Comme ça s'écrit…


Redescendre

Posted in Admiration,Textes,Une Face, une trace ! par Laurent Gidon sur 15 juin, 2021
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Il faut que je vous parle encore de Jean-Paul Dubois. Après l’avoir entendu à la radio, l’envie m’avait pris de faire comme lui, et donc d’écrire mon prochain roman en un mois.
De cette ambition à sa réalisation il n’y avait qu’un grand pas, que j’ai franchi tout gaillard.
Voilà, ça y est, premier jet de Une Voie à toi injecté dans le cloud. Ouf !
J’ai claqué l’écran du PC et, au lieu de danser autour avec des cris d’Arapaho éthyliques (comme je faisais avant, ou ), j’ai traversé la France pour aller récupérer mon fils dans sa chambre d’étudiant et nous avons dévalé nord-sud jusqu’à Lacanau pour y tremper nos surfs.
Manière de dire que ça suffisait, l’infusion de clavier.

Mais j’ai surtout prévenu M. Dubois que j’avais réussi.
Il m’a gentiment félicité, m’a parlé de cette « performance » avec ses expressions à lui, comme montagne de mots, sacrée ascension, ou un mois au fourneau. J’en suis encore tout rose de fierté. La fierté c’est bien, ça tient chaud l’hiver, merci M. Dubois : vous êtes au poêle !
(oui, je me chauffe au bois et je fais les blagues que je veux avec le nom des auteurs que je respecte).
Et vous serez dans les remerciements que je me suis empressé de rédiger dès le point final apposé :

Ce livre et son auteur doivent beaucoup…
à Pascal Linden, guide de haute montagne, ouvreur de voies magiques et maître pédagogue de la grimpe…
à ceux qui équipent les falaises, entretiennent les voies, purgent ce qui doit tomber et affrontent parfois la rigidité administrative ou judiciaire pour que nous autres puissions prendre le risque de grimper en liberté…
à tous les Grimpailloux du village, en particulier Magalie, Odile, Gillou, Lulu, Jean-François, Jérémie, Nico, Patrick, Tony, Yannick (les autres, je vous aime aussi)…
à Jean-Paul Dubois (oui, l’auteur Goncourtisé) pour m’avoir cravaché à son insu afin de boucler le premier jet dans le mois imparti…
et à mon père, bien sûr.

Voilà, c’est donc fini. Tristesse post-partum ? Un peu.
Une Voie à toi sera plus sombre que Une Face, une trace.
Un peu comme Harry Potter, d’un tome à l’autre Jérôme grandit et ses lecteurs aussi. Ils pourront, à 17 ans, encaisser certaines situations auxquelles je ne les aurais pas soumis lorsqu’ils en avaient quatorze.
Il va quand même me falloir convaincre l’éditeur. J’ai toutes mes chances : l’éditeur est intelligente, forcément, puisqu’elle a choisi de publier Une Face, une trace.

Comme d’habitude, j’en propose le texte aux bêta-lecteurs qui auraient l’envie de cette sacrée ascension d’une montagne de mots. Contre retour sur les fautes, les faiblesses et les incohérences, ou juste pour le plaisir.

En avant-goût, le Djer dans sa première séance d’escalade :

— Allez, Djer : vas-y, c’est ton moment !
Toute la classe est là, autour de moi. Ils m’encouragent, sympas. Enfin, pas tous. Il y en a que je sens pressés de me voir minable sur les prises. Des jaloux, blessés par ma popularité. Je ne peux que leur pardonner, grand seigneur. Mais comment pardonner à la verticale, ce mythe écrasant qui me toise de haut : douze mètres de mur d’escalade, douze mètres verticaux, infranchissables sans y mettre les mains !
Je vérifie encore une fois le nœud de corde qui boucle sur les sangles de mon baudrier. Un nœud de huit, comme on vient de m’apprendre à le faire. Ce nœud et cette corde vont m’empêcher de mourir quand je tomberai comme un sac. Si tout va bien.
Je vérifie aussi le système d’assurage sur le baudrier de Jérémie. C’est lui qui va m’assurer, c’est-à-dire faire contrepoids et freiner ma chute piteuse. Jérémie est un pro de la grimpe, j’ai confiance. Mais il paraît qu’il faut toujours vérifier deux fois le nœud et le système d’assurage, sur soi et sur l’autre. Il paraît qu’on appelle ça le double check et que ça peut vous sauver la vie. Il paraît… J’en suis à une quinzaine de vérifications et j’ai toujours peur pour ma vie.
— Allez, Jérôme, on t’attend.
La prof s’impatiente. J’ai tergiversé pendant tout le cours et la cloche va bientôt sonner.
— Oui, Madame, je double checke
Je double panique, oui !
Bon, il faut y aller.
Le faut-il vraiment ? Qu’est-ce qui m’oblige à tenter cette exploit incandescent : provoquer la pesanteur, aller chatouiller la verticale, risquer la morsure de la gravité universelle ?
— Jérôme Blandin !
OK, j’ai compris, j’y vais.

