Comme ça s'écrit…


Évolution logicielle

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 26 juillet, 2017

J’avais prévu un intéressant développement à partir de faits et d’impressions glanés ici et là – une femme avec un tatouage « vegan » tenant un chien en laisse (le fait-elle brouter ?), l’explosion de joie du public Black lors du verdict innocentant O.J. Simpson (était-ce la revanche des Noirs, ou la victoire d’un mec très riche parfaitement inséré au système blanc), les arguments désaxés des pro et des anti vaccins (chacun tapant à côté de la crainte de l’autre), le silence des foules face aux projets de loi sur le code du travail alors que tous semblaient dans la rue contre El Khomry voici seulement un an… – faits et impressions qui m’incitaient à revoir mes logiciels de pensée.
Mais une simple photo me semble tout résumer.

Photo Valery Hache/AFP

Oui, on peut lire, bronzer et jouer à la plage alors que le feu fait rage à quelques centaines de mètres.
C’est peut-être odieux, des pompiers sont en train de lutter en risquant leur vie juste là, derrière la colline.
Et pourtant…
Que peuvent faire des familles en bob et maillot de bain contre un incendie de forêt ? Rien. C’est la règle de notre civilisation où vivre en société signifie espérer que quelqu’un d’autre fasse le sale boulot, ici même ou plus loin, ailleurs.
Au lieu de s’offusquer ou de ricaner, on peut mettre à jour son logiciel.
J’ai ainsi appris, par une simple recherche Internet, qu’il est aujourd’hui possible de nourrir son animal de compagnie carnivore sans pour autant participer à « l’exploitation « honteuse » et abominable de l’animal, dans des conditions souvent abominables également. » Oui, des croquettes végétariennes pour chiens et chats afin que leurs maîtres vivent en harmonie avec leurs convictions.
Combien de temps des trucs qui peuvent à première vue paraître stupides vont-il le rester avant de devenir la norme ?
La vie me surprendra toujours, je reste à l’affût.

———————–

Ce qui m’a également surpris c’est le Voyage en Misarchie d’Emmanuel Dockès. Pourquoi avoir confié le regard du candide à un crétin dont les préjugés et frasques sexuelles semblent toujours tomber à côté du propos ou le disperser ? Il va encore me falloir réviser un logiciel…

Temps d’oublis

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 25 juin, 2017

Les hannetons sont revenus. Ils sortent littéralement de terre. J’en vois un remonter le long d’un brin de pelouse qui mériterait d’être tondue, essayer ses ailes et s’envoler lourdement. Le vol lourd du hanneton est un cliché, tant pis.
Ils sont des dizaines à tourner autour du noyer, de l’arbre à rien et du vinaigrier. Ils se cherchent, maladroits. Je les entends se cogner dans les feuilles en grésillant des élytres. Sous ces multiples chocs le noyer paraît secoué d’un vent intérieur, ou alors il s’ébroue de ses puces volantes.


