Comme ça s'écrit…


Ce contrebandier de Clint !

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 20 septembre, 2016
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1999, Clint Eastwood produit, réalise et joue dans True Crime, en français Jugé Coupable.

McCormack-Eastwood

McCormack-Eastwood

Dans une des premières scènes, il séduit une collègue journaliste, personnage joué par Mary MacCormack. La femme, bien que très tentée, finit par refuser l’invitation et laisser la star seule au bar.
En 1999, Eastwood  a 69 ans.
Mary MacCormack n’a elle que 30 ans.
Si elle le repousse, ce n’est pas parce que Clint affiche plus du double de son âge, mais parce qu’il est marié et que ce serait une bêtise. Ce qui ne la sauvera pas puisqu’elle meurt dans la séquence suivante.
Le lendemain, la caméra saisit Clint au lit avec une autre femme d’une trentaine d’années, jouant l’épouse du supérieur de la star.
Plus tard dans le film, Clint entre dans une épicerie où une jeune fille habillée d’un boléro de Skaï noir des plus révélateurs se retourne sur lui et le détaille d’un air gourmand. Elle a la vingtaine mais craque visiblement au premier coup d’œil pour se presque septuagénaire.
Enfin, on découvre l’épouse acariâtre du personnage de Clint, incarnée par Diane Venora, 47 ans à l’époque, donc de plus de vingt ans sa cadette.
Si elle lui en veut c’est parce qu’il ne s’occupe pas assez de leur fille de 5 ans.
Parce que, oui, à 69 ans, Clint n’est pas à la retraite mais demeure un journaliste plein d’allant qui parviendra malgré une cuite sévère à sauver le coupable (qui donc ne l’était pas, désolé si je spoile).
La séquence finale voit Clint tenter encore une passe de séduction sur une vendeuse (incarnée par Lucy Liu, 30 ans à l’époque), laquelle, charmée, ne refuse que parce qu’elle a déjà un petit ami.
True Crime relate efficacement l’enquête expresse d’un journaliste qui tente de sauver un condamné à mort quelques heures avant l’exécution. Pourquoi avoir parsemé le film d’autant de scènes parasites laissant entendre qu’un homme plus que mûr représente le fantasme sexuel de toute femme le croisant ?
Quel message Clint voulait-il faire passer ?
Je ne sais pas. Si cela se trouve, c’est un simple réflexe ancré par un siècle de cinéma, hollywoodien ou non. Comme l’avait dit Virginie Despentes lorsqu’on lui demandait s’il avait été difficile de faire jouer des scènes lesbiennes à Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle dans Bye Bye Blondie : elle rétorque en substance qu’il lui aurait été beaucoup plus difficile de leur faire simuler la gérontophilie en les pendant au cou de stars masculines cacochymes rendues irrésistibles par la magie du scénario, ainsi que cela se pratique tant dans le cinéma de mecs. La gérontophilie passant comme plus normale que l’homosexualité.
Et c’est peut-être là le message glissé en contrebande par Clint Eastwood : on vous fait croire n’importe quoi, sans que vous vous en rendiez compte.
Pour que la gérontophilie des starlettes devienne un cliché invisible, il a fallu frapper fort et longtemps.
Mais c’est réussi, on marche, Grace Kelly (1929) craque toujours pour Cary Grant (1904) ou James Stewart (1908), qui sont siiiii craquants avec leur charme grisonnant.
L’inverse ferait rire ou signerait un drame de l’attachement au passé (Sunset Boulevard ou Fedora, sacré Billy !) et ce serait LE sujet du film.
Quand un plan impitoyable montre Clint torse nu, affichant tout l’impact de l’âge sur sa chair, je me dis qu’en tant que metteur en scène il a voulu cela.
Il n’est pas dégoûtant, il est juste très vieux, cela se voit et accentue le décalage avec la fraîcheur de la jeune femme en nuisette allongée sur le lit. Que remarque le spectateur ? Que Clint n’est pas si mal conservé, peut-être.
Et Clint lui-même, habitué des scènes volontiers masochistes, se marre : vous n’avez rien vu de ce que je vous ai montré !
Combien d’autres clichés se sont ancrés en nous, insidieusement, jusqu’à nous sembler évidents ? Des idées naturelles du type « il n’y a pas d’autre solution que le combat à mort contre cette menace » ou « le plus méritant doit l’emporter » ?
Nous baignons dans des mythes qui biaisent nos regards sur le monde, de façon d’autant plus efficace qu’elle est cachée. Et parfois, un raconteur contrebandier nous permet d’en prendre conscience.
Merci monsieur Eastwood, je vous ai reconnu.

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Quand je ne regarde pas de film, je lis La Montagne de Minuit, de Jean-Marie Blas de Roblès.

