Comme ça s'écrit…


Un temps de chat

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 7 avril, 2019

Dehors il neige des cabochons d’avril. En quelques heures nous sommes passés de 19 à 2 degrés.
Il a fallu refaire du feu. Le bois débroussaillé hier – en short et T-shirt – dans le champ de l’ami Jean-Christophe crépite dans le poêle.
Le canapé accueille profondément ma lecture de Christian Bobin.
Le chat miaule à mes pieds. Il cherche à monter me rejoindre.
Il a l’habitude de se coucher en plein sur mon livre et de me pétrir les cuisses de ses griffes. D’un doigt façon Dark Vador je lui intime de rester en bas. Le tapis devra lui suffire.
Une frimousse de chat n’arbore aucune expression. C’est moi qui y cherche et y trouve cet air désolé qui me fait culpabiliser. Bobin attendra. Je fais signe au chat de monter en me tapotant le ventre. Il hésite. Encore de l’anthropocentrisme de ma part. J’insiste « Allez, c’est bon, je te dis que tu peux ! » Il finit par prendre son élan.
J’ai remis ma chemise molletonnée polaire d’hiver. Le chat la teste du museau fureteur. Sa douceur lui convient. Mieux que cela : il y trouve quelque chose de plus, qui remonte à ses premiers émois de chaton. Il presse le tissu alternativement de ses deux pattes avant, les yeux perdus dans le vague, un ronronnement réflexe au fond de la gorge.
Je ne l’ai pas connu chaton, il a choisi notre maison lorsqu’il avait déjà au moins deux ans. Mais j’ai connu plein de chatons et je les ai tous vus faire ce geste de pétrir autour de la mamelle de leur mère en tétant. Tous.
Sur ma chemise polaire le chat s’offre un trip sans filtre vers le temps de son enfance heureuse. Je ne suis pas dans sa tête mais j’ai envie de croire qu’il vit un moment de bonheur parfait. Je le caresse doucement.
Voilà sans doute l’origine de ma culpabilité lorsque je l’avais empêché de monter. Sans raison valable – oui, même Bobin n’est pas une raison valable quand un chat veut un câlin – je l’aurais privé de ce moment. Je nous en aurais privés. Lui n’en aurait pas eu conscience, et peut-être moi non plus, sur le moment.
Mais maintenant je le sais et je suis content de ne pas avoir suivi la pente de mon premier agacement.
Combien de moments ai-je ainsi perdus pour cause d’autre chose à faire, ou simplement parce que je n’envisageais pas la possibilité de cette perfection imprévue ?
Je ne les regrette pas, je tente de me couler dans le temps du chat : ce qui est est, et rien d’autre.

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Quand le chat a eu fini de pétrir j’ai repris La plus que Vive de Christian Bobin, avec une certaine gêne.

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En passant

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 3 avril, 2019
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Je suis en train de lire le livre de Philippe Lançon retraçant son expérience intime de l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Peut-être est-ce à cause de cette lecture, je ne sais pas, un rapprochement se fait entre deux images, à quatre ans d’écart.

Cela s’est passé à Besançon samedi dernier (30 mars, donc).
La vidéo est diffusée sur Twitter, reprise par la plupart des organes de presse. On y voit un homme armé, tout de noir vêtu, courir dans une rue et frapper un autre homme à la tête, en passant, presque sans s’arrêter.
C’est un policier ou un CRS, il court vers je ne sais où, la vidéo nous le montre débouchant d’une rue latérale, doubler un de ses collègues, tourner l’angle de l’immeuble – il ne peut donc pas savoir ce qui se passe derrière, ce qui mettra à mal toutes les explications contextuelles – se retrouver face à un homme immobile vêtu d’un gilet jaune, ralentir, armer son bras et assener un grand coup de matraque en pleine tête avant de reprendre sa course.
Des vidéos de violence, on en voit pas mal et des deux côtés depuis dix-neuf ou vingt actes de Gilets Jaunes. Pourtant celle-ci résonne en moi avec un malaise supplémentaire. Pourquoi ?

C’est la lecture de Philippe Lançon qui fait la connexion, bien que n’évoquant pas l’image à laquelle je viens de repenser. Il écrit que les tueurs sont ressortis dans la rue et tirent sur des policiers à vélo.
En lisant cela l’image du 7 janvier 2015 remonte.
L’image d’un homme armé, tout en noir, courant dans une rue et tirant au passage, sans même s’arrêter, une balle dans la tête d’un autre homme déjà à terre.

Je sais que ce rapprochement est dégueulasse, qu’il n’y a rien de comparable et que le seul fait de l’évoquer peut me valoir des ennuis. Pourtant il m’habite jusqu’à l’écœurement.
Ces deux images se télescopent dans ma mémoire – je ne suis pas retourné voir celles de Charlie – et y ouvrent une béance.
Je me vois là, au fond, et je ne m’aime pas.