Voici cinq ans déjà, la mort prématurée de hannetons mal formés m’avait ému. Ils n’avaient pas pu se reproduire. Leur cycle de vie dure trois ans et je n’arrive pas à me souvenir si l’an dernier ou l’année d’avant j’avais remarqué leur absence.
Cela me rappelle une interview d’Anne-Caroline Prévot sur l’amnésie environnementale générationnelle : de génération en génération, la dégradation de l’environnement augmente, mais chaque nouvelle génération considère l’état de dégradation dans lequel elle vit comme un niveau « normal ». Chacun compare le présent à ce qu’il a connu dans l’enfance, et non par rapport à une situation ou un équilibre antérieurs à sa propre expérience. Cette amnésie collective relève d’une erreur d’initialisation : nous ne prenons pas en compte l’antériorité des conditions du système.
Qui écoute encore son père ou son grand-père radoter sur « c’était mieux avant » et sur ce qui se vivait alors, la qualité de l’air, l’étendue de champs ou de forêts accessibles, la distance à parcourir pour les atteindre, combien de hannetons sortaient de terre ? Si nous avions conservé cette chaîne de mémoire et de savoirs, nous pourrions peut-être mieux mesurer l’état réel de notre présent.
L’humain est équipé pour réagir à un danger immédiat, mais il ne perçoit pas le danger à évolution lente. Au pire il l’ignore, au mieux il s’adapte, sans prendre vraiment conscience de la dégradation des conditions. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard ?
Les hannetons sont revenus cette année, j’ai l’impression que tout va bien. Leur ballet de camionneurs dure une vingtaine de minutes avant qu’ils replongent vers le sol, s’insinuent entre les herbes, disparaissent jusqu’au lendemain soir. C’est le retour du silence. Ah, non : un grillon stridule tout seul. Je ne me souviens pas en avoir entendu si tôt dans la saison.
Effectivement, le lendemain matin mon pote de grimpe Gillou est surpris par le bruit qui s’élève du pré que nous longeons vers la falaise. Comme un sifflement de vent dans les herbes.
Nous nous arrêtons pour écouter mieux. Des grillons, par milliers. Déjà de retour, par 600 mètres d’altitude !
Il paraît que le moustique tigre remonte aussi la vallée du Rhône.
Craindra-t-on bientôt le requin bouledogue dans les Landes ?
Nous nous adapterons en minimisant le changement, puisque dans notre enfance c’était déjà un peu comme ça, et avant nous c’était le Moyen-Âge, non ?
Selon Anne-Caroline Prévot, voilà des décennies que nous disposons de toutes les informations sur la crise de la biodiversité et le bouleversement climatique : pourquoi est-il si difficile de sortir du déni et modifier nos comportements ? Parce que l’information ne suffit pas : il nous faut un contact émotionnel avec la nature pour secouer le carcan des normes sociales qui régissent nos comportements. Nos obligations vis-à-vis du travail, des enfants, de la société, sont plus profondes que l’insertion de surface.
Compter les hannetons, les papillons, chronométrer le retour ou le départ des hirondelles, s’émouvoir d’un retard ou d’une perte, se sentir concerné, voilà qui aide à mieux acheter, mieux se déplacer, mieux vivre dans la réalité. Car chaque geste s’insère soit dans le déni, soit dans la conscience.

————

Je lis La Mémoire du Monde, de Stéphanie Janicot, et je vous conseille Le Souci de la Nature, sous la direction de Cynthia Fleury et Anne-Caroline Prévot aux éditions du CNRS.

Jeudi dernier

Posted in Jeudi,Réflexitude par Laurent Gidon sur 21 juin, 2017
Tags: ,

Voilà, c’est fini, plus d’allers-retours vers Faverges, plus de photos au bord du lac. Le onzième des 10 ateliers prévus au collège s’est achevé sur quelques jeux très disputés.
N’ayant plus de discipline à faire je prends mon plaisir à participer. Il faut vraiment se lâcher le crayon pour épater des collégiens avec l’histoire de la lettre K (celle qui a été inventée pour faire des blagues douteuses sur les plaques d’immatriculation en association avec le C).
Je m’amuse, je laisse courir les idées folles tout en gardant un œil sur la montre. « Il ne vous reste que 30 secondes… Attentions… Stop ! Qui a besoin de quelques secondes de plus ? Qui veut lire son texte ? »
Je m’amuse en écoutant l’histoire écrite par d’autres. Je m’amuse en lisant la mienne.
On écrit et on lit, sans crainte de jugement, sans limite d’âge ni de position.
On échange autre chose que du savoir ou de l’autorité, quelque chose qui touche à l’intérieur de chacun, et ça me plaît.
Qu’en est-il des autres participants ? Que sont-ils venus chercher à l’atelier, ces élèves qui autrement seraient allés courir en récréation ou auraient travaillé en étude ?
Pas une promesse de succès, de gloire ou de fortune. Pas même une bonne note.
C’est autre chose qui nous lie et nous enivre parfois.
Cette promesse, peut-être, que chacun saura faire. Chacun suffira à la tâche, quel que soit son talent, son expérience, sa qualité d’être.
En atelier d’écriture il n’y a pas d’erreur possible, pas d’échec. Lorsqu’il suffit à chacun d’écouter ce qui raconte en soi, le simple fait de prendre le crayon ou le clavier est signe indubitable de réussite.
Il n’y a pas d’échec (je le répète, c’est important). Tous ceux qui ont accepté de s’écouter et de laisser couler ont réussi. Et ils savent qu’ils ont réussi, pas besoin de diplôme ou de félicitations. Ils ont suffi.
Et pour chacun, c’est bon à savoir.