Ce qui vient et ce qu’on en fait

Posted in Promo,Réflexitude par Laurent Gidon sur 4 septembre, 2016
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Le passé me semble sujet à caution. C’est ce qu’on se raconte, avec tant de variations subjectives d’un raconteur à l’autre que… Bon, c’est le passé.
Le présent ne dure pas. Malgré la forme du mot « maintenant » – ce qui est en train de maintenir – on ne maintient pas le présent, il nous file entre les doigts, c’est déjà du passé, n’en parlons plus.
Et le futur ? Chassons d’emblée le point Lapalisse : il suffirait d’attendre assez pour que le futur devienne présent. Donc passé. Cela semble idiot, mais j’y reviendrai. Sinon, le futur, c’est ce qu’on en fait. Tous.
Si on y réfléchit, assez peu de d’événements se produisent de façon fortuite. À part la météo, la tectonique, les éruptions solaires, les chutes d’astéroïdes et les pannes (encore que, obsolescence programmée, tout ça)… cela me semble tout, corrigez-moi si je me trompe.
Le reste, la politique, la guerre, l’économie, même l’accident ou la maladie, est de notre fait, directement ou indirectement, personnellement ou globalement. Et peut donc être défait avant de se précipiter dans le présent.

Cette longue introduction pour rappeler qu’il n’y a rien de définitif ni d’inévitable dans ce qui se profile. Nos décisions modifient l’avenir à chaque seconde.
Dans son édito du We Demain n°15, François Siegel rappelle que « Non, la résignation serait notre plus grande erreur. Plus que jamais, l’antidote réside dans notre capacité à bâtir un futur désirable… »
Notre capacité, ou notre envie ?
Depuis quelque temps, des initiatives fleurissent dans le monde de la SF pour inciter les auteurs à inventer des futurs désirables. Il y a eu Contrepoint, le concours des Indés bien sûr, et ce tout nouveau Avenirs Radieux chez Rivière Blanche. En avez-vous croisé d’autres ?
Ne sont-ce que des trucs de Bisounours ? De la littérature marginale et sans poids ? Non. Il nous faut des Houellebecq pour mettre le sel sur la plaie, nous dire là où ça va mal. Mais il nous faut aussi des Éric-Emmanuel Schmitt. Et je ne cite que deux auteurs dont le talent m’a touché, vous compléterez la bibliographie. Il nous faut donner du poids aux histoires qui donnent envie de faire l’avenir au lieu de s’en défier. Décrire l’utopie, ce n’est pas ailleurs et demain, c’est ici et maintenant, sinon demain n’existera nulle part, ou sans nous.

L’avenir n’est pas qu’aux politiques, aux ingénieurs et aux financiers. Personne ne fait rien tout seul, et les politiques, les ingénieurs, les financiers, devront s’appuyer sur énormément de monde pour atteindre leurs objectifs. Faire croire énormément de monde à ce qu’ils proposent. Ou au moins compter que ce monde s’y laisse entraîner, résigné, vaincu par les histoires et les mythes qu’on lui raconte depuis des siècles.
Écrire ou filmer des histoires d’un demain qui donne envie, d’un avenir désirable, ou au moins vivable, voilà ce qui fera évoluer les croyances, les décisions, les actes. Apporter une alternative à ce qui paraît inévitable pour qu’un plus grand nombre de nos contemporains se sentent concernés, acteurs et non esclaves de ce qui vient. Réveiller l’envie de décider et agir.
C’est l’affaire des artistes, auteurs, scénaristes, mais aussi des éditeurs, des producteurs, de tous ceux qui font exister ces histoires à grande échelle, mais encore de ceux qui les lisent ou les regardent et in fine « font le marché ».
Chacun a sa responsabilité. Celui qui invente, celui qui diffuse, celui qui reçoit. Chacun, de son côté et à son niveau d’influence, agit sur ce qui vient. Arrêtons de nous plaindre, et votons par nos actes quotidiens POUR l’avenir que nous désirons. Pas contre.

Et attendre pour laisser l’avenir passer, alors ? Aussi bête que cela puisse paraître, il me semble y voir une forme de présence spirituelle au monde. Attendre, c’est le privatif a- devant le verbe tendre : celui qui attend n’est pas tendu. Il se détend, il regarde passer le temps, ne cherche pas à y imprimer sa marque, fait confiance à la bénignité des choses et des êtres.
Attendre et regarder avant d’agir, au lieu de courir et ne plus pouvoir que réagir avec un temps de retard.

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Pendant que je regarde passer le temps, je lis We Demain bien sûr, et aussi La Physique de la Conscience de Philippe Guillemant et Jocelin Morisson.

Quant à vous, lisez Dimension Avenir Radieux, ma nouvelle Sous leurs regards y est, avec plein d’autres utopies. (c’est de la promo, ça ne tache pas)

Supplique à messieurs Sarkozy, Hollande et consorts

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 25 août, 2016
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La chaise vide, notre dernier espoir !