Voilà. La suite doit faire dans les quatre cent mille caractères (ou soixante-dix mille mots).
Je n’ai plus qu’à redescendre et me consacrer à autre chose – comme Jean-Paul Dubois – pendant que le texte prend un bon coup de tiroir.

Et peut-être lire enfin Reprendre le Pouvoir, de François Boulo, aux Liens qui Libèrent.

La liberté, la mort

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 18 mai, 2021
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HK, Danser encore…

Cela devient un lieu commun partagé même par des militaires tribunaux et des médias insoumis : on est en train de crever, le risque n’a jamais été aussi grand.
Mais qu’est-ce qui meurt ? La France ?
En ce qui me concerne, la France n’existe pas : ce mot est un fourre-tout que chacun remplit de ses rêves, de ses obsessions, de ses propres ambitions et de ses manques.
La France, pays des Droits de l’Homme et de la liberté ?
Ce pays existe, dans des limites géographiques et dans l’imaginaire de pas mal de monde, mais pas dans la réalité.
C’est une fiction qui selon moi s’appuie sur autre chose : l’attachement et le combat de certains Français aux Droits de l’Homme et à la liberté, lesdits Français pouvant être du monde entier.
Est-ce cela qui meurt ? Cet attachement, ce combat, dans les limites géographiques de la France ? Peut-être.
Peut-être aussi est-ce une bonne chose si l’on sait la voir.
Il faut avoir vu la mort pour rebondir vers la vie. Pour être résilient, selon un mot à la mode.

On ne peut pas parler de résilience sans laisser la parole à Cyrulnik :

«On ne peut parler de résilience que s’il y a eu un traumatisme suivi de la reprise d’un type de développement, une déchirure raccommodée. Il ne s’agit pas du développement normal puisque le traumatisme inscrit dans la mémoire fait désormais partie de l’histoire du sujet comme un fantôme qui l’accompagne. Le blessé de l’âme pourra reprendre un développement, dorénavant infléchi par l’effraction dans sa personnalité antérieure».
Boris Cyrulnik Le Murmure des fantôme (Odile Jacob – 2003)

Les traumatismes s’enchaînent et ne se ressemblent pas, mais ils creusent et la déchirure se fait de plus en plus profonde.
Tout en bas, lorsque lâchera le dernier fil qui nous retient ensemble, la mort nous guette.
N’hésitons pas à descendre au fond de son gouffre et à la regarder en face.
Cette mort a le visage des généraux, des prêcheurs de violences islamistes, de tous les marchands de peur et de vengeance,
elle a le visage de la matraque et du casseur de flic,
elle a le visage du secret d’État et des données personnelles en pâture,
elle a le visage du pouvoir de l’argent sur ceux qui n’en ont pas,
elle a le visage du lobbyiste pétrolier, chimique ou automobile et du realpoliticien sûr de son droit,
elle a le visage urbain des zones fracturées et des palais fermés,
elle a le visage de la détresse qu’on flatte en lui offrant comme un hochet le sacrifice du prochain bouc émissaire
elle a le visage de tous les discours contre, tellement plus efficaces face aux angoisses que les propositions pour…

Cette mort qui nous menace, elle n’est pas à combattre.
Nous pouvons la regarder en face pour trouver en chacun de nous et surtout dans les liens que chacun tisse avec chacun, la force de construire un autre développement.
Notre résilience passe par là.
Nous sommes blessés, tous, reconnaissons-le.
Et reconnaissons la blessure de l’autre : toi, ma sœur, mon frère, qui souffre et crie contre moi alors que seule une déchirure nous sépare.
Viens, je t’écoute.
Viens, je t’accepte sur le chemin à parcourir ensemble.
Viens, n’aie pas peur, ta colère est juste, mais elle n’est pas contre moi.
Viens, la France c’est nous, bien au-delà des frontières, des prochaines élections et des actions en bourse.

————-
Pendant que je tiens mes peurs à distance, je lis Zomia ou l’art de ne pas être gouverné, de James C. Scott traduit par Nicolas Guilhot, Frédéric Joly et Olivier Ruchet.
Et bien sûr je sème avec HK et les Saltimbanks (clic), je remonte la pente avec Cyril Dion (clic), et je danse, je danse

Le matelas par terre

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 7 mai, 2021
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En revoyant un vieux film (Nikita, lorsqu’elle s’installe dans son premier appartement pourri) m’est tombé dessus l’envie – le besoin ? – de retrouver une certaine légèreté de jeunesse.
Le matelas posé directement par terre, juste une endroit pour manger, un endroit pour me laver, le tout dans vingt mètres carrés et basta. La vraie vie est dehors.
Les enfants achevant leurs études cela devrait être envisageable pour dans bientôt. En attendant…

Grimper

Plusieurs semaines de pluie quasi continue, falaise impraticable, salle d’escalade interdite, et revoici l’envie – le besoin ? – de grimper.
Pas seulement me colleter au rocher ou à ma peur de tomber, mais retrouver ce contact avec d’autres qui, pendant quelques heures, ne sont ni profs, ni commerciaux, ni fonctionnaires, ni chauffeurs-livreurs, ni retraités, mais juste grimpeurs.
C’est fort ce qui nous unit au pied des voies, et je ne parle pas de la corde. On mouille la chemise ensemble, pour rien, en pied de nez à notre civilisation du rentable.
Notre président nous reprocherait de ne pas participer assez activement au redressement de l’économie nationale.
On rigolerait bien…

Faut-il moquer Manu ?