Une goutte de miel dépasse sous le couvercle du pot. J’ai l’air de sauter du coq à l’âne, mais non, vous verrez.
Une goutte de miel, donc, à l’air libre. Je regarde une mouche tourner autour et s’y poser. De près, je vois sa petite trompe pomper tant qu’elle peut.
Je me retiens de chasser l’insecte : cette goutte est hors du pot et même si je sais que la mouche y injecte des millions de bactéries elle ne contaminera pas le reste du miel.
Je regarde de plus près, la mouche ne bouge pas et pompe. J’approche mon doigt. Je touche ses ailes. La mouche pompe tant et plus, ivre de miel. Elle ne voit pas la menace. Je peux la caresser, la déplacer, elle tourne autour de sa trompe et néglige tous les signes de danger, droguée au miel. Je finis par la décoller d’une chiquenaude, sans qu’elle réagisse.
Quelles sont les promesses qui nous enivrent au point que nous n’arrivions plus à voir les doigts qui nous manipulent ?
Qu’avons-nous cru, collectivement, lors des dernières élections ? Quel miel de renouveau, de succès, de grandeur, avons-nous pompé benoîtement ?
La course à la fortune de quelques-uns est une usine à perdants. Ivres de ce miel, nous ne voyons pas ce qui va nous éjecter d’une chiquenaude.
Pourtant, la vie pourrait être un atelier d’écriture.
Un espace-temps privilégié où chacun s’écouterait, en profondeur, et écrirait sa vie comme il l’entend. Celui qui court après le succès ou la croissance se retrouverait vite à courir seul, à la poursuite de ses chimères.
Les autres le regarderaient avec bienveillance tant que l’homme au grand projet ne se mettrait pas en tête de les faire tous courir avec lui, ou pour lui.
Ce serait chouette.
Et c’est possible.

Après l’atelier je suis allé grimper sur une falaise en dalle pas loin du lac, avant d’y plonger avec bonheur, ivre de sa fraîcheur.
L’autostoppeur du retour était bien d’accord avec moi : quelques plaisirs simples qui n’enlèvent rien à personne rendent la vie plus belle et plus digne. J’ai fait un détour pour le poser plus près de sa destination.
Du temps, j’en avais. Et il m’en reste encore pas mal.

—————-

Mon miel du moment c’est le dernier Pennac, sans ivresse particulière. Je vais me mettre en quête de Voyage en Misarchie d’Emmanuel Dockès aux éditions du Détour, après en avoir entendu parler ici.

Jeudi mon plaisir

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 9 juin, 2017
Tags: ,

Peut-être n’y a-t-il pas de honte à être doué pour le bonheur si l’on arrive à le partager un petit peu, ou au moins à l’exprimer.

Un des participants à l’atelier du jeudi ne tient pas en place. Hyper réactif, il a quelque chose à claironner sur tout, même sur le silence quand les autres sont penchés sur leurs textes. Pourtant, il m’a suffi de lui dire qu’il écrit bien, que sa nouvelle à peine ébauchée est déjà intéressante, pour qu’il se calme, se concentre, et ponde en vingt minutes une scène que j’ai en effet vraiment trouvée bien tournée.
Un vrai plaisir à peu de mots.

Sur la route du retour je prends un autostoppeur qui va jusqu’à Saint-Jorioz alors que je m’arrête à Duingt pour y faire une photo et me baigner un peu. Barbe, bonnet commando, veste militaire, Jean noir et rangers, mais un air un peu paumé.
Je lui dis qu’il peut m’attendre ou prendre mon deuxième maillot et se baigner aussi.
Il prend le maillot et va se mettre à l’eau un peu plus loin, tout blanc et maigre une fois débarrassé de sa carapace post-punk.
Quand je suis de nouveau prêt à partir il est assis sur un banc en caleçon. Finalement il préfère rester là et profiter du soleil. Sa liberté me fait plaisir, on se salue et je repars.

La semaine prochaine, ce sera le dernier atelier. Nous avons prévu de faire un point bilan avec l’équipe organisatrice.
Je sais déjà ce que je vais leur dire, combien j’ai apprécié leur soutien ou leur simple présence, tous ces jeudis après-midi que j’ai passés avec eux dans le local de Fabric’Arts, entre deux sessions.
Je sais aussi que toutes les nouvelles ne seront pas terminées, et qu’en vue d’une publication en recueil il serait bien d’ajouter un atelier. Que ça me ferait plaisir, aussi.
Les bons moments ne sont pas si rares, et il suffit parfois de s’en créer.

