Comme ça s'écrit…


Jeudi chronique

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 16 mai, 2017

Ce jeudi-ci commence un mercredi pour cause d’atelier supplémentaire en matinée : la plupart des participantes sera en stage début juin, il faut caser des séances dans tous les trous de leur emploi du temps pour leur donner une chance de finir leur nouvelle en pente trop raide.
Sur la route je prends un auto-stoppeur portant barbe et planche à roulette long board. On dirait une carapace de lucane, antennes comprises, montée sur des roulements réunis par un axe vertical inédit pour moi.
Je n’ai jamais vu un tel modèle et c’est normal. Il l’a fabriqué lui-même – planche et trucks – et cherche maintenant à développer cette activité artisanale en mettant ce produit très haut de gamme sur le marché. Selon le créateur, dès qu’on l’a essayé il n’est plus possible de revenir sur une planche de série.
J’ai oublié mon appareil photo et n’ai pas la présence d’esprit de la shooter avec mon téléphone. Dommage : l’affluence légendaire sur ce blog lui aurait fait une publicité à tout casser (sauf la planche qui avait l’air plutôt solide).
Pas un mot sur le nouveau président pendant l’atelier. Nous sommes là pour écrire, pas pour rêver.
Au retour je m’arrête dans une boulangerie qui offre un canapé, quelques fauteuils profonds et une bibliothèque fournie à ceux qui veulent prendre le temps de déguster. Je déguste donc quelques pages de Ian McEwan et une tartelette aux pralines qui remettrait sur le sentier de la paix le djihadiste le plus endurci.
J’aurais dû en garder un peu pour le lendemain : quatre participants à l’atelier du collège déclarent vouloir faire sécession.
Leur nouvelle est finie, ils ne voient pas l’intérêt de la corriger et l’idée de l’améliorer les fait sourire narquois. J’ai beau leur proposer des activités spécifiques, c’est confirmé, ils s’ennuient et le font savoir en développant des arguments gesticulés sous forme d’un souk à faire pâlir des punks berlinois en plein pogo.
N’étant pas là pour jouer l’inspecteur Harry je leur rends leur liberté. Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux, leurs plumes sont faites pour voler et n’écriront que plus tard si l’envie revient.
Il faisait un soleil riant à l’aller, pas un murmure de vent. Sur le lac des optimistes en fil indienne se faisaient tracter par un hors-bord pour rejoindre d’éphémères risées.
Le soir, je rentre sous une pluie tonitruante. Même le printemps s’oublie.

Vu que ça verse à pleut, photo depuis la voiture

Il me reste trois jeudis pour profiter de cette route magique et du contact roboratif avec les jeunes de Faverges. Je vote pour.

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En attendant jeudi prochain, je lis encore Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé.

Jeudi 6 et un signe

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 5 mai, 2017

Pour le premier tour nous sommes allés voter sous un soleil radieux. L’après-midi même je grimpais en t-shirt à la falaise au-dessus de la maison.
Depuis, une peste de vent et de neige nous a giflé.
Winter is comming… back. Il a fallu rallumer le poêle, scier un peu de bois, ressortir les polaires.

