantité plus que suffisante puisque les excès en tous genres font peser une crainte permanente sur les capacités des populations à consommer tout cela. On pourrait distribuer à ceux qui manquent, bien sûr, mais nous on ne manque de rien, sauf… d’argent.
De quoi ?
D’argent, ce truc qui est censé correspondre aux quantités produites pour faciliter leurs échanges.
Mais, si on manque d’argent, si on est si endettés, on devrait aussi manquer de produits, non ?
Non, bien sûr. Nous produisons comme des bêtes, ou faisons produire, c’est pareil.
Mais nous avons permis à des petits rigolos de découpler argent et production pour qu’ils puissent jouer avec les sous et en avoir plus sans bêcher le sol ou s’enchaîner à l’usine. Maintenant, ces petits rigolos lassés de jouer avec les sous des particuliers ou des sociétés, vont jouer avec des pays entiers. C’est plus drôle et plus rémunérateur. Il y avait déjà eu la Thaïlande, l’Argentine et la Turquie (dont on se foutait pas mal, alors on a oublié), maintenant la Grèce et l’Irlande (là on sert les fesses, ça se rapproche), demain le Portugal, l’Espagne, l’Italie, sans oublier l’Angleterre qui est en plein dedans, mais ses dirigeants on préféré l’étrangler eux-mêmes pour ne pas laisser les spéculateurs le faire… Bref, ça fout les jetons, hein ?

Je me rappelle de ce que le Dalaï Lama aurait répondu lorsqu’un journaliste lui avait demandé ce qu’il pensait de G.W. Bush : « He’s doing a wonderfull job ! »
Sans rire.
Que voulait donc dire le sérénissime Rinpoché ?
Sans doute que les excès d’un Bush font plus que toutes les bonnes volontés réunies pour la prise de conscience par l’humanité du gouffre dans lequel elle se fourvoie. Un mal pour un bien.
J’ai envie d’adhérer, par optimisme. Et parce que, lorsqu’il faut que les choses changent, rien de mieux que la démonstration du pire. En regrettant juste que Bush n’ait pas été assez wonderfull pour finir son job en un seul mandat, mais c’est un détail.

Et donc le message du jour pour tous ceux qui s’inquiètent ou s’indignent : FMI, bourses, banques, Berlusconi, Cameron, DSK, Merkel, Sarkozy et les autres… good job !

Maintenant, faut juste se préparer à l’après crack.

Jeudisent-ils…

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 9 décembre, 2010

Attendre, savoir attendre est un art. Sans doute même est-ce l’art suprême. Toute la nature – minérale, végétale, animale – s’y conforme. Seul l’humain se hâte. Pour aller où ? Pour quoi faire ?

François Roux – L’En neuf

La tournée des autres jeudiseurs commence, comme chaque jeudi, chez Chiffonnette.

Autoprotection contre autoréalisation

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 8 décembre, 2010

Voilà, c’est confirmé : au lendemain de ce qui aurait pu être un CantonaRun, on n’a plus qu’un CantonaPffffuit. Rions ensemble. De soulagement ?
Déjà, il n’y a pas eu de bankrun, ça on le sait. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les chiffres du buzz pour comprendre pourquoi.

= 20% des internautes qui se sont exprimés ont parlé ou commenté les actions de Cantona aujourd’hui (l’attente -en vain- de son retrait d’argent dans une banque de Picardie, l’annonce par le site financier Wansquare que le footballeur a parallèlement transféré 750 000 euros déposés dans une banque de gestion privée vers un compte ouvert récemment au Crédit Agricole) ;
= 16% ont évoqué la femme d’Eric Cantona (alors que son mari critique les banques, elle joue dans une pub pour LCL) ;

Seuls 8% des internautes ont envoyé des liens vers des analyses sur la situation et la proposition.
Pour tuer le message, tuons le messager.

La proposition de Cantona s’apparentait à une catastrophe autoréalisatrice : c’est parce qu’on l’annonce qu’elle se produit. Mais le système est plus fort que Cantona. Par réflexe, la majorité a préféré mettre en question l’icône plutôt que réfléchir au problème qu’elle soulevait. Ce réflexe, c’est quoi ? Qu’est-ce qui nous empêche de reconnaître que l’état du monde ne prend pas naissance en dehors de nous, que nos actes quotidiens, la façon dont nous gagnons notre argent et ce que nous en faisons ensuite participent à ce que nous semblons contester ?
Peut-être est-ce tout simplement une peur aux multiples origines. Peur de perdre le peu que nous avons. Peur de faire confiance à l’autre au moment de prôner la solidarité. Peur de nous faire confiance à nous-mêmes au moment du « et après, qu’est-ce qu’on fait ? »

La peur reste sans doute le plus grand facteur d’autoprotection d’un mode de vie irrationnel, destructeur et emballé. Fonçant dans le mur, nous avons plus peur des effets du virages que de l’impact. Alors on accuse Cantona.