Il y a sans doute en chacun de nous quelque chose qui, sous adrénaline, nous permet de courir et de décharger un peu de violence supplémentaire, sans presque nous arrêter, sans nous retarder, sans souci des conséquences, et filer vers ce qu’on a à faire de plus important.
Quelque chose qui se connecte réflexe et fait agir en mode « ça, je peux le faire » sans prendre le temps de se demander si c’est nécessaire, utile, justifié.
On est là, dans le mouvement, et frapper semble être la chose à faire. Sans raison, juste parce qu’on peut.
On frappe et on file, on oublie (en fait le policier semble avoir fait état du coup dans son rapport).
L’humain est ainsi. Vous comme moi.
Il y a une banalité effrayante là-dedans. Frapper ou tuer devient un geste banal, en passant.
Il faudrait relire Arendt sur le sujet, se rappeler ce qui dort en chacun et ne demande qu’un contexte pour s’éveiller.

Selon la presse, la préfecture justifie l’acte du policer par le contexte, justement. Contexte qui ne serait pas décrit dans la vidéo, mais qui explique tout.
La préfecture a raison, tout est dans le contexte. Chacun est donc dans son rôle, le rideau se lève encore et encore sur la même scène rendue possible. Je ne sais toujours pas quoi en penser. Mais, comme je l’écris en disclaimer de mon avant-dernier roman (Comme des riches) :

Toute personne qui s’y reconnaîtrait ferait bien de s’interroger sur sa façon d’envisager la vie plutôt que de m’intenter un procès.

Mise à jour du 4 avril : d’après notre Ministre de l’Intérieur, « Il n’y a pas d’images de violence policière. » Toutes mes interrogations précédentes sont donc nulles et non avenues. Ouf.
Nos visiteurs de Hongkong et des États-Unis savent donc qu’ils peuvent venir passer le prochain weekend ou leur prochaines vacances chez nous en toute sécurité.

Ce qu’il faut laisser derrière

Posted in Textes par Laurent Gidon sur 1 avril, 2019

manifestant-gilet-jaune-1er-decembre-Paris-AFP

Longtemps avant les premiers blocages de rond-points j’ai pu lire une série d’articles qu’un journaliste – un certain Roland Digoin – a écrits sur le déclassement social : la crainte qu’il éveille chez les classes moyennes, son mécanisme et ses effets dramatiques ultimes.
Cela m’a suffisamment intéressé, touché même, pour que j’en copie les textes.
Point de départ de ce travail d’enquête : un fait divers provincial qui a vu un ex-chef d’entreprise déjà en chute libre déchoir définitivement dans un hold-up pathétique.
Le premier article débutait ainsi :

Les racines du mal : du déclassement social au fait divers, enquête sur les raisons d’une colère.

Comment une famille normale, aisée, parfaitement intégrée dans notre tissu social, peut-elle décliner professionnellement, puis financièrement, et s’abaisser jusqu’au crime ? […] Hollywood ne connaît pas la France, ni la vie de province. S’il n’y a pas chez nous de scénariste compatissant pour écrire un happy end, peut-être y a-t-il quelque enseignement à tirer des drames qui se nouent à nos portes, sous nos yeux, sans parfois que nous en ayons conscience.
Maintenant que les Baby Boomers sont à la retraite les jeunes générations peuvent-elles espérer vivre mieux que leurs parents ? Le « descenseur social » a-t-il pris le pas sur « l’ascenseur social » ? Même si les phénomènes de décrochage sont bien réels ils restent limités en France où les données existantes se montrent assez rassurantes : entre 3,5 et 7 points seulement de progression sur vingt ans, ainsi que le notent les auteurs d’une étude publiée en 2009. Pourtant, notre pays se caractérise par une angoisse importante quant aux risques de « déclassement ».
La crainte d’une baisse du niveau de vie continue de fortement s’exprimer, à chaque élection notamment, et plus fortement encore chez les classes moyennes alors même que leur niveau de vie a presque doublé en une génération (+ 85 % depuis 1970). La question sociale ne se cantonne plus à la périphérie, dans la marginalisation d’une sous-classe désaffiliée, mais au cœur même de la société. La déstabilisation de catégories autrefois considérées comme à l’abri des difficultés s’illustre par de multiples indices tels que la stagnation des revenus intermédiaires, la fragilisation du salariat, le déclassement scolaire des jeunes diplômés et les processus de mobilité sociale descendante.
Assiste-t-on à ce que l’on pourrait appeler un « retournement de situation » ? À la période des Trente Glorieuses, pendant laquelle différentes cohortes de naissance (surtout celles nées entre 1944 et 1948) ont connu un destin collectif avantageux, succède une société post-industrielle où plusieurs ruptures fondamentales viennent, dans un contexte économique qui a évolué, transformer l’organisation de la société. Les statistiques ne disent cependant que ce qu’on veut leur faire dire et restent un outil à la disposition de chaque courant de pensée, de chaque parti politique, pour étayer son discours, mobiliser les énergies ou agiter les peurs. Mais alors, comment donner la parole à ceux qui ne sont ni des chiffres, ni des représentants déclarés d’une classe en chute ? Les déclassés se taisent et surtout taisent leur descente sociale, au point qu’il est difficile de les identifier, même pour des chercheurs de terrain.