En pied de nez toujours, ma réponse est oui. D’abord parce qu’il peut l’encaisser.
Oui aussi, parce que face à lui l’argumentation ne fonctionne pas. Soit il répond à côté, soit il invente des arguments frauduleux qui font passer son action pour incontestable, indispensable et salvatrice.
Ce n’est qu’en se moquant de lui qu’on peut révéler ses erreurs et ses torts sans qu’il puisse répondre autre chose que « Ah ben non, c’est pas gentil, ça se fait pas. »
Contre l’argumentation moisie et les éléments de langage puant le vieux fromage, la moquerie fonctionne encore.
Subir une domination de fait, d’accord, mais avec la liberté d’en rire.
Désolé, monsieur le président, c’est l’époque, il ne nous reste que ça.

Soulcié / Télérama
Soulcié / Télérama

Lit (braire)

Voici déjà quelques samedis je suis allé en ville fêter la librairie indépendante.
Soit un petit marathon des librairies d’Annecy : j’entre dans chacune en criant « bonne fête » et j’en ressors après quelques mots sympas avec un livre acheté.

Sauf chez la seule libraire estampillée jeunesse de toute la ville.
Je lui demande si elle a Une Face, une trace ! en rayon (pour lui envoyer des clients, pas pour frimer).
Elle ne connaît pas. Je lui dis qui en est l’éditeur, tout de même installé dans le même département.
« Ah ben non, les Éditions du Mont-Blanc on fait pas. »
Je lui rappelle que c’est local, avec plusieurs collections jeunesse et des auteurs du coin.
« Non, on fait pas, je vous dis. On peut pas tout faire, hein, y a pas la place. »

À l’âge où je posais mon matelas par terre je me serais peut-être emporté.
J’aurais argumenté, contesté sur le fait que des librairies bien plus petites et même pas spécialisées jeunesse ont la place de le présenter, et même (horreur!) le temps de le vendre.
Seulement voilà, j’ai l’âge du matelas posé sur un sommier.
Je ne choisis pas mes combats, mais mes amis. Et surtout je choisis de ne pas avoir d’ennemi, ni de colère.

Une voie à moi

En rentrant j’ai transformé mon envie de grimper en pulsion – en besoin ? – de clavier.
Voilà plusieurs semaines que je prépare des dossiers pour des bourses ou des résidences d’auteurs. Tout est parti dans les temps, j’ai fini. Il ne me reste plus qu’à écrire pour de vrais lecteurs et non pour des jurys.
C’est venu comme une vague. Il m’a bien fallu la surfer. Une vague grosse comme une montagne.

Elle s’appellera Ta Voie à toi.
Si vous reconnaissez dans ce titre de travail la scansion et les voyelles répétées de Une Face, une trace, vous avez bonne oreille.
Ce sera la suite. On retrouvera Jérôme deux ans plus tard, plus grand, plus fort, et avec de plus gros problèmes.
Il y aura du ski et de l’escalade. De l’amour, des dilemmes et de la mort.
Un premier synopsis a vu le jour. Quelques chapitres aussi. J’aime bien, ça prend tournure.
Je vais essayer de faire comme Jean-Paul Dubois et tout écrire en un mois, à peu près.
En voici l’incipit :

La verticale n’est qu’un mythe. Voilà, c’est dit, je peux m’en détacher.
La pesanteur, cette force qui me cloue au sol ? Une croyance, rien de plus. Nous sommes juste très nombreux à y croire. Ce n’est pas si grave.
Une croyance sans gravité… Ha, Ha ! C’est bon ça, jeu de mots à garder pour ma prochaine vidéo : « la pesanteur n’est qu’une croyance sans gravité ».

Vivement la suite ?

—————-
Dans mon marathon des librairies j’ai trouvé Watership Down de Richard Adams, traduit par Pierre Clinquart dans la très belle collection Les Grands Animaux de Monsieur Toussaint Louverture (c’est l’éditeur).

Moi, président…

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 7 avril, 2021
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Moi, en premier de cordée


Il se trouve – je l’ai bien cherché – que je suis président d’une association. Un club d’escalade.
Nous comptons 180 membres, un comité de 10 volontaires et un bureau avec secrétaire, trésorier, vice-président, et donc moi-même. Ça ne fait pas une nation, ni un pays, je le reconnais.
Mais il y a déjà une certaine responsabilité.
Surtout qu’en escalade chacun met sa vie en jeu en la remettant dans les mains d’un autre qui l’assure.