——————–

Un plaisir ne venant jamais seul, j’ai lu Murmurer à l’oreille des femmes de Douglas Kennedy, traduit par Bernard Cohen.

Ça reprend

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 29 mai, 2017
Tags: , ,

Voilà que cela me reprend, un lien transmis par un mail de Télérama, un article, un autre lien, cet article, et la plongée dans l’horreur, la suffocation par procuration. Cela existe, c’est documenté, photographié, filmé, ce n’est pas de la propagande ou du fake news.
Le fait que le prétexte soit la lutte contre pire n’ôte rien à la rage et aux pleurs qui me prennent.

Photo Ali Arkady

J’avais déjà écrit ici qu’une de mes hantises, un de mes poisons, était de savoir qu’en ce moment sur cette terre quelqu’un hurle de souffrance sous la torture d’un de ses frères humains. Un de mes frères frappe, coupe, tord, un autre de mes frères se tord et hurle, quand le bâillon le lui permet.
Ils sont, je suis, humains.

Cela me reprend alors qu’un vent de terre creuse les vagues, juste là, à moins de deux cents mètres. Je me repose après une session de surf, avant la prochaine. Et là-bas, plus loin mais encore ici et maintenant, ça frappe et ça hurle.
Le mot insupportable n’a aucun sens. Je supporte cette douleur lancinante, cette horreur voisine qui s’insère entre deux marées, entre deux vagues, entre deux plaisirs. Je pourrais vomir rien que d’y penser, et retourner surfer tout de même.
Qu’est-ce qui résiste contre la fausse impression de ne rien pouvoir faire ? Qu’est-ce qui résiste en moi contre la pulsion de prendre une arme et de tous les éliminer ?
La part d’enfance, peut-être.
Cette part de moi, de vous, de nous tous, qui peut être contrainte – l’enfant est faible – ou bâillonnée, très abîmée, mais qui suivra de l’œil le premier papillon qui passe, dansera aux premières notes de musique, rira au premier rire, sautera dans la première flaque, qu’importe la peur et la mitraille, les cris, les chairs qu’on torture, l’avenir qui n’existe pas encore mais dépend de notre envie d’y aller voir.
Ce n’est peut-être pas le meilleur de l’homme, pas le plus utile non plus face aux défis du monde, mais c’est en nous ce qui jouera à vivre malgré tout.

Ce qui jouera à vivre.
Mon fils aîné vient de fêter ses 18 ans.
Ce monde lui appartient. Sa part d’enfance intacte aussi.
Nous ramons côte à côte pour plonger dans la vague qui nous soulève. Il la prend avant moi, me passe devant avec un sourire pendant que je freine pour ne pas l’emboutir.
Cette vague lui appartient, je prendrai la suivante et nous rirons encore.
Voilà que ça reprend.