La chaise vide, notre dernier espoir !

Je vous en supplie messieurs qui avez déjà eu le pouvoir et l’avez gâché, ne vous présentez pas à l’élection présidentielle de 2017.
C’est un cri du cœur, un cri de l’âme, entendez-le !
Je sais que vous avez annoncé votre candidature ou que vous vous préparez à le faire. Je connais votre tactique qui consiste à espérer, non pas arriver en tête du premier tour, mais être second, en position d’affirmer « Moi ou le FN, moi ou le chaos ! »
Votre calcul est juste et se vérifiera pour l’un au moins d’entre vous. Pourtant, messieurs Hollande, Sarkozy et consorts (personnes qui partagent le même intérêt dans une procédure), je vous supplie de ne pas poursuivre.
Vous serez élu – l’un d’entre vous le sera – mais sans adhésion, ni à vos idées, ni à vos promesses, et encore moins à votre personne.
Vous allez encore obliger tout un pays à voter contre.
Depuis 15 ans déjà, nous votons contre. Pas tous, certains vous croient, mais la grande majorité d’entre nous a voté «contre pire que vous» à chaque élection présidentielle, et cela tue l’espoir.
Votre persistance mortifère au sommet des appareils et en tête de sondages biaisés nous enferme dans cette situation sans issue.
Faites un geste pour la France, un vrai, je vous en supplie.
Faites le seul geste utile encore en votre pouvoir : ne vous présentez pas.
Retirez votre candidature !
Laissez place, laissez-nous voter pour nos espoirs et non contre le pire.
Retirez-vous avant d’ensemencer encore 5 ans de désespoir.

Si vous restez en lice, je m’engage et j’appelle tous les électeurs qui voteront pour un autre candidat au premier tour à respecter leurs convictions, et donc ne pas voter au second. Ce, quel que soit votre adversaire, même le pire.
Vous serez seul, il n’y aura personne pour voter contre.
Personne d’autre que les quelques derniers croyants de votre religion du pouvoir.

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Tout en suppliant à genoux, je lis Le Club des miracles relatifs, de Nancy Huston. C’est de saison.

Bienvenue dans la bande à Basile

Posted in Admiration,Vittérature par Laurent Gidon sur 11 août, 2016
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Une petite baie de la côte ouest du Cotentin. Le croissant de plage s’étend sur deux à trois kilomètres, face à la Manche d’abord, mais au-delà c’est l’Atlantique et ses tempêtes houleuses. À l’une des extrémités de la baie, un banc de sable lève une vague qui s’ouvre en droites et en gauches intéressantes. Pas tous les jours : il faut que le coefficient de marée dépasse 70. C’est ce que me dit Basile avec son sourire indécrochable.
Basile… Une jeune femme rencontrée sur le parking me l’a présenté comme « le meilleur surfeur de Normandie ». Je lui attribuerais aussi la plus belle moustache. Difficile, moulé comme il est dans une combinaison de Néoprène sans distinction, d’assumer une prestance de dandy anglais. Pourtant Basile y parvient, sans une once d’accent britannique.
Nous ramons ensemble vers la vague. J’ai l’air d’un phoque échoué sur un espar, lui d’un prince caressant l’onde amère. On m’a dit aussi qu’il shape lui-même ses planches – c’est-à-dire qu’il les conçoit, dessine et réalise – et je veux bien le croire. Celle qu’il chevauche ressemble à une Moby Dick de poche. On dirait une longboard lorsqu’il danse vers l’avant et vient en agripper le nez rond de ses deux pieds (les initiés reconnaîtront un hang ten) pendant que la vague casse généreusement sur l’arrière. Mais l’arrière, justement, semble avoir été raboté, aminci, pour filer comme la queue d’une goutte d’eau. Dessous, un effet de papier à la cuve dessine des volutes à dominante d’orange. C’est artisanal, plutôt joli, sans prétention, unique.
Basile ne prend pas la vague : il l’épouse. Une ondulation que mon manque de pratique me pousse à mépriser se lève doucement devant nous. Lui fait « Ho, ho… » sans cesser de sourire, tourne sur place et se coule en deux brasses dans un creux apparu par magie là où il n’y avait rien.
La danse commence. Elle durera quelques secondes, donc une vie de couple féconde qui déposera des graines de bonheur dans le regard de tous ceux qui partagent ce moment. C’est souple, vif, enlacé, intense mais sans brusquerie, cela n’exploite pas mais révèle et magnifie, c’est beau et cela meurt, d’autant plus beau que c’est bref.