Je vous en parle, non parce que ce poste de président m’ait appris grand-chose sur le pouvoir, mais parce qu’il m’a confirmé quelques idées sur son usage.
Déjà, j’ai pris le job parce que personne d’autre n’en voulait : ce pouvoir-là est une charge plus qu’une satisfaction en soi.
Ensuite, je l’ai pris avec assurance, mais avec une certaine humilité : je n’ai pas de compétence particulière en la matière, je ne sais ni organiser l’action ni motiver les personnes. Pas mieux que quiconque, en tout cas.
Mais il fallait que quelqu’un le fasse, il y avait des trucs à organiser et des gens à motiver.

C’est dingue ce que la position de président permet.

On peut inciter des gens à réfléchir sur des trucs – qui les concernent ou non – auxquels ils n’auraient pas forcément pensé par eux-mêmes, et surtout pour lesquels ils ne se sentaient pas de légitimité.
Lorsque je demande à un membre du club de réfléchir à quelque chose, elle ou il se sent légitime et réfléchit intelligemment.
Il suffit ensuite de bien l’écouter pour valoriser cette légitimité toute neuve.

On peut aussi (et même, on doit) inciter des gens à se mettre d’accord – donc à nourrir une opinion et parfois à en changer – sur des sujets dont ils se fichaient peut-être avant, mais voilà, je le leur ai demandé, alors ils s’y mettent et en parlent.

Et surtout, on peut soi-même – oui, Moi président – démarrer avec des idées bien réfléchies et bien tranchées sur un sujet, une façon de faire, une ambition, et en changer en écoutant les réactions des autres.
C’est dingue ce que l’on peut apprendre, en présidant. Sur les sujets évoqués, et surtout sur soi-même.
C’est dingue cette sensation d’avoir raison et de tout savoir… qui s’évapore au contact de la raison et du savoir des autres.
C’est dingue cette capacité qu’on se découvre à changer d’avis en se meulant aux avis des autres, pour peu qu’on ait la volonté de faire du mieux possible, et pas simplement de s’imposer.

Bien sûr, pour que ça marche il faut bien choisir les autres en question.
Pas des béni-oui-oui, ni même des gens très droits mais qui sont déjà d’accord avec soi.
Non, il vaut mieux intégrer dans l’équipe des gens qu’on connaît pour leur capacité à traquer la petite bête, à ne pas voir les choses comme soi, même à compliquer le truc pour rien, parfois.
Il faut s’offrir les services de gens qu’on trouverait pénibles, justement parce qu’ils poussent à creuser les questions et à les poser autrement.
Il vaut toujours mieux bien réfléchir avec des pénibles pas d’accord plutôt que se prendre leur révolution dans la figure plus tard.

Moi président, souvent je m’énerve en silence, je remballe mes idées géniales, je me tais au lieu de chercher à faire plier l’adversaire (avant de m’apercevoir qu’il n’y a pas d’adversaire, bien sûr).
Moi, je dois être un mauvais président.
Merci donc à tout le club qui m’aide à me hisser à la hauteur.


——–
Tout en assumant ma charge présidentielle je lis L’Intelligence Artificielle et les chimpanzés du futur, de Pascal Picq, en préparation d’un futur projet d’écriture.

Rien de Commun

Posted in Admiration par Laurent Gidon sur 29 mars, 2021
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J’ai voulu donner, à rebours des modes et des tendances de nombrils, un grand roman populaire aux éclairages violents et faire revivre le Paris de la Commune, ses joies, ses exactions, ses excès, ses amours, ses énergies refoulées.

Ainsi Jean Vautrin débute-t-il l’introduction au magistral Cri du Peuple, l’adaptation de son roman par Tardi en quatre tomes de bande-dessinée.

« J’ai voulu ramasser la torche jamais éteinte de ceux qui l’ont tenue pendant deux mois et demi seulement et ont éclairé le monde conservateur de leurs utopies généreuses » continue-t-il avec des élans magnifiques jusqu’à dire que Tardi pourra « mieux que quiconque donner évidence, universalité, vie et force et gouaille et courage et dignité, au désespoir des jours bernés ou à la rage de vivre de ceux qui avaient trouvé leur destin au bout des barricades. »

Il y a du lyrisme dans la Commune telle que vue par Vautrin, avec aussi de la boue et du moche. Il ne faut pas s’y tromper.
Mais tout de même, on peut y voir du commun avec ce que nous vivons aujourd’hui, 150 ans plus tard, sous des conditions et des pouvoirs tout autres, avec toujours ce désespoir des jours bernés et la rage de vivre.

Au-delà de Vautrin et Tardi, de leur recréation bigarrée de la Commune, peut-être y a-t-il quelque chose à apprendre de ces 70 jours de fièvre et de sang, d’espoirs et de massacres, de tentatives et d’erreurs, nous qui sommes depuis plus d’un an sous la botte, non d’un virus, mais d’un pouvoir qui infantilise, sanctionne, profite.