Mon téléphone n’est PAS un appareil photo

Sur la route de Faverges ce jeudi matin le lac est calme. Le ciel filtre une lumière aux couleurs plates. Je vais retrouver mes jeunes écriveurs après deux semaines de leurs vacances.
Moi, j’ai travaillé. Un nouveau projet de roman bien lancé grâce à deux lecteurs qui ont accepté de suivre le work in progress. Savoir que mes chapitres sont attendus aide à ne pas me disperser.
Et puis une résidence d’auteur, loin, l’an prochain, pour laquelle je bétonne mon dossier. Je sens que je vais adorer cela. Merci.
Les élèves du collège sont agités. Je dois faire de la discipline, ce qui n’est pas mon rôle.
Ceux du lycée, plus calmes, me semblent aussi plus anxieux : comment écrire mon histoire ? Sera-t-elle bien ? Et là, après ce mot difficilement sorti, qu’est-ce que je mets, monsieur ?
Je n’ai pas les réponses à leurs questions. Je ne suis là que pour leur donner les outils et les aider à trouver eux-mêmes quelque chose qui les satisfasse. Je ne fais pas de politique.
Mais je me souviens de ces deux beaux documentaires sur l’histoire des anarchistes. De la vision des individualistes, laissant naître par une éducation juste l’être véritable de chacun, et surtout acceptant le risque que les enfants ainsi éduqués leur échappent, développent une pensée contraire à la leur, libres.
Au bord du lac, là où je prends la photo rituelle, deux cygnes se dépouillent de leurs plumes d’hiver en les arrachant d’un bec patient.


Ils croient en l’été, c’est en eux.
Quelques duvets de confort font encore obstacle. Ils s’en délestent.

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J’attends l’été en lisant Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé chez Actes Sud.

Pourquoi lui, malgré tout

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 1 mai, 2017
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Près de chez moi j’ai vu quelques affiches sauvages d’un candidat au second tour des Présidentielles.
Petit aparté : je donne d’avance mon prochain vote au premier candidat environnemental qui promettra dès le début de sa campagne – et qui tiendra promesse – de ne pas coller ou faire coller la moindre affiche sauvage.
Donc, cette affiche énonce un slogan sous forme de rapprochement entre le nom du mouvement dudit candidat, et le pays dont il brigue la présidence.
C’est adroit, mais il avait le choix entre deux façons de les combiner, et il a choisi la mauvaise, forme de lapsus révélateur.
« La France En Marche », c’est un peu vieillot et on peut y lire la description d’un pays à deux vitesses, une partie en marche à laquelle s’adresse le candidat, et l’autre à l’arrêt, tant pis pour vous. D’ailleurs, n’est-ce pas un peu sa promesse ? Mais bon, il y avait aussi l’idée de France qui bouge, toute la France, c’était pas mal. Raté, le randonneur s’est trompé.
Il a choisi « En Marche, La France ! » que je ne peux m’empêcher de lire comme une injonction de cocher à son attelage.
Allez, hue ma France !
Et nous, les bourrins, de piétiner sous la cravache, et de nous évertuer à garder le carrosse en mouvement, les œillères bien ajustées pour ne pas voir où nous allons, mais les oreilles dégagées pour bien entendre le claquement du fouet. Belle promesse, bien joué. Celle-ci, je sens qu’il va la tenir.

Un moment, j’ai caressé l’idée de voter blanc, puisque les votes blancs sont désormais comptabilisés, ce qui n’a rien à voir avec l’abstention. Une façon de dire « ni l’un, ni l’autre » et d’être entendu.
Mais j’ai changé d’avis.
Entre la peste brune et le choléra libéral j’apprécie d’avoir encore le choix, et ce choix je vais le faire valoir. Lorsqu’une candidate se présente comme la seule solution pour vivre entre Français, on peut être certain qu’une fois au pouvoir elle s’arrangera effectivement pour faire disparaître les autres solutions. Je ne veux pas cela, je voterai donc, pour l’autre.

La Farce Tranquille ?

En redescendant de la montagne où j’étais allé trotter à la rencontre des chamois, je suis tombé sur cette vue de mon village qui m’a rappelé l’affiche de M. Miterrand en 1981.
Sauf qu’aujourd’hui le slogan serait « La Farce Tranquille ».

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Avant d’aller voter, je lis L’Origine des Victoires, de Ugo Bellagamba.