Jeudi 8 et des vagues

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 27 mai, 2017

Le lac miroite sous un soleil voilé. Le thermomètre de la voiture affiche 29,5°. Des baigneurs sur toutes les plages. À Duingt ils ont même tendu une slack et j’avoue sentir un peu de jalousie monter. Espérons qu’elle sera encore là au retour.
L’autostoppeur que je prends paraît d’abord taiseux. Il attend depuis plus d’une heure. La cinquantaine finissante, bien mis de sa personne. La conversation s’engager tout de même : il ne peut plus conduire pour cause de diabète qui réduit sa vision. Il distingue encore ce qui l’entoure mais ne peut plus évaluer correctement les distances. Pas de plainte en lui. Il ne veut pas devenir un danger pour les autres, alors il a vendu sa voiture et n’y reviendra plus.
De toute façon il a toujours fait du stop, a sillonné l’Europe ainsi, est même monté jusqu’au Cap Nord. Mais les temps changent, selon lui.
Son plus grand regret est de ne plus pouvoir chasser. Nous en parlons un peu. Il a pensé se mettre à l’arc, mais craint encore de ne pas voir assez de discernement pour être sûr de ne blesser personne.
Un bon chasseur, comme mon voisin William, qui enrage de voir les viandards faire du tort. Je lui accorde ce point. Nous passons sous le Semnoz, pas loin de là où l’an dernier un jogger fluo a été tué d’un coup de fusil en pleine face sous les yeux de sa femme. Du tort, oui.
Au lycée La Fontaine, nous arrivons au dernier atelier. Les dix séances ont permis à des participantes, d’abord hésitantes puis surmotivées, d’avancer chacune dans l’écriture d’une nouvelle bien engagée. Elles vont continuer seules, dynamisées par ma promesse de lire et commenter leurs textes dès qu’elles les sentiront aboutis.
Nous nous quittons sur une séance de photo et un échange de petits cadeaux (j’ai eu un Carambar citron). Belle émotion, entre rires et larmes. Quelque chose se termine, mais la graine est plantée.
Au retour, la slack de Duingt est démontée, il n’y a plus personne, cela sent l’orage. Je touche l’eau, tentante. Mais on m’attend à la maison.
Les conditions de vagues s’annoncent correctes pour le pont de l’Ascension. Nous y allons. Ces quelques mots posés entre deux sessions.
Notre nouveau président a formé son gouvernement, mais nous n’avons manifestement pas les mêmes préoccupations.

Jeudi chronique

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 16 mai, 2017

Ce jeudi-ci commence un mercredi pour cause d’atelier supplémentaire en matinée : la plupart des participantes sera en stage début juin, il faut caser des séances dans tous les trous de leur emploi du temps pour leur donner une chance de finir leur nouvelle en pente trop raide.
Sur la route je prends un auto-stoppeur portant barbe et planche à roulette long board. On dirait une carapace de lucane, antennes comprises, montée sur des roulements réunis par un axe vertical inédit pour moi.
Je n’ai jamais vu un tel modèle et c’est normal. Il l’a fabriqué lui-même – planche et trucks – et cherche maintenant à développer cette activité artisanale en mettant ce produit très haut de gamme sur le marché. Selon le créateur, dès qu’on l’a essayé il n’est plus possible de revenir sur une planche de série.
J’ai oublié mon appareil photo et n’ai pas la présence d’esprit de la shooter avec mon téléphone. Dommage : l’affluence légendaire sur ce blog lui aurait fait une publicité à tout casser (sauf la planche qui avait l’air plutôt solide).
Pas un mot sur le nouveau président pendant l’atelier. Nous sommes là pour écrire, pas pour rêver.
Au retour je m’arrête dans une boulangerie qui offre un canapé, quelques fauteuils profonds et une bibliothèque fournie à ceux qui veulent prendre le temps de déguster. Je déguste donc quelques pages de Ian McEwan et une tartelette aux pralines qui remettrait sur le sentier de la paix le djihadiste le plus endurci.
J’aurais dû en garder un peu pour le lendemain : quatre participants à l’atelier du collège déclarent vouloir faire sécession.
Leur nouvelle est finie, ils ne voient pas l’intérêt de la corriger et l’idée de l’améliorer les fait sourire narquois. J’ai beau leur proposer des activités spécifiques, c’est confirmé, ils s’ennuient et le font savoir en développant des arguments gesticulés sous forme d’un souk à faire pâlir des punks berlinois en plein pogo.
N’étant pas là pour jouer l’inspecteur Harry je leur rends leur liberté. Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux, leurs plumes sont faites pour voler et n’écriront que plus tard si l’envie revient.
Il faisait un soleil riant à l’aller, pas un murmure de vent. Sur le lac des optimistes en fil indienne se faisaient tracter par un hors-bord pour rejoindre d’éphémères risées.
Le soir, je rentre sous une pluie tonitruante. Même le printemps s’oublie.

Vu que ça verse à pleut, photo depuis la voiture

Il me reste trois jeudis pour profiter de cette route magique et du contact roboratif avec les jeunes de Faverges. Je vote pour.

———

En attendant jeudi prochain, je lis encore Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé.

Jeudi 6 et un signe

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 5 mai, 2017

Pour le premier tour nous sommes allés voter sous un soleil radieux. L’après-midi même je grimpais en t-shirt à la falaise au-dessus de la maison.
Depuis, une peste de vent et de neige nous a giflé.
Winter is comming… back. Il a fallu rallumer le poêle, scier un peu de bois, ressortir les polaires.