Les livres qui traitent du sujet sont nombreux. On pourra en faire le tour dans le monumental (1438 pages!) La Commune de Paris, collectif coordonné par Michel Cordillot aux éditions de l’Atelier.
Bien sûr on regardera Les Damnés de la Commune (clic) sur Arte.tv (c’est gratuit jusqu’au 20 mai, ça ne coûte que le temps qu’on lui consacre, et ça le vaut !).
Il y a surtout de quoi s’y frotter, discuter, échanger, rêver, changer aussi…
Et peut-être éprouvera-t-on une étrange nostalgie du temps présent.
Non, vraiment, rien de commun dans cette Commune…

Merci Messieurs Vautrin, Tardi, Cordillot…

Moi, les hommes…

Posted in Admiration par Laurent Gidon sur 24 mars, 2021
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C’est un petit livre à la couverture violette qui me fait de l’œil, mis en avant par la médiathèque d’Annecy.
Je me souviens d’une polémiquette à effet Streisand datant déjà de six mois et j’attrape l’exemplaire au passage.
Juste après, l’ostéopathe qui doit me remettre la cheville en ligne m’annonce qu’il a trois quarts d’heure de retard et m’invite à aller attendre au soleil. J’accepte et ressors lire une bonne moitié du bouquin.

Cette introduction très perso juste pour mettre en lumière un fait trop souvent ignoré ou minoré par les hommes dit « féministes » : même en voulant parler du livre de Pauline Harmange je commence par parler de moi.
Moi, les hommes… Je comprends qu’elle nous déteste.

La seule chose à faire, lorsqu’on est intéressé ou interpellé par la parole d’une femme qui parle des hommes, est de se taire et de laisser la place.
Ce qui suit ne sera donc que des extraits de son ouvrage.
Ils sont dans l’ordre des pages, à vous de renouer les liens logiques et – mieux – de compléter en lisant le livre (clic) .

Moi les hommes, je les déteste

L’accusation de misandrie est un mécanisme de silenciation : une façon de faire taire la colère, parfois violente mais toujours légitime, des opprimé.es envers leurs oppresseurs.

Outre le fait qu’elle décrédibilise la cause des femmes, il paraît que la misandrie est très difficile à vivre pour les hommes : une violence insoutenable qui, à ce jour, totalise l’intolérable forfait d’exactement zéro mort et zéro blessé.

Finalement, la misandrie est un principe de précaution.

Le moins que puisse faire un homme face à des femmes au discours misandre, c’est de se taire et d’écouter. Il apprendrait plein de choses et il en ressortirait grandi.

En détestant les hommes nous ne faisons de mal à personne.

On confond souvent colère et violence, pourtant ces deux mots ne vont pas toujours de pair.

Parce qu’en soi, les conflits, c’est plutôt positif.

C’est fou ce qu’on peut s’oublier quand on est écrasée au quotidien par le poids de l’importance masculine.

Quand je doute, je repense à tous ces hommes médiocres, qui ont réussi à faire passer leur médiocrité pour de la compétence par un tour magique de passe-passe qui porte le nom d’arrogance.

Pour les femmes, il y a une nécessité à être en couple, parce qu’une femme seule n’a pas autant de valeur aux yeux du monde qu’une femme qui appartient à un homme.

Les masculinités toxiques qui nous oppressent sont forgées dans les cercles masculins fermés. […] À les entendre, ils ne font que passer du bon temps, ils s’amusent et s’entraident. En réalité, ils exacerbent leurs virilités pour étendre leur pouvoir et consolider leur réseau, le tout dans un grand combat de coqs. Ou plutôt dans une grande corrida, puisqu’en fait, ce n’est jamais eux qu’ils blessent dans le processus.

Détester les hommes et tout ce qu’ils représentent est notre droit le plus strict. C’est aussi une fête.

Ah, encore une chose : ami homme, si toi aussi tu souffres de masculinité toxique, tais ta bouche (c’est par là que ça sent le plus fort).

Pauline Harmange

Prenons des risques

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 17 mars, 2021
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Lorsqu’un grimpeur se casse la figure d’une falaise ou se prend un caillou sur le coin de la face, au lieu d’estimer que le risque est inhérent à la pratique et que les précautions pour le réduire sont à la portée de tout le monde, voilà qu’on cherche le responsable qui sera, fonction de la situation, le propriétaire des lieux (fallait pas autoriser l’accès), l’équipeur des voies (fallait pas équiper là, ou pas comme ça), le délégataire, fédération sportive ou administration (fallait entretenir, garantir la sécurité, ou prévenir et interdire).

Lorsqu’un virus nous met à mal, au lieu d’estimer que le risque de contamination est bien connu (même s’il évolue) et que chacun dispose des mesures de précautions adaptées à sa situation propre, voilà qu’on nous déresponsabilise en nous interdisant, enfermant, contrôlant, pour que le risque soit ramené à zéro.

Mais le risque s’en fout, le virus galope, les pierres dévalent les falaises, les piétons traversent en dehors des clous, il n’y a plus moyen de vivre et de mourir selon les règles, ma bonne dame.

L’expression « prendre des risques » est pourtant assez parlante.
Un risque, ce n’est pas quelque chose qui serait à côté de nous, menaçant mais qu’on pourrait repousser, interdire au besoin.
Un risque c’est quelque chose qu’on prend, quelque chose qu’on a à soi et qui n’existe même pas tant qu’on ne le prend pas.
À rester sur mon fauteuil je ne risque rien d’autre que l’ennui de la mort.
Sortir, vivre, c’est prendre ce risque de faire advenir autre chose que cet ennui mortel.