S’il n’y a pas dans ces mots une préfiguration du Gilet Jaune je veux bien être pendu au ruban de ma machine à écrire (métaphore, ne mesurez pas la longueur ni la solidité du ruban).
Le journaliste fait œuvre prophétique sans avoir conscience du caractère prémonitoire de ce qui lui échappe à travers ses mots un peu ronflants. Au contraire il se tourne vers le passé et y cherche des figures tutélaires, proches ou lointaines :

En 1966 Truman Capote livrait avec De Sang Froid le « récit véridique d’un multiple meurtre et de ses conséquences » ainsi qu’il le sous-titrait lui-même. Bien que ne visant pas une aussi haute ambition littéraire, c’est en suivant la même démarche de rigueur et d’authenticité que je voudrais ici rendre compte du crime de Pierre Bestin ainsi que des conditions qui ont conduit à sa perpétration. À l’inverse de mon illustre prédécesseur, je n’ai pas eu à rencontrer et interviewer longuement le coupable après coup puisque je l’ai côtoyé en de nombreuses circonstances avant qu’il ne passe à l’acte. Mon aveuglement sur sa situation dégradée reste aussi présent dans ma mémoire que les détails qui auraient pu – qui auraient dû – m’alerter plus tôt. Comme Truman Capote toutefois, et comme peut-être Emmanuel Carrère dont L’Adversaire a marqué les lecteurs tant par l’originalité du projet que par l’empathie avoué de l’auteur pour son sujet, j’ai éprouvé a posteriori des sentiments de plus en plus forts à l’égard du héros de cette histoire.

Je ne retrouve pas le lien vers l’ensemble du reportage, mais je me souviens que l’affaire s’achève de façon dérisoire par l’attaque à main armée d’un supermarché, sans violence effective, mais sans succès non plus.

La situation sociale actuelle me semble soulever les mêmes questions.
Certains Gilets Jaunes ont franchi la ligne de la violence – ligne régulièrement défoncée par les forces de l’ordre – avec le même succès : rien.
Rien ne change chez ceux qui nous gouvernent, et rien non plus chez ceux qui possèdent assez pour désirer le conserver alors qu’ils auraient tout intérêt à s’ouvrir aux besoins des gens de peu.

De quoi faut-il se débarrasser pour être sensible à ce que vit l’autre ?
Que dois-je laisser derrière moi, comment me mettre assez à nu, pour comprendre à la fois le policier qui fait tomber une vielle dame et le boxeur qui fait pleuvoir les coups ?
Je ne peux pas, pas vraiment, ce qui excuse peut-être l’incapacité des décideurs à suivre ce chemin.
Ce qu’il faut laisser derrière, c’est sans doute

Des visiteurs, venus d’ailleurs

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 24 mars, 2019

Ailleurs

Depuis quelques semaines ce blog reçoit la visite de lecteurs uniques venus de Hongkong et des États-Unis. Cette audience internationale me ravit et je tenais à les remercier ici.
Par curiosité, j’oserais même les inviter à me renseigner sur la raison de ces visites répétées qui gonflent les statistiques de mes modestes pages.
En effet, ces lecteurs remontent le temps jusqu’aux origines du blog et picorent les articles un à un, avec me semble-t-il une prédilection marquée pour les textes les mieux troussés ou les plus interrogeants.
Je les en remercie doublement puisque cela me permet de me replonger dans des écrits parfois vieux de dix ans, initialement voués à une lecture kleenex, alors que non, ils tiennent encore la route et peuvent parler à ce que nous vivons aujourd’hui.
Un petit commentaire par le formulaire ci-dessous nous en dira plus, j’espère.

Sinon, quelqu’un qui a dû avoir l’impression d’un visiteur venu d’ailleurs, c’est l’éditeur – mon éditeur favori – qui a reçu la primeur de mon nouveau roman. Dans mon excitation à le lui soumettre je lui ai adressé un ancien fichier avant relecture et corrections. Ah, ça fait propre !
Eh bien, en relisant des articles signalés par le passage des visiteurs hongkongais ou étasuniens, je me suis aperçu que j’étais coutumier de ce genre de cafouillage. La précipitation et l’excitation ne me vont pas au teint.