Mon téléphone n’est PAS un appareil photo

Sur la route de Faverges ce jeudi matin le lac est calme. Le ciel filtre une lumière aux couleurs plates. Je vais retrouver mes jeunes écriveurs après deux semaines de leurs vacances.
Moi, j’ai travaillé. Un nouveau projet de roman bien lancé grâce à deux lecteurs qui ont accepté de suivre le work in progress. Savoir que mes chapitres sont attendus aide à ne pas me disperser.
Et puis une résidence d’auteur, loin, l’an prochain, pour laquelle je bétonne mon dossier. Je sens que je vais adorer cela. Merci.
Les élèves du collège sont agités. Je dois faire de la discipline, ce qui n’est pas mon rôle.
Ceux du lycée, plus calmes, me semblent aussi plus anxieux : comment écrire mon histoire ? Sera-t-elle bien ? Et là, après ce mot difficilement sorti, qu’est-ce que je mets, monsieur ?
Je n’ai pas les réponses à leurs questions. Je ne suis là que pour leur donner les outils et les aider à trouver eux-mêmes quelque chose qui les satisfasse. Je ne fais pas de politique.
Mais je me souviens de ces deux beaux documentaires sur l’histoire des anarchistes. De la vision des individualistes, laissant naître par une éducation juste l’être véritable de chacun, et surtout acceptant le risque que les enfants ainsi éduqués leur échappent, développent une pensée contraire à la leur, libres.
Au bord du lac, là où je prends la photo rituelle, deux cygnes se dépouillent de leurs plumes d’hiver en les arrachant d’un bec patient.


Ils croient en l’été, c’est en eux.
Quelques duvets de confort font encore obstacle. Ils s’en délestent.

——–

J’attends l’été en lisant Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé chez Actes Sud.

Pourquoi lui, malgré tout

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 1 mai, 2017
Tags:

Près de chez moi j’ai vu quelques affiches sauvages d’un candidat au second tour des Présidentielles.
Petit aparté : je donne d’avance mon prochain vote au premier candidat environnemental qui promettra dès le début de sa campagne – et qui tiendra promesse – de ne pas coller ou faire coller la moindre affiche sauvage.
Donc, cette affiche énonce un slogan sous forme de rapprochement entre le nom du mouvement dudit candidat, et le pays dont il brigue la présidence.
C’est adroit, mais il avait le choix entre deux façons de les combiner, et il a choisi la mauvaise, forme de lapsus révélateur.
« La France En Marche », c’est un peu vieillot et on peut y lire la description d’un pays à deux vitesses, une partie en marche à laquelle s’adresse le candidat, et l’autre à l’arrêt, tant pis pour vous. D’ailleurs, n’est-ce pas un peu sa promesse ? Mais bon, il y avait aussi l’idée de France qui bouge, toute la France, c’était pas mal. Raté, le randonneur s’est trompé.
Il a choisi « En Marche, La France ! » que je ne peux m’empêcher de lire comme une injonction de cocher à son attelage.
Allez, hue ma France !
Et nous, les bourrins, de piétiner sous la cravache, et de nous évertuer à garder le carrosse en mouvement, les œillères bien ajustées pour ne pas voir où nous allons, mais les oreilles dégagées pour bien entendre le claquement du fouet. Belle promesse, bien joué. Celle-ci, je sens qu’il va la tenir.

Un moment, j’ai caressé l’idée de voter blanc, puisque les votes blancs sont désormais comptabilisés, ce qui n’a rien à voir avec l’abstention. Une façon de dire « ni l’un, ni l’autre » et d’être entendu.
Mais j’ai changé d’avis.
Entre la peste brune et le choléra libéral j’apprécie d’avoir encore le choix, et ce choix je vais le faire valoir. Lorsqu’une candidate se présente comme la seule solution pour vivre entre Français, on peut être certain qu’une fois au pouvoir elle s’arrangera effectivement pour faire disparaître les autres solutions. Je ne veux pas cela, je voterai donc, pour l’autre.

La Farce Tranquille ?

En redescendant de la montagne où j’étais allé trotter à la rencontre des chamois, je suis tombé sur cette vue de mon village qui m’a rappelé l’affiche de M. Miterrand en 1981.
Sauf qu’aujourd’hui le slogan serait « La Farce Tranquille ».