Risque d’ennui mortel (allégorie)

Il ne s’agit pas de courir le risque à tous vents, de le nier ou de ne pas s’en soucier, mais bien de le prendre, de se l’approprier, d’en avoir une conscience juste et de ne pas le déléguer.
Se responsabiliser. Ne pas rejeter sur les institutions et leurs interdictions en rafale la gestion de ce risque.
Peut-être pas s’en faire un ami, mais au moins un compagnon de voyage, le sel sur la vie : ne parle-t-on pas du goût du risque ?
Le risque comme compagnon permanent, veuillez noter, M. le Président…
Accepter le risque comme compagnon et accepter ma responsabilité conduit irrémédiablement à me libérer d’idées fausses sur ce que je fais de ma vie, l’impact réel qu’ont les autres sur son déroulement et le pouvoir personnel que je peux gagner.
Libérer le pouvoir personnel de chacun, veuillez noter encore, M. le Président.


Ici pointe son nez le risque qu’on fait courir aux autres.
OK, je me gère, je prends mes risques, mais est-ce que je prends les tiens aussi ?
Rouler à cent-vingt en ville ou balader son virus sous les nez de mère-grand, est-ce un bon compagnonnage du risque ?
Encore une fois, l’institution et ses contrôles, en voulant réduire ces risques partagés ou diffusés, nous incite à ne plus en prendre conscience : on pense plus au risque de se faire choper par le gendarme qu’à celui qu’on jette à la figure de l’autre.

On parlera peut-être ici d’antitélie, comme chaque fois qu’une action va à l’encontre de l’objectif affiché.
On constatera aussi que si l’on s’est détourné de l’objectif affiché, un objectif secondaire de contrôle et de déresponsabilisation est, lui, largement atteint.
La présentation récente au niveau européen d’un Passeport Sanitaire pour « faciliter la liberté de mouvement » dépasse ainsi la simple antitélie pour aborder les rives – déjà ardemment foulées – de la novlangue orwellienne, où : la liberté, c’est le contrôle ! C’est le risque, ma bonne dame…

Quant à la notion, devenue triviale, de rapport bénéfice-risque, qu’en dire sinon qu’elle définit assez bien la vie en tant qu’expérience risquée. À risque zéro, bénéfice zéro, le rapport paraît nul, mais il est surtout impensable en termes mathématiques. La vie, c’est le un, le grand tout, l’unité fondatrice puis expérimentée dans toutes les incarnations, de l’archée (clic) à l’Humanité entière.
Et ce un, c’est le rapport d’un bénéfice sur son risque équivalent : gros risque, gros bénéfice, unité.
Veuillez noter, M. le Président, que même sans parvenir à l’unité il est probable que dans les temps à venir nous prenions le risque de ne plus vous déléguer la gestion de nos vies.

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Prenant régulièrement le risque d’attraper un livre sur les rayons de la bibliothèque sans rien en savoir (ne JAMAIS lire la 4ème de couverture), me voici en train de lire La Tunique de glace, de William T. Vollmann, traduit par Pierre Demarty.

Scriptorium

Posted in Berliner Round,Promo,Une Face, une trace !,Vittérature par Laurent Gidon sur 10 mars, 2021

Petit point sur les travaux en cours.

Une version présentable de Berliner Round (présentable… à un éditeur, bien sûr) est achevée après plusieurs mois de retravail.
Le bébé atteint un total de 640 mille signes (espaces comprises, toujours) ce qui donnerait un joli bouquin d’au moins 350 pages. J’ai commencé à sélectionner les maisons que cela pourrait intéresser.
On oublie d’ailleurs souvent de mentionner ce travail très chronophage et dispendieux (car non rémunéré, bien sûr) parmi les multiples activités de l’écriveur : chercher son prochain éditeur.
Même à l’auteur bien installé au pays des lettres il suffit qu’un projet abouti ne convienne pas à son éditeur habituel pour qu’il lui faille se remettre à un travail de débutant, prendre son téléphone, son courriel ou sa plume afin de dénicher le professionnel adéquat. En l’occurrence, je ne vois pas les éditions du Mont-Blanc ou Mnémos endosser mes souvenirs de service militaire.
Alors il faut tamiser la toile et préparer des courriers – voire des dossiers complets – pour mettre en relation ce texte et l’entreprise qui le mènera peut-être jusqu’en librairie. C’est du travail.

Autre travail, une relecture express de Très loin, très vite, pour une prépublication sur la plateforme Scribay. Relecture salutaire puisqu’elle m’a permis d’apporter quelques améliorations à ce roman d’aventures que je continue de trouver très bon (autosatisfaction décomplexée), notamment en changeant le genre du narrateur. C’est maintenant une narratrice qui, étincelle de conscience cachée dans l’esprit du héros, nous conduit à travers l’immensité de ses mémoires émotionnelles.
Dans la foulée, je le propose à de nouveaux éditeurs (donc : tamisage de la toile, rédaction de courriers, remplissage de dossiers…).
A ce sujet, je me permets de signaler à quelque écriveur de passage le très utile site edit-it.fr (clic) qui recense la plupart des maisons d’éditions (un annuaire, quoi) et permet de les trier selon des critères intéressants, notamment le type de textes publiés ou l’acceptation des manuscrits par mail (bien mieux qu’un annuaire, donc).