À ce sujet – le roman, pas l’excitation – j’hésite encore sur le titre. Sera-ce L’Île au début de la mort, promesse poétique un peu morbide, ou Très loin, très vite, qui sent plus le thriller (ou l’emprunt à Jonathan Safran Foer).

Encore une fois, si quelqu’un a un avis il peut s’exprimer ci-dessous. Voire me demander le fichier (le bon) pour une lecture anticipée.

Mise à jour du 26 mars : nous enregistrons aujourd’hui, outre la dizaine de visiteurs des États-Unis et de Hongkong, l’arrivée d’un lecteur de Mayotte. Bienvenue !

Mise à jour du 31 mars : record de visiteurs hier, avec plus de 30 lecteurs américains et une vingtaine venus de Honkong. Toujours sans explication. Je vais finir par croire que ce blog est pisté par la NSA et le MSS chinois. Ils viennent peut-être s’y affronter à coup de citations DonLesques, allez savoir (complot facile).

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Tout en regardant exploser les statistiques du présent blog j’ai lu Un Assassin blanc comme neige de Christian Bobin, et je ne regrette pas.

Des nouvelles

Posted in Textes,Vittérature par Laurent Gidon sur 4 mars, 2019

Février a passé. La réserve de bois tient encore, mais le froid peut revenir.

Jean-Marc Jancovici explique très bien pourquoi prendre un café en terrasse ou un bain de mer en février et en France n’est pas une bonne nouvelle.
La pluie qui tombe enfin ne se contente plus de faire du bien à la terre : on sait maintenant qu’elle rabat aussi les multiples pollutions vers le sol. Nous allons respirer mieux et surtout pouvoir refaire rugir nos moteurs. Joie !
Attendons-nous le moment où tout ira suffisamment mal pour être enfin certains que nous remettre à fumer et boire sans frein n’abrégera plus grand-chose ?

Le sommet Kim / Trump ayant capoté, Washington s’empresse de mettre fin à ses grandes manœuvres militaires avec la Corée du Sud. On en fera d’autres, mais de plus petites, moins menaçantes.
En allant au marché je croise une femme d’un âge avancé qui traverse le square à vélo, un sourire indéracinable illuminant son visage bien ridé : on peut être heureux à tout âge et par tout temps.

Il semblerait que les 39 400 gilets jaunes de samedi dernier n’aient pas perdu un seul œil : le Conseil de l’Europe va-t-il demander à la France de reprendre avec intensité l’usage du LBD 40 ? Le hashtag #RendezLesYeux peine à remplacer #RendezL’Argent, mais me semble plus pertinent, sinon surréaliste.
Avoir des convictions et les respecter tout seul semble ne revêtir aucune importance, mais si l’on y réfléchit sans fausse pudeur chacun n’a rien de plus important que soi-même, alors même seul à résister ça passe.

System Of A Down

Le rock américano-arménien de System Of A Down libère assez d’énergie pour m’assister dans l’écriture du roman en cours : j’échouerais à n’importe quel test anti-dopage à large spectre.
Se souvenir de la tête du médecin qui, ayant admis n’avoir aucune explication, finit par lâcher : eh bien, nous allons entreprendre des examens plus poussés
Dans Alphaville, Godard fait dire à Eddie Constantine en voix off alors qu’il descend par un ascenseur vitré :

D’ailleurs c’est toujours comme ça : on ne comprend jamais rien, et un soir, on finit par en mourir.

La reprise sévèrement ré-axée de L’Île au début de la mort (mon 11ème roman donc, pour ceux qui suivent) commence par :

Je suis ce qui survit et oublie.
Le jour où tu auras la réponse à ta grande question ce ne sera pas selon la voie que tu attends.
La réponse est oui, il y a une vie après la vie.
Mais cette réponse ne t’est d’aucune utilité si tu ne sais pas quelle vie.
Imagine un îlot de sable au milieu de l’océan. Ta vie est ce que tu fais du sable entre deux marées qui le recouvrent.
Tu peux façonner un château, creuser un puits, tracer des signes ou laisser simplement une empreinte de pas.
Fais ce que tu veux, de toute façon à la marée suivante l’eau aura tout effacé, le sable sera vierge.
Je suis le sable de cet îlot.
Toujours présent, toujours prêt à prendre toutes les formes ou aucune, je suis le sable.
Toujours vierge, toujours oublieux de ce que l’on a façonné, je suis le sable.
En chaque instant de toutes les vies de tous les univers, je suis le sable.

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Je lis plein de trucs en même temps, dont le très acclamé [anatèm] de Neal Stephenson.