Ce qui compte, ce qu’on vit

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 19 avril, 2017
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Si j’étais candidat à la présidentielle, je crois que j’en profiterais pour parler de la vie des gens et de ce dont ils ont besoin pour vivre heureux, en parler sans violence de langage, au lieu de me positionner sur les deux seuls grands sujets qui semblent s’imposer : l’économie et l’allégeance à Trump ou Poutine via l’Europe.
Trump ou Poutine ? Je n’ai pas d’avis, j’évacue la question. Reste l’économie. Qui n’a rien à voir avec la vie des gens.
La vie des gens, c’est d’abord le temps qu’ils passent au travail – ou à chercher du travail, ou même à ne pas trouver de travail – et c’est donc un sujet de droit du travail, pas d’économie.
Pareil pour ce que les gens gagnent en travaillant – par exemple évoquer un salaire minimal pour la plus petite durée de travail hebdomadaire et non pour ce qu’on appelle un temps plein – ce qui est encore un sujet de droit du travail, pas d’économie.
Oui, les gens ont besoin de temps et d’argent pour vivre, et si l’économie actuelle ne leur fournit pas ce temps et cet argent, c’est qu’elle ne fait pas son travail. Il faut chercher ailleurs. L’économie n’est qu’un moyen, pas une fin.
La vie des gens, c’est aussi se loger, avoir de la place, de la lumière, au sec, au chaud l’hiver et au frais l’été… ce qui n’est pas non plus un sujet économique. Tolérer que certains vivent dehors ou dans des conditions moyenâgeuses n’est pas une question de coûts ou de moyens : c’est une question de choix moral. Donc de droit. La ramener dans le domaine restreint de l’économie actuelle tue le débat, restreint le choix, escamote les responsabilités et la morale, fait croire qu’il n’y a pas d’alternative : on ne pourrait pas. C’est faux. On peut. Mais on préfère regarder ailleurs.
Parler de ce que les gens vivent à l’école aussi. Oui, les élèves comme les professeurs sont des gens, dont la vie est façonnée par l’école, le collège, le lycée. S’ils y sont malheureux, ce n’est pas une question de moyens ou de budget. C’est parce que l’on a mal répondu à la question : à quoi sert l’éducation nationale ? Ce n’est pas l’économiste qui nous donnera la réponse, ne le laissons pas s’emparer de la question.
Parler aussi de ce que vivent les gens en prison. Oui, les incarcérés et les surveillants sont des gens. Qu’ils soient malheureux en prison n’est pas une question économique, c’est une question de morale, et de droit. Alors que plusieurs pays européens se détournent de la prison comme réponse unique, il semblerait que le sujet ne soit abordé en France que sous l’angle comptable : combien de places, combien ça coûte. Ce n’est pas de cela que vivent les gens.
Parler de l’air que les gens respirent, de l’eau qu’ils boivent, de la nourriture qu’ils ingèrent, de la santé qu’ils perdent, ce n’est pas une question économique. C’est une question d’environnement, de transports, d’agriculture, de soins. Donc de choix et de droit. L’économie n’arrive qu’au second plan, pour nous aider à mettre nos choix et nos droits en œuvre. Pas pour nous limiter a priori.
Si j’étais candidat à la présidentielle, je crois que je mettrais les Français devant leurs vrais choix, leurs vraies responsabilités, leurs vrais droits, leur vraie vie.
Et j’inviterais à se taire tous les économistes qui ont réussi à nous faire croire que leur discipline – tellement compliquée que nous serions incapables d’y rien comprendre, vu qu’eux-mêmes…* – est la seule réponse à la seule question que poserait le monde.

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Comme je ne suis pas candidat à la présidentielle, j’ai le temps de lire Cet Instant-là, de Douglas Kennedy.

* J’ai eu par mes études, une assez bonne formation en économie, culture fondamentale que j’entretiens et mets à jour régulièrement. Je me permets donc de vous conseiller, outre l’Antimanuel d’économie du regretté Bernard Maris, les Mythologies économiques de Éloi Laurent : vous gagnerez un temps précieux et pourrez vite penser à autre chose.

Jeudi n°5… et pourquoi « pas lui ».