L'ami patineur

L’ami patineur

Nous sommes une quinzaine à profiter du spectacle, et des vagues que Basile nous désigne d’un clin d’œil quand il n’est pas le mieux placé. Parfois il échange quelques mots avec un autre surfeur, et je comprends à les entendre qu’il a aussi sculpté cette planche-ci, multicolore et courte comme une savonnette. L’ami de Basile danse également, à sa façon plus vigoureuse, en pompant l’énergie de la vague avec des gestes imitant le pas du patineur… qui n’aurait qu’un patin.
D’autres échangent des saluts lointains, les yeux brillent du plaisir de se retrouver et de célébrer chaque surf comme autant de cadeaux. Aucune hâte ou précipitation, encore moins de compétition. Chacun communie dans ce qu’il a et ce qu’il peut. Un costaud souriant attend la prochaine à mes côtés. Je préfère le prévenir : il m’arrive de faire des erreurs de priorité et il ne doit pas hésiter à me les signaler.
On ne prend pas la vague si quelqu’un d’autre est mieux placé au pic. Mais pour cela, il faut savoir la juger avant que le pic se creuse, justement. Tout un art dans lequel je balbutie malgré ma bonne volonté.
Ici, on me répond qu’il y a en bien assez pour tout le monde et cela me rappelle ce dicton irlandais : quand dieu a créé le temps, il en fait suffisamment. Pour la bande à Basile, les vagues et le temps c’est tout un.
Il me prend de rêver que toute notre belle humanité entre dans la bande. Il y aurait toujours assez de vagues, et de temps, et de tout.

 

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Entre deux sessions, j’ai tenté de lire Check-Point de Jean-Christophe Rufin. Tenu en échec, j’ai relu avec ravissement L’Abyssin, du même. C’est bon, un bon livre bien écrit. Très bon.

Question de culture

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 27 juillet, 2016
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Culture chant

Tous les spécialistes l’affirment : même si le système policier et judiciaire permet de déjouer de nombreuses tentatives d’attentat il est impossible de surveiller tous les lieux, toutes les personnes : des candidats au suicide symbolique par meurtre de masse parviendront toujours à perpétrer leur acte terroriste.
La seule solution consiste non à décourager ces candidats, mais à les détourner de ce projet en leur rendant l’envie de vivre parmi nous au lieu de mourir en nous détruisant.
Notre culture de vie contre une culture de mort. Cela peut marcher. Cela doit !
Mais quelle est notre culture, qu’avons-nous envie de partager ?
Est-ce la culture de la course à la consommation, au supermarché, à l’automobile, au smartphone dernier cri, la culture de la star de foot, des fringues et de la frime top swag, du succès facile de la téléréalité ? Cette culture laisse sur le bord du chemin trop de gens qui, au lieu d’espérer en faire partie à force d’efforts et de réussite, ne rêvent plus que de la détruire.
Ou alors, est-ce la culture de la musique, de la danse, du théâtre, de la peinture, de la littérature, de la gastronomie ?
Oui, bien sûr dirons-nous, c’est ça notre culture, regardez tous ces musées, ces expositions, ces concerts, ces théâtres, ces festivals, ces cinémas, ces restaurants…
Eh bien non. Tout cela, c’est du spectacle, de la consommation. Tout cela laisse sur le bord du chemin ceux qui n’ont pas les moyens d’y prendre part, ou d’y prendre plaisir.
Une culture, c’est ce qu’on fait ensemble. C’est faire de la musique, faire du théâtre, faire de la littérature ou de la peinture, faire du sport ou de la cuisine, ensemble. Pas pour viser le succès ou gagner plein de brouzouf, mais juste pour le plaisir de pratiquer. Ensemble.
En 2016, le Ministère de la Culture ne dépensait que 360 millions d’euros à la transmission des savoirs et à la démocratisation de la culture, soit 3 % des 9,4 milliards de son budget.
Réorienter ce budget vers une pratique de la culture par tous me semble être LA priorité nationale. Maintenant. Pas en 2017, pas même à la rentrée de septembre, mais dès aujourd’hui. Cet été, les passages à l’acte se multiplient. Question de saison, ou question de culture et d’abandon ?
Il y faudra des policiers au début, mais si nous pouvions aller là où des Français ne partagent pas notre culture, avec des profs de musique, de dessin, de théâtre, de peinture, de cuisine, d’écriture… et y aller maintenant, combien de candidats à l’attentat retiendrions-nous ?
J’anime des ateliers d’écriture et je donne mon numéro de téléphone à tout fonctionnaire de la culture qui passerait par-là et déciderait que, oui, on peut et on doit.

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Et pendant ce temps, je me cultive avec Check-Point de Jean-Christophe Rufin.