Février cristal

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 1 mars, 2019

Givre

Le petit rire d’un garçonnet, six ans, sept peut-être, gazouille de branche en branche, mésange légère.
Il joue dans le jardin pendant que son père attend sur la terrasse avec l’oncle Gillou, bière fraîche en main, mousse en moustache. Et son rire qui cristallise l’air tiède en flocons joyeux.
J’ai tendu la slack pour lui en racontant l’arbre de mon fils qui ancre l’un des deux bouts.
C’était il y a dix-sept ans, il avait trouvé une noix et ne voulait pas croire qu’un arbre en sortirait s’il la plantait bien bien. Nous l’avions approfondie au milieu des framboises.
Cristal du temps qui passe et coupe ce qui doit tomber : la sécheresse de 2003 a fauché les framboisiers et laissé seule la frêle tige du noyer qu’ils avaient protégée jusqu’ici des dents de la tondeuse. Seize ans plus tard l’arbre compte ses soixante centimètres de diamètre au garrot et je dois le rectifier chaque automne pour qu’il fasse moins d’ombre et de feuilles au voisin. Il ne m’en veut pas, les noix sont bonnes.
Le petit sur la slack hurle de rire à ma blague : ne regarde pas tes pieds, tu sais bien qu’ils sont au bout de tes jambes.
Chute de la sangle un peu traîtresse. Le petit, cul par dessus tête, se tord de rire sur la gazon d’hiver. Février tout de même, cristaux de gel tous les matins, avant le soleil si loquace. L’astre en dit beaucoup sur les temps à venir, mais je ne veux entendre aujourd’hui que printemps.
Le rire étranglé par l’effort du petit lorsqu’il accepte de m’aider à scier. Le froid croque encore un peu la nuit, il faut du petit bois pour démarrer le poêle.
La mini main dans ma grosse pogne sur le manche, parce que c’est dur quand même de faire mordre les dents. Tire et pousse, tire et pousse, sans appuyer, laisse la scie travailler, c’est pas une faignante : son rire qui pétille dans mon oreille penchée.
Thérapeutique pour convalescent, quelques cristaux, renouveler si besoin.
Ciao février !
C’est l’anniversaire de quelqu’un, pas si loin. Alors joyeux !

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Évidemment je lis L’Homme-Joie, de Christian Bobin (préférez l’édition Iconoclaste originale plutôt que le poche pour la patte manuscrite de l’auteur sur de nombreuses pages).

Une semaine d’arrêt (d’essais)

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 24 février, 2019

Dimanche dernier comme cadeau d’anniversaire mon fils m’a accompagné à la falaise pour faire ses premières voies en tête sur rocher : grandiose !
Grimper en t-shirt un 17 février, pas mal non, Mr Trump ?
Après… eh bien, après ont suivi quelques jours de moins bien.
Un incroyable rhume qui me cloue au lit du lundi midi au mardi soir.
Une brève rémission qui m’incite à aller grimper jeudi et là : malaise vagale, chute et front ouvert sur un caillou.
Depuis, une contracture du diaphragme (on a d’abord cru à un pneumothorax – radio -, puis à une embolie pulmonaire – scanner -, puis à un syndrome infectieux – analyses sanguines – et maintenant c’est juste pas-de-bol) qui me donne l’impression d’avoir trois côtes cassées et me renvoie dans les pommes dès que je me lève un peu vite.
Quel est le sens de tout ça ?
« Ne bouge plus ! » me semble être une bonne traduction en mots de cette injonction physique.
Est-ce tout ?

Pourtant, j’ai déjà l’impression d’être à l’arrêt.
Depuis 2010 tous les manuscrits que j’ai envoyés aux éditeurs ont été refusés. Tous.
Je n’ai donc rien publié à part quelques nouvelles. Au point que, lorsque j’ai repris l’escrime après cinq ans de pause pour cause de ménisques fissurés, les copains m’ont demandé « Et tu écris toujours ? ».

Oui, j’écris toujours. J’en suis même à mon dixième roman, bien que trois seulement aient été publiés. Dix !
Il y a Terra Concerto, suite de Aria des Brumes, écrit pendant le naufrage de mon éditeur et que j’ai envoyé à tous les publieurs d’imaginaire sans recevoir jamais la moindre réponse.
Il y a Quelque chose d’autre, roman sur la relation intime qui se noue entre trois personnages et une manifestation extraterrestre (c’était en 2012, avant Premier Contact, le film).
Il y a bien sûr L’Abri des regards et Persistance, les récits de mon extraction à chaud de la dépression et de mon lien post mortem avec mon père suicidé.
Il y a Une Face, une trace ! roman sur le ski en haute montagne et la quête de soi, plutôt destiné à de jeunes ados.
Il y a Papa va mal, polar noir qui file à toute vitesse en vingt séquences de quatre plans sans la moindre description.
Il y a Comme des riches, roman sur le déclassement social qui ferait joli dans la poche d’un Gilet Jaune.
Voilà, si vous ajoutez les deux Djeeb, cela fait bien dix romans achevés, relus, proposés aux éditeurs, refusés pour la plupart.
Sans compter bien sûr les projets avancés que j’ai foutus au tiroir après le énième refus d’un truc achevé, mais que je ressors régulièrement pour y ajouter un chapitre ou une correction.