Posted in Jeudi,Réflexitude par Laurent Gidon sur 9 avril, 2017
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Il y a parmi les candidats un présidentiable dont le programme économique est tout à mon avantage personnel. En tant que profession libérale j’y gagnerais beaucoup. Et pourtant je ne voterai pas pour lui.
Pourquoi pas lui ? Parce qu’il ne veut pas mettre la France en marche, mais bien tous les Français dans une course stupide. Grâce à cette compétition permanente, il espère que les plus rapides d’entre nous se détacheront du peloton et parviendront à courir à la vitesse du monde. Stupide car nous irons encore plus vite dans le mur, aveuglés de surcroît par cette illusion de victoire, tout en laissant, distancés sur le côté, toujours plus de Français au pas plus lent mais plus sûr.
Toute victoire ne fait que fabriquer des perdants.
Ce n’est pas cela, l’avenir que je souhaite et auquel je travaille.
Nous en avons parlé indirectement dans la voiture pour Faverges ce jeudi. Je véhiculais Pierre, réalisateur et animateur d’ateliers audiovisuels, et Simon, en service civique auprès de l’association le Labo des Histoires.
Au cours de nos échanges pas pressés – nous nous sommes arrêtés pour la photo rituelle du château de Duingt – nous sommes convenus que non, l’important dans nos ateliers n’était pas le résultat restitué dans les temps mais la qualité du lien créé, et sa pérennité. Ce qui dure après nous.
Ce qui durera après la course présidentielle, ce ne peut pas être la défiance et le goût du mensonge.
Les débats officiels cachent ce qui relie les électeurs hébétés ou convaincus : nous n’en sortirons que par le haut, mais pas en courant après les ouineurs, attisés par les fausses règles libérales.
Dans la course présidentielle, on nous agite un épouvantail à poil blond pour bien nous pousser à fuir la réalité, en courant. Mais courir derrière celui-ci pour échapper à celle-là n’a rien d’une solution sans alternative. Il suffirait peut-être de s’arrêter un moment.
Notre course économique ne le permet pas. Il faut travailler, tout le temps, parce que même nos pauses, nos week-ends, nos vacances, ne se font que sur l’exploitation du travail des autres.
Certaines communautés vivent autrement. Le jour de repos est consacré, justement, à ne pas travailler pour de l’argent, à ne rien faire d’économique.
Se retrouver pour discuter spiritualité, philosophie, arts ou ce qu’on veut : oui. Payer quelqu’un pour animer cela, non.
Partager un repas préparé ensemble ou séparément, oui. Payer les cuisiniers et les serveurs d’un resto : non. Peindre, faire de la musique, lire, jouer une pièce de théâtre, parcourir la nature les sens grands ouverts : oui. Payer des musiciens, des acteurs, des accompagnateurs… non.
C’est la pause du porte-monnaie. On fait ou on ne fait pas, mais on n’achète pas. Le lien se joue sur un autre critère que l’argent des uns et le besoin des autres d’en gagner.
Voilà, pour sortir de cette course, pour reprendre le temps d’être avec les autres, voilà pourquoi pas lui.

Tellement + qu’un jeudi (4)