Ce qui s’écrit

Posted in Textes par Laurent Gidon sur 1 juillet, 2016
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Imaginons un peu que vous ayez écrit quelques romans et nouvelles publiés de façon professionnelle, c’est-à-dire contre rétribution et disponibles en librairie.
Imaginons encore que vous ayez écrit d’autres romans (8 en tout, dans tous les genres, SF, Fantasy, Polar, aventures pour ados, autofiction, littérature sans case…) et beaucoup plus de nouvelles, mais que depuis cinq ans, rien de marquant ne soit publié.
Aucun roman, surtout. L’un d’entre eux a pourtant reçu une bourse de la Région, ce qui vous a aidé à beurrer les épinards mais ne l’a pas empêché d’être refusé par tous les éditeurs auxquels vous l’avez présenté.
Imaginons toujours que vous continuiez tout de même à écrire, non par fierté désespérée, mais parce que c’est vous, votre nature, votre karma même, si vous voulez.
Vous écririez quoi ? Et dans quel but ?
Pendant un temps, vous avez couru plusieurs lièvres, vous disant que dès qu’un livre serait accepté par un éditeur, vous en termineriez un autre du même genre, roman jeunesse sportif par exemple, ou science-fiction non conflictuelle, voire roman noir, pour surfer sur cette onde positive. Les lettres de refus s’accumulant et les années passant, vous êtes contraint à changer de stratégie.
Voire, à abandonner toute stratégie.
À n’écrire que ce qui pousse le plus fort en vous, sans autre objectif que de réaliser (rendre réel) ce qui n’est encore que bouillonnement de neurones.
Depuis quelques semaines (mois ?) ce qui bouillonne a pris la forme d’un roman choral.
Le titre actuel : La Bousculante
Au départ, une réunion qui se passe mal. Quels échos l’onde de choc aura-t-elle dans la vie des différents participants ?
Le récit se développe en une double spirale excentrique autour du moment déclencheur. Comment en est-on arrivé là. Comment chacun réagit après, dans son intimité la plus nue.
Il y a des cris, des pleurs, des coups, des ricanements, du sexe consolateur ou accablant, des tas de choses qui ne peuvent se passer qu’aujourd’hui, dans la société et les rapports perturbés que nous construisons et détruisons avec une constance confondante.
Il y a un style, aussi. Une façon d’entrechoquer actes, paroles et pensées, points de vue et omniscience de l’auteur (c’est moi).
Cela commence ainsi :

Quelques mots et le silence, c’est tout. Cela aura suffi. « Non, ce qu’il nous faut c’est juste changer d’agence. » Celui qui les prononce, Pierre-Alexandre de Rincy, en a l’autorité : pdg du SITeC, la régie mixte qui gère les transports en commun sur la communauté de commune. Changer d’agence ! Il a le droit de le dire, oui. Et pour l’écouter – avec attention, croyez-moi – il y a d’un côté Vincent Néran, dit Vince (qu’il faut prononcer Vinnnns pour lui plaire), patron de l’agence Com’Unique One, Thomas Béranger, le directeur de création de l’agence, et Camille Larue, une rédactrice freelance qui renforce l’équipe créative. De l’autre côté, seulement Charlène Ringot, directrice de la communication du SITeC, qui n’en croit pas ses oreilles et tente de n’en rien montrer pour avoir l’air de toujours gérer, alors qu’en fait…
Changer d’agence. Changer… d’agence !
La tête de Vince lorsqu’il comprend que Rincy ne plaisante pas. La tête de Charlène aussi, en fait, ça lui échappe. Elle n’a pas été prévenue, elle se croit aux commandes, encore. La tête des deux autres, baissée, parce qu’ils voudraient que Vince prenne les choses en main et redresse la situation, c’est lui le patron après tout. Mais Vincent Néran n’est que directeur de l’agence, placé là seulement pour transmettre les décisions, gérer le quotidien et encaisser les chocs. Il n’en peut plus, ce matin. Ce n’est pas qu’une question professionnelle, sa fatigue. Un peu, tout de même. Il pouvait s’attendre à un coup de semonce, juste quelques reproches et la mise en place d’une nouvelle approche stratégique, mais pas cette exécution..
Son problème, c’est ce qu’il croit savoir. Et il croit savoir que le budget des transports publics de l’agglomération est chasse gardée pour Com’Unique. Des accords qui le dépassent, mais sur la permanence desquels il compte. C’est politique. D’où cette impression de sol qui se dérobe, pulvérisé par la remarque de Rincy. Vince voudrait faire quelque chose, il voudrait même en avoir le pouvoir. S’il était honnête avec lui-même,  il reconnaîtrait qu’il ne peut rien parce qu’il ne lui vient même pas la possibilité d’une idée. Il est blanc, vide, sonné. Comme un athée de naissance qui rencontre Dieu : trop dur à gérer.

Si quelqu’un veut s’en faire une idée plus profonde, j’envoie un extrait sur demande.