Cantonnons l’irresponsable

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 7 décembre, 2010
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Jeu de mot foireux en titre de billet, uniquement pour évacuer la surface du sujet : la question n’est pas de savoir s’il faut retirer son argent de sa banque ou si Éric Cantona est un sale riche qui se permet de donner des ordres irrecevables aux pauvres.

La question est plutôt : peut-on, quand on est aux commande, traiter par le mépris une réaction insurrectionnelle sans se demander s’il n’y a pas une base de réflexion ? Qui est irresponsable (épithète régulièrement utilisé pour qualifier aussi bien Canto que ceux qui suivraient son appel) ?
Irresponsables ceux qui ont laissé le système financier poursuivre sans perdre un dollar après avoir détruit des maisons, des entreprises, des vies.
Irresponsables ceux qui continuent de spéculer sur les matières premières, les pertes à venir (oui, certaines banques parient sur les pertes des produits vendus à leurs clients pour gagner alors qu’ils perdent), les monnaies et maintenant des pays entiers. La Grèce, l’Irlande, le Portugal, nouveaux pays esclaves de la finance, mais qui ne font que rejoindre les masses du « tiers-monde » dont toute sueur coule pour engraisser la dette.
Irresponsables ceux qui dirigent et comptent replâtrer pour nous le présenter comme une jeune vierge désirable (on a le paradis qu’on peut) le visage défunt d’une compétition où tout le monde perdra.

Quel est mon problème ?
En déposant de l’argent dans une banque, je ne donne pas à cette institution respectable le droit de me le garder au chaud. Non, je lui cède gratuitement le pouvoir exorbitant de l’utiliser pour modeler le monde. Mon droit de vote n’a aucune force face au pouvoir que la banque tire de MON argent. Chaque dépôt est une voix dans l’urne en faveur de la barbarie économique. Une façon de leur dire : voici ce dont je dispose, faites-en ce que vous voulez, continuez de jouer à la roulette (russe ?).

Nos dépôts sont leur matelas à spéculation.
Retirons le matelas, et nous verrons si les vrais irresponsables continueront de se lancer dans leurs gracieuses voltes financières sous les vivats des abrutis à Rolex.

Cantonnons les irresponsables dans leurs quartiers : la banque, la finance, l’anarcho-capitalisme.
Regagnons nos libertés et rendons à la finance sa finalité de service : rendre l’argent disponible et non confisquer le monde.
Faut-il pour cela retirer tout son liquide ? Peut-être pas. Il suffirait peut-être que les irresponsables au pouvoir entendent le cri, prennent enfin leurs responsabilités et régulent ce qui doit l’être.

Ce qu’en disent les sérieux, les irresponsables, et les pires.

 

Extension de la couverture du sujet :

Qu’elle le dise de travers n’empêche pourtant pas la sortie de Cantona d’avoir son fond de justesse : les tyrannies ont rarement le bon goût de quitter d’elles-mêmes la scène de l’histoire et seuls des rassemblements de force adéquats peuvent les en expulser. La finance a régné 25 ans, c’est plus qu’il n’en faut pour dresser un bilan, et le bilan dit : c’est assez. La particularité de l’époque réside en ceci que la tyrannie impersonnelle de la finance collabore activement à son propre renversement puisque, par une sorte de nécessité interne qui confirme, en la poussant à son comble, sa vocation à la destruction sociale, elle est sur le point de tout engloutir et paradoxalement jusqu’à elle-même.

Tombe la neige

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 3 décembre, 2010

Hier, après avoir ramené les enfants de l’école, j’ai pris les skis sur le sac et je suis monté dans la forêt juste au-dessus de la maison.

J’ai marché assez vite, à m’en faire péter le coeur, pendant une petite heure.

Et puis j’ai chaussé les skis pour redescendre le chemin, ou passer entre les arbres quand c’était possible.

Plus bas, j’ai pris à travers le champ au-dessus de la maison de mon pote Étienne.

Dans le fond de la vallée, un héron m’a survolé. Je n’ai pas eu le temps de sortir l’appareil.

Dans ce silence, vous me sembliez tous si loin, et en même temps si proches.

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