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 4 avril, 2017


Une publicité dans un magazine de psychologie m’arrête par l’énormité de son titre : Bien plus qu’un anticerne !
Énorme parce qu’imprimé en corps cinquante sur toute la largeur de la page.
Énorme par sa promesse : il y aurait bien plus, voyez-vous, tellement plus, que tout ce que le nom générique du produit nous vend.
Pourtant, écrire anticerne, c’est déjà énoncer tout un programme. Le combat contre les matins difficiles. La résorption de ce qui nous alourdit le regard. La reddition de ce qui nous assiège la vie : vous étiez cernés ? L’anticerne vous libère de tout ennemi supérieur en nombre.
On rêve d’évasion rien qu’à écouter vraiment les sonorités de ce mot.
Et pourtant, il y aurait encore « bien plus ». Pfff !
Ce n’est pas le temps qui fait retomber le soufflé, c’est notre attente fracassée sur la réalité.
Une publicité qui titre « bien plus que… » tourne en rond. Elle ne fait que mettre sur le devant de la scène l’arrière cuisine de sa tambouille.
Toute publicité promet « bien plus » que ce que l’on attend du produit vanté.
Tout dragueur promet tellement plus qu’un coup d’un soir, alors que, finalement… Mesdames, céderiez-vous à une entame du genre : « tu sais, je suis quand même bien plus qu’un gros lourd en manque » ? Peut-être, par pure pitié. Sinon, vous conseilleriez au gars de rentrer chez lui travailler son discours.
Cher publicitaire du type « bien plus que… » : tu retournes dans ton bureau et tu travailles !
Clamer « Bien plus qu’un anticerne » c’est admettre que l’on n’a pas fait son boulot, comme si le chef nous amenait les ingrédients sur la table du restaurant en nous disant de cuisiner nous-mêmes le menu.
Tout, dans la vie, est « bien plus que… ». L’aube est bien plus que le résultat de la rotation de la Terre qui fait apparaître le soleil à l’horizon. Un sourire est bien plus que l’action de muscles zygomatiques sur des lèvres.
Jeudi dernier, c’est bien plus qu’un changement d’heure saisonnier qui était à l’œuvre sur le lac pour y jeter au retour ces lumières à l’or fin. Je n’avais pas pris mon appareil photo, mon téléphone est pourri, mais croyez-moi : bien plus qu’un instant de beauté parfaite dans le calme du soir et les derniers chants d’oiseaux.
Pendant l’atelier, j’avais proposé aux participants de réfléchir à l’enjeu de leur histoire : ce qui est important pour le personnage, ce qu’il cherche à obtenir.
Ils ont très bien compris l’idée et l’ont mise en pratique.
Une jeune fille a décrit ainsi l’enjeu de son personnage : « Elle veut que son ennemi redevienne son meilleur ami. » Moi, candide, je demande qui est son ennemi. Elle tend le doigt vers l’autre côté de la table : « C’est lui ! » La suite leur appartient.
Bien plus qu’un atelier d’écriture !

Aspiration divine

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 1 avril, 2017

Je fréquente par Internet un curieux personnage, auteur d’un beau roman d’apiculture publié par Gallimard.  Sur facebook il s’affirme héraut d’une réflexion libre et plurielle aux antipodes de ce qu’il qualifie de pensée unique,  fustige les médias dominants pour leur opposer des voix alternatives présentées comme étouffées, réinforme une cour avide de vérités sur les complots qui minent l’Occident. Assez fréquent, n’est-ce pas ?
Là où il devient vraiment curieux, c’est en faisant cohabiter sa réinformation virulente avec le message répété d’une foi très orthodoxe et une dévotion totale pour son clergé.
Vouloir ouvrir les yeux de ses contemporains et clore les siens pour croire : je ne comprends pas.
Je le comprends d’autant moins que dieu est un aspirateur.

Dieu en pleine inspiration

Oui, le seul vrai dieu est aspiration !