Pour assurer la promotion de Une Face, une trace ! j’ai passé un certain temps à faire le tour des librairies locales, à rédiger des dossiers de presse et à faire acte de présence sur les résosocios. Ce temps est prévu par contrat avec les éditions du Mont-Blanc, mais pas payé.
L’attaché de presse de l’éditeur (merci Claude!) me tient au courant de ce qui peut s’en dire ici ou là. Pour l’instant, nada ou presque. Heureusement, j’ai des retours directs de certains lecteurs qui me rassurent : le livre plaît. Et les libraires, l’ont-ils lu ? Allez savoir…

Je viens aussi de passer un certain temps à remplir un dossier de demande de bourse d’écriture qui, si je l’obtiens – devrait me permettre de participer au budget familial dans les mois qui viennent.
J’avais déjà pu bénéficier d’une telle bourse en 2010 pour L’Abri des regards.
Cette année, j’ai commencé par monter tout un dossier sur La Bousculante, roman énervé que je cogne régulièrement depuis près d’une décennie sans parvenir à lui donner une forme définitive. Et puis, après une bonne semaine de travail (rédaction de synopsis et présentation, sélection d’extraits dans un fichier comptant déjà plus de quatre cent mille caractères), je n’y crois plus, j’abandonne.
Mais je n’abandonne pas la bourse, au contraire. Je reprends tout à zéro et réussis à boucler à la limite du temps réglementaire.
Dans la lignée de ma collaboration avec les éditions du Mont-Blanc, c’est maintenant pour un projet orienté escalade que j’impètre : Nulle Part n’existe pas.
Voici ce qu’en dit le synopsis attaché à mon dossier :

Aborder l’évolution d’une relation toxique par l’intermédiaire des sensations physiques. D’une guerre des corps que tout oppose, conduire les personnages vers la paix des esprits.
Le corps du père, toujours en quête de légèreté, appelé vers le haut, la montagne, la verticale, mais empêché par le poids du travail, de la famille, du passé.
Le corps de la fille, solide, puissant, ancré dans une horizontalité fonceuse, mais qui apprend à s’élever, acquisition d’une dimension complémentaire indispensable à son équilibre. C’est au moment où elle atteint cet équilibre aussi émotionnel que physique qu’il se dérobe sous elle dans une chute fatale. Fin du combat ? Non, car le père ne s’avoue pas vaincu et poursuit seul cette bataille déjà perdue.

J’attends le verdict avec une certaine impatience (mon banquier aussi). Et j’en profite pour avancer le projet, notamment en écrivant le chapitre final (il me suffira ensuite d’inventer le milieu pour le recoller à l’incipit).
En voici le dernier paragraphe :

L’hélicoptère l’arrache au sol et ne l’emmène pas seulement vers l’hôpital. Il s’envole vers le temps qui vient, vers la vie qui propose et exige, vers sa femme qui ne sera plus la mère de personne, lui en voudra tellement et s’adaptera peut-être à la brutalité de ce qui vient de changer. Il ne délire plus, laisse échapper ce qui collait encore à lui de l’âme de leur fille. Une délivrance parallèle à la libération du chagrin. Bien-être opioïde et larmes en cascades. Les secousses de la carlingue activent le mélange des sensations éparses comme les couleurs d’un pot de peinture jeté sur la vie et un tout nouveau continent s’ouvre à lui.

L’aiguille de la Dibona, où se cristallise la fin du livre

Autre activité qui m’occupe depuis quelques jours : ma comptabilité professionnelle.
C’est incroyable ce qu’il a fallu d’invention à nos dirigeants successifs pour contrôler et disséquer nos revenus afin d’en presser tout le jus.
Chaque année, la même constatation catastrophée sur la complexité et la technicité des multiples outils à mettre en œuvre dans un seul but : que pas un seul euro ne passe à travers les mailles. Le marché de la comptabilité me semble être, à égalité avec celui des avocats, le gouffre majeur de notre économie pseudo-libérale.
Imaginez par exemple qu’il faut une feuille de calcul spéciale pour ventiler une taxe – la CSG, pour bien la nommer – afin de séparer sa part déductible des revenus de sa part non déductible en prenant en compte les réintégrations de l’année N-1 et les appels de cotisation de l’année N. Et ce n’est qu’un exemple parmi les dix ou quinze autres calculs que je dois ensuite soumettre à l’approbation d’une association de gestion avant – gloire ! – de l’adresser aux services de l’Etat – cette entreprise à le gestion calamiteuse – pour avoir le droit de contribuer à la richesse nationale (euphémisme).