Loin l’Afrique

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 15 juin, 2016
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Dans un peu moins de soixante pages, je vais quitter La Ferme Africaine de Karen Blixen. Avec regrets.
C’est par le film de Sydney Pollack que sa musique douce m’a touché pour la première fois. Je n’avais pas vingt ans et la voix de Meryl Streep prononçant «J’avais une ferme en Afrique, au pied des collines du Ngong» s’est glissée en moi jusqu’à ne plus me quitter.
Bien sûr, ce n’était pas la voix de Mme Streep, mais celle de l’actrice qui la doublait en français : Évelyne Séléna. Le charme opéra tout de même.
Dans une bibliothèque, j’avais trouvé un exemplaire du livre et appris par cœur cette première phrase, ainsi que je le faisais pour d’autres œuvres qui m’avaient touché. À vous de retrouver, par exemple, «On m’appelle Ismaël» ou «C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar». Je cite de mémoire, je peux me tromper, donc Google ne vous aidera pas.
Quelle n’a pas été ma surprise de trouver, dans une nouvelle édition, cet incipit : «J’ai possédé une ferme en Afrique, au pied du Ngong.» Je n’y retrouvai pas la musique, ni le rythme, comme si un interprète audacieux avait changé une note sur quatre dans la 5ème de Beethoven et comptait nous séduire avec ça.
Trahison ? Non, bien sûr. Cette traduction nouvelle d’Alain Gnaedig (cité sur remarque de Gilles Goullet, lui aussi traducteur) s’appuie sur le texte original en danois, alors que la précédente provenait du texte anglais réécrit par Karen Blixen elle-même. Mais j’y perds une partie de l’émotion éveillée par le film et entretenue par mon souvenir. J’avais tellement aimé la tendresse dont Pollack avait baigné le couple Streep-Redford. Elle était, pour moi, tout entière contenue dans le phrasé nostalgique de ces premiers mots.
Quant au livre, il m’a étonné par son architecture. Pas de chronologie, mais des mémoires agencées par thème, fragmentées quand rien de plus qu’une page doit être dit sur un sujet, répétitives comme peut l’être un songe insistant. On commence par chercher le film, et puis on se laisse aller à visiter toutes les pièces de la maison, en compagnie de sa maîtresse. Sa franchise surprend. C’était un autre temps, les «nègres» étaient «ses gens», elle tirait sans scrupules autant de servals ou de lions qu’il le fallait pour protéger ses buffles, et la passion n’était que suggérée, jamais étalée, encore moins disséquée.
Que montrons-nous de ce que nous sommes, ici et maintenant ? Où est notre vérité : dans le choc des manifestations, dans l’accueil des réfugiés, dans l’affliction des attentats ? Quelle liberté, quelle égalité, quelle fraternité, dans les slogans et les images publicitaires, dans les thrillers à succès, dans les blockbusters à effets numériques ou les pornos en accès libre ? Que diront de nous les traducteurs du futur ?
Si loin, l’Afrique de la Baronne Blixen.

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Après avoir reposé La Ferme africaine, je vais m’attaquer aux trois premiers tomes de L’Épée de vérité, promesse faite à mon fils.

Toujours Plus

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 8 juin, 2016

 

Toujours plus PriseC’est une courte voie d’escalade de la falaise qui surplombe la maison. Courte mais intense. L’ouvreur l’a appelée Toujours Plus.
Le départ paraît évident : au sommet d’une conque à colonnettes, une cassure horizontale invite à enfoncer d’une phalange tous les doigts des deux mains, paumes vers le haut, puis à monter les pieds sur des à-plats grenus afin de se verrouiller sur le bras gauche et dégager la main droite pour la lancer vers une autre fissure, verticale celle-ci, plus d’un mètre cinquante au-dessus et à droite. L’ensemble est évidemment en dévers.

Tout le poids dans les mains.Toujours plus 033
Le problème vient du fait que cette prise clé du départ, la cassure horizontale à prendre en inversé, est située trente bons centimètres plus haut que ma tête. Mon collègue de grimpe mesure moins d’un mètre soixante-dix et doit, lui, empiler plusieurs cailloux pour atteindre la prise.
Bras en l’air, on a beaucoup de mal à faire travailler cette crevasse. On doit monter les pieds au plus vite, en perdition, puis placer le pied droit loin à droite pour se tirer de la pointe et tenter de soulager les mains ou au moins de s’équilibrer.
La tentation est grande de se jeter vers la fissure. Mais ses bords crénelées se pincent en un V aigu qui écrase le bout des doigts. Il faut y aller doucement, négocier l’introduction phalange par phalange. Le bras gauche verrouillé brûle, puis lâche peu à peu. Ça chibre, comme on dit chez nous.