J’écris donc toujours, avec énergie, même si je me demande quelle raison j’ai de me démener ainsi.
Écrire, oui, facile, mais être choisi, voilà la difficulté.
Avoir suffisamment de valeur aux yeux de l’autre.
Avoir été choisi une fois, deux fois, trois fois, cela ne suffit pas.
Il faut à chaque fois refaire ses preuves.
Éveiller l’intérêt d’un éditeur, vaste tâche.
Mais aussi éveiller l’intérêt de lecteurs encerclés et attaqués de toute part pour que chaque seconde de leur attention soit rentabilisée.

Ai-je l’air de me plaindre ? Peut-être… mais en fait non.
J’ai juste envie de remercier tout ce qui me permet de continuer à me consacrer à l’écriture, même sans succès. Sans être choisi de nouveau.
Le besoin de reconnaissance est toujours là, mais supplanté par le besoin de sens… qui lui est satisfait.
J’écris parce que c’est là et qu’il faut que ça sorte, sinon personne d’autre ne le dira, en tout cas pas comme ça. J’essaye, en tout cas.

Peut-être est-ce là le sens de cette semaine d’arrêt qui m’est proposée : arrêter d’essayer et simplement faire.
Une façon de lâcher-prise : accepter le réel (réalité : jusque là aucun éditeur ne m’a choisi) et continuer d’agir sur ce qui est de mon ressort (écrire). En y prenant plaisir, diantre !
Faire ce qui a du sens pour moi, même si ça n’en a pas pour d’autres, ou pas d’intérêt, ou pas assez bankable, ou juste pas vu pas pris dans la masse miroitante des informations et propositions qui nous entourent en permanence.
Bref, continuer d’être là.
Faire sans attendre d’être choisi. Faire malgré la sensation d’être rejeté.

Merci donc à la Terre entière d’être là aussi, bienveillante, pendant que je tapote au clavier sans même penser à me justifier.
Pour citer Claude Ponti :

J’ai conscience de ma chance de faire ce que j’aime, d’aimer ce que je fais.

Si, tout de même, une justification : si vous sentez l’envie de lire un des manuscrits achevés, vous n’avez n’a qu’à en faire la demande par message ci-dessous (mise à jour : on constate après une semaine qu’ici aussi tout le monde s’en fout).
Vous en recevrez par retour une version numérique, sans obligation ni contrepartie, c’est cadeau.

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Tout en cherchant le jeu de mots pourri du titre de ce billet je lisais Un Monde à portée de main, de Maylis de Kerangal.

La doctrine fantassine

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 18 février, 2019

Photo Peter Leibing

C’est quelque chose que j’ai touché du doigt en étant militaire à Berlin au 46ème régiment d’infanterie en 1988 : le fantassin sert avant tout de cible.
Bien sûr j’avais une arme, je pouvais tuer des ennemis, détruire des véhicules, voire des bâtiments. Mais surtout, je servais de cible.
Les soviétiques, cent fois plus nombreux, pouvaient nous vaincre quand ils voulaient. Mais cela aurait constitué une agression et aurait justifié une riposte, voire une escalade nucléaire.
Notre fonction de fantassins toujours en patrouille le long du Mur (voire au-delà) ne nous a jamais été décrite ainsi, pourtant elle était claire : servir de prétexte à un éventuel incident diplomatique.
La suite des opérations se serait faite sans nous, à un autre niveau.
Vous auriez d’ailleurs été sans doute tous concernés.

Le fantassin donc ne sert pas à contrôler un territoire ou à valider la présence de son camp, ni même à assurer « le combat débarqué au contact, après approche sous blindage » tel que décrit dans la Doctrine d’Emploi de l’infanterie : il est utilisé à découvert afin d’attirer les coups de l’ennemi pour que celui-ci se dévoile.
Il suffit ensuite d’envoyer les vrais obus, les vraies bombes ou les vrais missiles, et maintenant les vrais drones avec pilotes bien planqués à l’arrière, pour vaporiser l’ennemi qui n’avait qu’à pas commencer.
L’intérêt est double. Un intérêt tactique : avec des pertes légères on porte des coups destructeurs à des forces identifiées et localisées. Un intérêt stratégique : nos fantassins ayant été lâchement agressés, il est tout à fait légitime de riposter avec une force disproportionnée.
On voit aux infos que cette doctrine militaire est toujours appliquée dans toutes les opérations occidentales, en Afrique, en Afghanistan, au Moyen-Orient, partout où nous envoyons des soldats maintenir l’ordre (que nous avons parfois détruit auparavant).