En conséquence, et je le professe ici publiquement, j’ai une foi totale et sincère en la liturgie sacrée des vendeurs d’aspirateurs.
Pas n’importe lesquels, bien sûr. Certains aspirateurs sont dans l’erreur et leurs vendeurs diffusent un discours hérétique.
La seule vérité est incarnée par Dyson, pape de l’aspiration cyclonique.
Ses représentants m’ont fait voir la lumière sans poussières, et j’y crois. Ils sont convaincants, sans taches, possèdent sur le bout du doigt le grand livre des caractéristiques techniques et le mode d’emploi le plus récent, seuls textes de la vraie foi approuvés par le pape Dyson.
Je sais, il s’agit de traductions, mais je les crois fidèles à la parole sacrée originale. Elle répond à toute question sans jamais faillir.
Je sais aussi que certaines études contestent la supériorité, voir l’antériorité de l’aspirateur Dyson. Dieu n’aurait pas cette puissance cyclonique miraculeuse et même n’apporterait rien de révolutionnaire : il n’aurait pas créé le monde propre. Selon ces études pseudo-scientifiquess, ma foi ne reposerait que sur un storytelling malin et un habile prophète ayant su animer tout un réseau à sa dévotion.
Ces études ne remettent pas en cause ma foi. Elle sont le fait du démon, il convient de lutter contre ses détournements. Je compte sur Dyson et son clergé pour montrer la seule voie vers la lumière à notre populace enténébrée par des médias aux ordres et un scientisme mortifère.
Si je disposais du pouvoir nécessaire, je saurais faire taire les détracteurs et restaurer la foi en l’aspiration cyclonique dans notre Occident dégénéré. Car c’est bien la seule foi propre à notre civilisation, base de notre culture du ménage, et donc capable de la dépoussiérer.
Croire en Dyson, c’est rassembler nos sociétés à la dérive et les cimenter  autour d’un réseau de distributeurs solides et intègres, dévoués à la parole de notre pape.
Vous qui aspirez à la vraie foi et au renouveau de l’Occident nettoyé de ses moutons, détournez-vous des médias usurpateurs de vérité, et croyez !

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Lorsque je repose mon calendrier, c’est pour lire encore Sur les Chemins noirs de Sylvain Tesson.

Canne ou lard ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 31 mars, 2017

Vendredi 1er avril, ne vous découvrez pas d’une écaille !

Les « Malgré Tout »

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 28 mars, 2017

Dans la presse, sur Internet et peut-être même dans les meetings, la campagne fait mollement rage.
Est-ce le brassage quotidien des programmes et des révélations qui éteint l’enthousiasme aussi fort que l’indignation ? On se laisse porter.  On attend l’isoloir sans plus y croire. Malgré soi et ses rêves.
Il y a eu les « malgré nous » incorporés de force dans l’armée allemande. Sommes-nous les « malgré tout » de ce temps qui nous incorpore à une bêtise d’une tout autre échelle ? Le monde, rien de moins. Et l’avenir tout entier.

En ouvrant les volets ce matin-là j’ai frissonné de plaisir à l’inspiration du premier bol d’air. Jour de printemps, radieux.
Les saisons se foutent de nos avanies électorales. La nature au réveil devrait nous rappeler le peu d’importance de nos emportements circonstanciels.
Les jonquilles redressent la tête sans souci des dégâts que nous infligeons au climat. Ou peut-être s’en soucient-elles mais, malgré tout…
Ce malgré tout qui nous fait nous lever, nous fera sortir voter, nous fera croiser nos voisins humains quel que soit le résultat des urnes, lequel de toute façon tombera à côté.
Malgré tout les volets s’ouvriront et l’air vif ravira mes poumons.
Nous passerons ; quelque chose continuera. Malgré nous.
Et pourtant, nous pourrions.

Il faudrait sortir de la sidération et des idées imposées.
Quelle idée, d’ailleurs, que de vouloir « faire barrage » au Front National !
Un parti s’appelant Front est déjà un barrage à lui tout seul.
Un front contre ce qui est autre, contre ce qui complète ou interroge, contre ce qui est facile à désigner comme ennemi.
Un front contre les questions, contre les nuances, contre l’évolution.
Un Front sidérateur, coup de boule contre la pensée personnelle qui pourrait se déployer derrière l’os convexe de chacun.
Au lieu d’ouvrir de vraies pistes de solution, nos autres candidats réclament notre vote utile et se réclament de barrer la route à une barrière.
Faire barrage au Front : pléonasme politique ! L’inutilité à plein mots, l’inaction batailleuse. Front contre Front.