Toujours plus Pince

La fissure pince-doigt

Après ce premier pas tonique, on prendra soin de mousquetonner le point d’assurage avant de remonter le long de la fissure verticale, les pieds trouvant quelques grattons pour faire opposition. Le corps tient dans cette mécanique de pince entre les jambes qui appuient et les bras qui tirent. La fatigue gagne déjà du terrain.
Le problème change de nature. La fissure s’évase, ses bords arrondis n’offrent plus de prise franche, les mains glissent, les pieds aussi, le cœur tape. Il faut continuer, forcer, se démener, transpirer de hargne et de peur mêlées. Une fois redressé au sommet de la fissure, on pourra clipper le deuxième point et éviter un méchant retour au sol en cas de chute.
Toujours plus 025La suite est plus sympathique, avec des pas de dalle moins inclinée où il faut jouer fin du chausson, se placer sur de petites bossettes, visser le bout d’un doigt dans des trous mordants travaillés par les pluies. Mais c’est beau, ça passe. Rien à voir avec la bourrinade du début.
L’autre soir nous avons passé près d’une heure à négocier le premier pas. Nous avons réussi, en force. Une fois la corde placée au relais, une jeune femme qui grimpait avec nous a remarqué une prise à droite – certes loin du départ – et s’en est servi pour d’abord s’élever à bonne hauteur, puis y placer un talon afin d’atteindre la fissure pincée sans risque. C’est inventif et élégant, avec un bonus sécurité appréciable.
Avis à ceux qui veulent Toujours Plus : l’argument TINA* ne marche plus, il y a toujours au moins une autre façon de s’y prendre. Parfois meilleure.
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Tout en récupérant un peu de bras, je lis Le Goût des pépins de pomme de Katharina Hagena.
*There Is No Alternative

Toujours plus cailloux

Les cailloux de Gillou

Au jardin comme dans la vie

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 1 juin, 2016
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Herbe
Avec un peu de pratique, il m’apparaît que le jardinage consiste à se démener pour faire pousser des trucs qu’on s’acharne ensuite à couper dès que ça pousse. Sécateur, tondeuse, taille-haie, à vos rangs !
La phase coupe-coupe me pèse, mais depuis l’an dernier j’ai trouvé comment la mettre à profit : un de mes fils aimant gagner son argent de poche, je le paie au SMIC horaire pour tondre le petit bout de pelouse derrière la maison. Il récolte sa part d’euros et je me détache de cette tâche qui autrement m’énerve.
Problème : lors de son récent anniversaire, mon fils a reçu un billet de sa grand-mère. Sur la base de ce cadeau, et sans pour autant se croire le roi du pétrole, il envisage son avenir financier avec une sérénité accrue et n’a plus besoin de la tondeuse pour se sentir à l’abri du besoin. Mais le printemps pluvieux dope le gazon qui se prend en quelques jours pour une jungle majuscule. Il faut tondre.
Mon fils ayant les moyens de ses besoins n’a plus aucune disposition pour s’en charger à ma place.
Que faire ? J’ai le choix, bien sûr.
Ne pas tondre et accepter la nature telle qu’elle est, avec en plus l’argument prétexte de laisser libre un îlot de biodiversité entre les prés à vaches broutés ras.
M’adresser à mon autre fils, peut-être plus nécessiteux et prêt à mouiller le t-shirt pour gagner ses euros.
M’abaisser à tondre moi-même.
Trouver une autre solution, telle que la location d’un mouton.
Ce qui m’arrive et me pose question, c’est ce qui devrait nous arriver à tous lorsque le revenu inconditionnel (ou plutôt salaire à vie) sera versé à chacun. Certes, un tel revenu n’est pas encore dans les tuyaux, d’autant que des petits malins d’inspiration ultra-libérale cherchent déjà à en dévoyer l’idée.
Mais tout de même, admettons que chacun ait les moyens de faire face à ses besoins sans faire l’esclave.
On ne trouvera plus de déclassé nécessiteux obligé de faire le boulot qui ne nous tente pas mais dont nous voulons tout de même bénéficier (tondre ne me tente pas, mais je veux bien une pelouse tondue).
Il faudra s’en passer ou s’y prendre autrement.
Accepter d’être un super performeur dans son activité ET de faire le ménage avant ou après le travail, voire éviter de salir.
Accepter de prendre son tour pour ce qu’on estime nécessaire, de la production de nourriture à la construction de logements ou de routes, voire à l’éducation des jeunes.
Compter sur les autres pour faire avec nous, et non pour faire à notre place. Rappelez-vous cette scène du film Witness, où toute une communauté Amish construit la maison d’un jeune couple, juste parce qu’ils font partie de la communauté.
En gros, trouver des solutions pour que chacun ait ENVIE de faire le nécessaire, au lieu de l’exiger de quelques-uns du seul fait de leur pauvreté.
Ça me paraît plus intéressant, comme challenge, que de gagner par procuration télévisuelle la prochaine coupe de foot. Plus offensif, aussi…

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Pendant que je ne rêve pas à la prochaine façon de tondre ma pelouse, je lis L’État sauvage, de Georges Conchon, juste pour voir si c’est aussi dérangeant que le film, tout en me demandant dans quel état va nous laisser notre État…

 