Photo Alain Jocard / AFP

Je me demande si ce n’est pas cette doctrine qui prévaut également dans les opérations actuelles de maintien de l’ordre en France.
Plus je regarde les vidéos des affrontements, plus je repère cette façon de faire en deux temps : on encaisse d’abord, et ensuite on frappe, plus fort. Le dernier coup étant la loi dite « anticasseurs » : la bombe longtemps retenue qu’on se sent légitime à larguer enfin.

Je ne tiens pas ici à m’exprimer sur le bien-fondé du mouvement ou de sa répression, mais dans ce billard à deux bandes, les fantassins qu’on envoie au casse-pipe m’inspirent pitié et colère. Peut-être parce que, à l’âge de 22 ans, j’étais à leur place dans un jeu potentiellement plus dangereux, mais qui heureusement m’a (et nous a tous) laissé rentrer indemne.
Les blessés des deux camps auraient tout intérêt à peser soigneusement leur prochaine action dans ce tournoi de dupes.

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En attendant l’acte XV, je lis Talk Talk de T.C. Boyle (traduction Bernard Turle) après avoir vu l’excellent portrait que Arte lui a consacré.

Sans excuses

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 14 février, 2019

 

Je me suis fait traiter de connard sur facebook. Sous un tweet retransmis par un de mes contacts – tweet où une femme voilée affirme en riant que ce n’est pas son mari qui lui impose le voile puisqu’elle n’a même pas de mari – j’ai répondu (verbatim) : « Comme quoi, pas besoin de mari pour subir une culture patriarcale« .

Je laisse chacun disséquer cette courte phrase, en insistant bien sur le terme subir et le fait que je n’ai fait mention d’aucune oppression, ni même de religion. Je reconnais que l’expression « être sous l’influence de » aurait peut-être été moins polémique, mais bon, il est trop tard.
Car sous ces mots on a vu du racisme, de l’islamophobie, de la misogynie et au minimum de la « violence polie ». On m’a demandé de rectifier mon propos et de m’en excuser. On m’a donc traité de connard, mais aussi de pauvre type, et surtout de mâle blanc dominateur dont le discours serait intrinsèquement oppressif et violent.

Et c’est peut-être vrai.
En tout cas, il est certain que ceux et les (rares) celles qui m’ont répondu sur ce ton l’ont ressenti ainsi. A l’appui de son virulent propos, mon contact facebook m’a renvoyé à ce texte :

FIL DE DISCUSSION ET D’EXPLICATION SUR LES QUESTIONS DE L’OPPRESSION, DES FAUSSES ÉQUIVALENCES ET DE LA LIBERTÉ D’EXPRESSION
Ces derniers temps, il y a une multiplication de certains discours oppressifs inconscients. C’est aux auteur-rice-s de telles paroles que les paragraphes suivants s’adressent en priorité.
[…]
Vos méthodes sont mauvaises parce que VOS MÉTHODES PARTICIPENT AUX DYNAMIQUES DE DOMINATION.
De ce fait, elles sont nocives et je ne peux adopter une procédure de pure neutralité : éthiquement, je dois critiquer et refuser votre discours !
Qu’est-ce qu’une dynamique de domination ? C’est un mouvement qui fonctionne de concert avec les axes d’oppression.
Lesdits axes d’oppression sont […] personnes blanc-he-s => personnes racisées
Ces axes d’oppression sont démontrés par les chiffres et les études. Nous ne parlons pas ici de « points de vue » ou de « positions politiques ». La domination des femmes par les hommes cisgenres hétérosexuels, par exemple, est une donnée concrète, maintes fois vérifiée, et la contester ne peut tenir que de l’ignorance, de la mauvaise foi ou de la volonté de nuisance.
La conséquence directe de ces situations de domination, c’est que certaines actions, positions et discours qui seraient normalement « neutres »… ne le sont en vérité pas du tout ! Parce que les dés sont pipés, que les positions ne sont pas égales.

J’adhère à cette approche qui me semble en phase avec celle d’un James Balwin quand il dit que le racisme n’est pas le problème des Noirs mais bien celui des Blancs et que c’est à eux de le régler, entre eux.
Je voudrais aussi la mettre en parallèle avec les positions de René Girard sur le conflit mimétique et la logique sacrificielle telles qu’expliquées par Hypnomachie.
Il y a peut-être là les conditions d’une guerre de tous contre tous où chacun est à l’affût du moindre écart de l’autre pour le désigner comme ennemi, un peu comme dans la scène finale des Body Snatchers (version 1978).
Quel était l’objectif du post de mon contact en republiant ce tweet déjà ancien ? Était-ce de battre le rappel de ses troupes pour se congratuler et identifier les déviants ? Je ne sais pas, il n’y avait ni commentaire ni explication, et par la suite tout le monde a été bien trop occupé à me démontrer mon racisme, ma misogynie et ma dominance masculine blanche pour qu’on en sache plus.