Face à ce bégaiement du barrage je ne vois que le bief comme alternative. Un canal de dérivation qui relâche la pression en proposant une voie de sortie. Une soupape à idées.
En cessant de fixer l’épouvantail à pensée, nous pourrions nous poser avec justesse sur le monde comme dans nos vies.
Sortir de ce qui nous peine, de l’économie piège, du combat permanent, du confort écrasant, des saloperies cachées.
Oser des évolutions qui ne ménageraient pas la chèvre et le chou mais donneraient un cap enviable.
Oser la proposition d’écoute et de rapprochement au lieu de s’insoumettre à un sempiternel combat.
Pas de facilité immédiate, non, mais au moins de quoi participer, au lieu d’envier ou haïr.
Parier sur la bonne volonté, même chez ceux qui profitent à outrance : ils y viendront.
Réveiller les vrais besoins et savoir pourquoi on se lève, on se parle, on se déplace, on produit. Avoir enfin une bonne raison de se reposer, un vrai pourquoi.

Pourquoi ? Aïe, aïe, aïe ! Oui, oser la question du sens, mais pas seulement la nuit, pas seulement debout.
Et écouter les réponses, toutes les réponses, les faire jouer ensemble : jamais il n’y a de solution unique. Ne pas chercher le consensus, mais l’interculturalité.
Retrouver une culture que l’on pratique au lieu d’en promouvoir le spectacle béant.
On saurait pourquoi on se lève : pour chanter ensemble, jouer ensemble, écrire ensemble, cuisiner ensemble, et bien sûr pour apprendre les gestes et les sensations, apprendre à faire à plusieurs sans pour autant cesser d’être soi. Être un peu fiers enfin de ce que l’on fait plus que de ce que l’on croit.

Et cela ne coûterait pas tant. Juste du temps, et il y en a.
Malgré tout, malgré la course, la compétition, les menaces, les convoitises, les ambitions, les faiblesses, les jalousies, malgré tout nous pourrions. Erreur : nous pouvons !
Mais pas malgré nous : cette responsabilité est la nôtre. Même les urnes ne peuvent nous en dépouiller.
Malgré tout, il faudra bien assumer notre responsabilité et relever la tête.
Les jonquilles y arrivent, pourquoi pas nous ?

Jeudi 3 à la seconde près

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 27 mars, 2017


Une inscrite à l’atelier d’écriture du jeudi vient me voir pour m’expliquer qu’elle a préféré ne pas participer cette fois-ci car un cours déplacé l’empêchait de rester plus de trois quarts d’heure, « et trois quarts d’heure ce n’est pas assez pour en profiter ».
Elle aime écrire. Elle m’a imprimé un de ses textes pour que je lui donne mon avis. Elle n’a pas peur du regard des autres et sait décider en fonction de ce qui lui semble le mieux pour elle. Là, elle estimait n’avoir pas le temps d’en profiter.
Le temps me semble être une notion étrange : chacun s’en fait son idée propre et pêche à le définir efficacement comme à en faire bon usage. Le temps nous échappe lorsque nous tentons d’y réfléchir. Et encore plus lorsque nous n’y pensons pas.
Après chaque seconde une autre seconde se présente, nous en faisons ce que nous voulons, et pourtant nous sommes nombreux à estimer en manquer.
Un rapide calcul attribue quatre-vingt six mille quatre cents secondes à chaque journée.
Un autre m’en a fait consommer un milliard six cent quinze million six cent quatre-vingt mille depuis ma naissance, à quelques journées bissextiles près.
J’ai beau chercher, au moins du point de vue de mes cellules – de leur croissance comme de leur remplacement -, je n’en ai pas perdu une seule : toutes ont servi. Pourtant, il m’arrive de croire perdre mon temps. Mon cerveau me trompe sur cet usage que j’en ai. Nos perceptions nous trompent tous.
Deux mille sept cents secondes, ce n’était pas si mal pour partager quelques plaisirs de plume.
Alors, à jeudi prochain, soit dans six cent quatre mille huit cents autres secondes. Et quelques flocons.

Je ne compte pas les secondes quand je lis A Moi seul bien des personnages, de John Irving.

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