———-

Avant d’aller voter, je lis L’Origine des Victoires, de Ugo Bellagamba.

Ce qui compte, ce qu’on vit

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 19 avril, 2017
Tags: , ,

Si j’étais candidat à la présidentielle, je crois que j’en profiterais pour parler de la vie des gens et de ce dont ils ont besoin pour vivre heureux, en parler sans violence de langage, au lieu de me positionner sur les deux seuls grands sujets qui semblent s’imposer : l’économie et l’allégeance à Trump ou Poutine via l’Europe.
Trump ou Poutine ? Je n’ai pas d’avis, j’évacue la question. Reste l’économie. Qui n’a rien à voir avec la vie des gens.
La vie des gens, c’est d’abord le temps qu’ils passent au travail – ou à chercher du travail, ou même à ne pas trouver de travail – et c’est donc un sujet de droit du travail, pas d’économie.
Pareil pour ce que les gens gagnent en travaillant – par exemple évoquer un salaire minimal pour la plus petite durée de travail hebdomadaire et non pour ce qu’on appelle un temps plein – ce qui est encore un sujet de droit du travail, pas d’économie.
Oui, les gens ont besoin de temps et d’argent pour vivre, et si l’économie actuelle ne leur fournit pas ce temps et cet argent, c’est qu’elle ne fait pas son travail. Il faut chercher ailleurs. L’économie n’est qu’un moyen, pas une fin.
La vie des gens, c’est aussi se loger, avoir de la place, de la lumière, au sec, au chaud l’hiver et au frais l’été… ce qui n’est pas non plus un sujet économique. Tolérer que certains vivent dehors ou dans des conditions moyenâgeuses n’est pas une question de coûts ou de moyens : c’est une question de choix moral. Donc de droit. La ramener dans le domaine restreint de l’économie actuelle tue le débat, restreint le choix, escamote les responsabilités et la morale, fait croire qu’il n’y a pas d’alternative : on ne pourrait pas. C’est faux. On peut. Mais on préfère regarder ailleurs.
Parler de ce que les gens vivent à l’école aussi. Oui, les élèves comme les professeurs sont des gens, dont la vie est façonnée par l’école, le collège, le lycée. S’ils y sont malheureux, ce n’est pas une question de moyens ou de budget. C’est parce que l’on a mal répondu à la question : à quoi sert l’éducation nationale ? Ce n’est pas l’économiste qui nous donnera la réponse, ne le laissons pas s’emparer de la question.
Parler aussi de ce que vivent les gens en prison. Oui, les incarcérés et les surveillants sont des gens. Qu’ils soient malheureux en prison n’est pas une question économique, c’est une question de morale, et de droit. Alors que plusieurs pays européens se détournent de la prison comme réponse unique, il semblerait que le sujet ne soit abordé en France que sous l’angle comptable : combien de places, combien ça coûte. Ce n’est pas de cela que vivent les gens.
Parler de l’air que les gens respirent, de l’eau qu’ils boivent, de la nourriture qu’ils ingèrent, de la santé qu’ils perdent, ce n’est pas une question économique. C’est une question d’environnement, de transports, d’agriculture, de soins. Donc de choix et de droit. L’économie n’arrive qu’au second plan, pour nous aider à mettre nos choix et nos droits en œuvre. Pas pour nous limiter a priori.
Si j’étais candidat à la présidentielle, je crois que je mettrais les Français devant leurs vrais choix, leurs vraies responsabilités, leurs vrais droits, leur vraie vie.
Et j’inviterais à se taire tous les économistes qui ont réussi à nous faire croire que leur discipline – tellement compliquée que nous serions incapables d’y rien comprendre, vu qu’eux-mêmes…* – est la seule réponse à la seule question que poserait le monde.

—————————-

Comme je ne suis pas candidat à la présidentielle, j’ai le temps de lire Cet Instant-là, de Douglas Kennedy.

* J’ai eu par mes études, une assez bonne formation en économie, culture fondamentale que j’entretiens et mets à jour régulièrement. Je me permets donc de vous conseiller, outre l’Antimanuel d’économie du regretté Bernard Maris, les Mythologies économiques de Éloi Laurent : vous gagnerez un temps précieux et pourrez vite penser à autre chose.

Page suivante »

%d blogueurs aiment cette page :