L’offensive qui passe

Posted in Non classé,Réflexitude par Laurent Gidon sur 23 mai, 2016
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Le ballet des incompréhensions et des manipulations se danse à deux.
Contre une loi, on manifeste.
Contre une manifestation, on envoie la police.
On s’accuse mutuellement, on y passe la nuit debout, les médias en parlent, tout le monde s’émeut.
Le patronat s’émeut de l’inconséquence du peuple assisté (c’est beau, un patronat ému).
Le peuple s’émeut qu’on lui tape dessus quand il est dans la rue (ça saigne, un peuple ému).
La police s’émeut qu’on l’accuse de violence, alors que justement les violents c’est les autres (c’est bleu, un policier ému).
Le gouvernement ne s’émeut pas, on ne gouverne pas à l’émotion, nous, monsieur, on est dans l’efficace, le difficile mais nécessaire réformisme, vous ne pouvez pas comprendre, on va faire de la pédagogie au tonfa et passer au 49-3 (c’est beau un… en fait non).

Photo publié sur le site de Télérama sans mention de droits

Photo publié sur le site de Télérama sans mention de droits

Tout cela tourne en rond. Certains se prennent à rêver de briser le cercle en passant à l’offensive (voir la réflexion X). Parce qu’ils trouvent toutes ces gesticulations, même quand on casse des vitrines ou des gueules, bien inoffensives. Et ils ont raison sur le diagnostic : c’est inoffensif. Mais quelle offensive ? Mieux organiser l’épreuve de force ? Allons donc…
Mettre plus de force là où la force a déjà fait preuve de son inefficacité me semble assez idiot. C’est peut-être même ce qu’attendent ceux qui disposent de la vraie force pour mettre fin au désordre public : qu’on deviennent vraiment idiots au point de mériter les coups.
Dans ce passage à l’offensive, la solution violente n’en est pas une. Comme le rappelle Pascal Tozzi (auteur de Plaidoyer pour la non-violence) :

Lorsqu’elle s’impose comme une nécessité, elle [la violence] est toujours la moins bonne option, celle d’un acte particulièrement grave et dommageable. D’un point de vue non-violent, il donc faut tout mettre en œuvre pour qu’une option dictée par des circonstances exceptionnelles ne devienne jamais un choix de principe.

Passer à l’offensive, c’est autre chose.
C’est laisser mettre fin à la danse des incompréhensions et des manipulations en laissant les violents danser tout seuls.
Que ceux qui gouvernent se retrouvent seuls à faire de la pédagogie inutile.
Que ceux qui patronnent se retrouvent seuls à vouloir extorquer du travail.
Que ceux qui patrouillent se retrouvent seuls dans des rues désertées et des places recouchées.
Fini, plus de manifestation, de nuit debout, de travailleurs ou de travail.
L’offensive par le vide.

Bien sûr, cela ne se fait pas comme ça.
Il faut s’organiser au lieu de revendiquer. Lordon a raison, revendiquer c’est encore laisser le pouvoir à d’autres.
Être offensif contre la loi travail, c’est tenter de se passer du travail. Pas n’importe quel travail, mais ce travail subordonné qui produit des profits avant de produire de l’utile et aurait besoin d’une loi pour gagner encore plus. La loi tombera d’elle-même.
Passer à une autre forme de travail, une activité consentie pour son utilité. Faire ici et maintenant ce qui doit être fait, tout ce qui doit être fait, et ne plus se défausser sur ceux que la pression économique y obligent pour faire le sale boulot profitable à quelques-uns.
Il y aura une transition. Passer à l’offensive, c’est gérer cette transition.
Que ceux qui ont quelque chose (de l’argent, du logement, des outils, de la terre, du temps…) le mettent à disposition pour que ceux qui n’ont que leur travail ne soit pas obligés d’y retourner. Ni demain ni jamais.
Ça, c’est offensif. Et contre ça, on ne peut pas envoyer la police.

D’ailleurs je le répète, parce que même simple ça vaut le coup : que ceux qui ont quelque chose le mettent à disposition de ceux qui n’ont que leur travail, pour qu’ils ne soit pas obligés d’y retourner. Ni demain ni jamais.
La peur ne changera même pas de camp : il n’y aura plus de peur.
Celui qui veut courir plus vite courra tout seul devant et finira bien par attendre que les autres le rattrapent.
Il sera bien fatigué, on l’aidera à avancer, ou on s’arrêtera tous un moment. Les oiseaux, les baleines et les petits ours blancs nous diront bien merci.
L’offensive, quoi.
Non ?
Nous avons une chambre, un bout de terrain et de quoi tenir un moment, si quelqu’un veut nous aider à bêcher sans retourner travailler.

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Pendant que je passe à l’offensive non-violente, je lis Et j’ai su que ce trésor était pour moi, parce que c’est un des plus beau titres de la saison, je trouve.

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