Aurais-je donc dû m’excuser pour me soustraire à la vindicte ? Je vous laisse le soin de répondre.

James Baldwin

Comme un lundi

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 31 janvier, 2019

Neige et lac

Aujourd’hui c’était lundi sous la neige.
Il y a des gens pour qui le lundi matin est particulièrement difficile. J’ai rendez-vous avec une dizaine d’entre eux, jeunes filles et garçons de seize ou dix-sept ans.
Nous nous retrouvons régulièrement chaque lundi, vers 10 heures, à l’hôpital de jour d’une clinique psychiatrique.

Clinique psychiatrique : le mot peut faire peur ou au moins laisser imaginer de longs couloirs impersonnels traversés de cris et de gémissements étouffés.
Il s’agit en fait d’un vieux chalet perché à flanc de montagne avec vue sur le lac. Ses trois étages biscornus ont été réaménagés en espaces dédiés à des activités… ou à l’inactivité : une salle de sieste accueille les coups de fatigue sur des matelas peuplés de peluches.
Notre pièce est tout en haut, desservie par une succession d’escaliers dignes de Poudlard. Il s’agissait probablement d’une chambre, avant. Elle en a la taille réduite et une salle de bain la jouxte encore.

C’est là que les jeunes arrivent, étourdis et traînants. Je ne sais pas à l’avance combien ils seront. Ce matin nous étions onze en comptant Séverine, l’infirmière cavalière qui les accompagne.
Il a fallu se serrer, la chambre est petite, il n’y avait pas assez de chaises et la disposition des tables ne permettait pas à tout le monde de s’asseoir.
Heureusement l’un des garçons est un prince du Tetris. Sur ses conseils chacun trouve sa place. Nous pouvons commencer.

Commencer quoi ?
Un atelier d’écriture, quoi d’autre ?
Nous en sommes à la septième séance sur le thème du temps et des cycles du vivant.
Ces jeunes sont là parce qu’une souffrance profonde les empêche, entre autres, de suivre le rythme scolaire. Un rythme qui leur impose de pointer à 8 heures au lycée, chaque lundi matin, alors que le lundi… Le thème de l’atelier, appuyé sur une exposition, me semble bien trouvé pour ce public particulier et ce jour particulier.

Depuis sept séances je m’emploie donc à transformer leur lundi pénible en lundi plus ouvert.
Pas le bonheur, hors de ma compétence, mais au moins une envie de se raconter, de partager, d’inventer quelque chose de mieux.
Chaque lundi ils relèvent le défi. Pas toujours, pas tous, j’apprends parfois que certains n’ont pas réussi à nous rejoindre, trop dur, ou pire. Un certain lundi deux jeunes filles seulement étaient là.

Aujourd’hui, j’étais inquiet : grosse chute de neige prévue, route difficile pour rejoindre le chalet… Combien serions-nous dans la petite salle ?
Eh bien, nous n’avions jamais été aussi nombreux.
Le début a été difficile, je ne trouvais pas la clé pour ouvrir les appétits, déclencher les écrits. Certains crayons restaient sur la feuille blanche. Des fronts se reposaient sur des bras croisés. « Pas envie… » « Chuis obligée, m’sieur ? »
Non, pas d’obligation, juste le choix entre participer et s’ennuyer.
Et puis, petit à petit, cela s’est ouvert.
Je ne veux pas ici entrer dans le détail, mais c’était bien, très bien. Émotions et gratitude à l’unisson.
Le texte écrit par une participante lors d’un jeu donne une idée du miracle intime qui se joue, parfois.
Ce jeu consiste à écrire une petite histoire à partir de mots imposés et dans un temps limité, un nouveau mot étant introduit chaque minute.
Les mots de départ étaient Équilibre et Moment, puis Revenir, Étrange, Sensation, avec pour finir Rapide et Éternel.

Par moment, on perd l’équilibre, pas forcément physiquement : sentimentalement / vie perso / problèmes perso.
Puis on « revient à la vie », à ces choses qui nous font tenir debout, chaque jour. C’est étrange, parfois on perd le goût de la vie, puis on le retrouve avec de l’aide, et puis les sensations aussi, sensations de bien-être, ou pas. Pour retrouver le plaisir de vivre éternel, c’est pas très rapide, mais il faut de la patience.

Un bon lundi donc, avec rayon de soleil sur la neige.

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Quand je n’animais pas d’atelier, j’ai lu Leurs Enfants après eux avec un mélange d’émotion et de circonspection.

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