Heureusement, une entorse vicieuse me cheville à mon siège et m’aide à rester sourd aux appels du beau temps qui réjouit les falaises. Les copains grimpent sans moi. Le bouleau abattu qu’il faudrait débiter attend patiemment mon rétablissement.

Débiter le boulot, c’est ma croix…

Ah, dans cette frénésie calculatrice et rédactionnelle j’ai trouvé le temps, l’énergie et un peu de créativité pour écrire une page du prochain Djeeb, Scoriolis, lequel avance à un pas de sénateur arthritique.

Les Malgré-Tout

Posted in Textes,Vittérature par Laurent Gidon sur 9 mars, 2021

Les Malgré-Tout sont de sortie
celles qui chaque année nous rappellent ainsi
que malgré toutes nos âneries
malgré nos peurs ou nos soucis
ces culs-de-sac et ces ennuis
où nos stupides envies
et nos abandons nous ont mis
malgré les réalités qu’on fuit
dehors ça continue : la vie
Malgré nous ?

Malgré la Covid, l’inflation, le climat et l’entorse qui me vrille, j’ai ressorti Les Furtifs de Alain Damasio, abandonné à sa sortie dès le premier chapitre, et puis voilà, je m’y remets, pas si mal.

« Car la peur tue l’esprit… »

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 25 février, 2021
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Alessandro Lonati (détail)

Après un titre sur la flambée de l’épidémie à Dunkerque, un article du Monde s’ouvre sur la description d’une file d’attente toujours plus longue où une personne serait arrivée trois quarts d’heure avant l’ouverture de… suspense !
S’agit-il d’un centre de traitement des malades de la Covid ?
D’un hôpital surchargé ?
D’une morgue débordant de cadavres infectés ?
Non, non, seulement d’un lieu « transformé dans l’urgence, jeudi 18 février, en centre de dépistage du Covid-19. »
Le premier candidat et ses trois quarts d’heure d’avance (bigre !) serait un retraité venu se faire tester juste pour se rassurer. Nous rassurer, par l’angle choisi le journaliste ne le fait pas.

Dans un article de Mediapart sur le séquençage détectant les variants du coronavirus, dès le premier paragraphe on peut lire des expressions comme « Instinct de survie oblige »… « le virus se transforme et se renforce »… « C’est pour cette raison que les variants les plus inquiétants » … « Le virus a muté et poursuivi sa conquête de l’espèce humaine. »
Or, je crois savoir qu’un virus n’a pas d’instinct de survie, ni de raison, et qu’il ne part pas à la conquête de quoi que ce soit. Un virus mute naturellement, comme n’importe quel être vivant, et certaines mutations trouvent une niche où se développer alors que d’autres échouent.
Que viennent faire ces phrases menaçantes en ouverture d’un article plutôt dédié au progrès scientifique et technique dans le dépistage ? Certainement pas rassurer.
Que la niche où se développent les variants soit à l’échelle de l’humanité ne change rien à l’affaire : il n’y a pas de plan des virus contre nous, malgré tout ce que sous-entend le journaliste.

En revanche il semble bien y avoir un plan de diffusion de la peur, peut-être pas concerté, mais à l’œuvre dans une sorte de course au catastrophisme que se livrent les différents médias. Une vidéo belge (clic) l’analyse assez bien, malgré quelques faussetés repérées par… les médias mis en cause (re-clic)… dommage qu’ils ne fassent leur travail que dans ce sens.
Cette peur est bien utile pour inciter toute une population à cesser de penser.
Quand on a peur, quand le danger occupe l’esprit, il faut avant tout se protéger.
Et pour notre protection, quoi de plus naturel que de se tourner vers l’État, ce papa magnanime qui nous trouve des solutions uniques et successives à tous nos maux.
D’abord le confinement, puis les gestes barrière, puis les masques, puis les tests, puis le couvre-feu, maintenant le vaccin…
Et si nous n’adoptons pas la solution du moment telle qu’elle nous est imposée, l’État – en bon père vigilant – nous tape sur les doigts. Normal.

Il n’est bien sûr pas question de contester l’épidémie et ses dangers. J’ai croisé suffisamment de personnes atteintes pour ne pas crier au mensonge complotiste.
Ce qui me chagrine, c’est le concert effrayant qui nous est joué par tous les instruments d’un orchestre rarement autant à l’unisson.
Et ça marche. Les Français ne savent plus quoi penser. On voit des conducteurs porter leur masque seuls dans leur voiture, mais aussi des citoyens dociles se fabriquer des attestations dérogatoires fantaisistes comme s’il s’agissait d’un antivirus.
Car la peur empêche de penser. La peur du virus comme la peur du gendarme.

Pas étonnant que l’État nous traite comme des gamins, puisque bon nombre de nos concitoyens se comportent ainsi. Mais que la presse et les médias fassent de même… Cela sent l’entrée en dictature.
Alors que faire, à titre individuel, sinon se réapproprier sa capacité à prendre du recul, analyser la situation réelle dans tous ses paramètres, et s’entourer des précautions vraiment adaptées ?

Pour conclure, la litanie contre la peur, telle que l’énonce le rituel Bene Gesserit (Dune, Franck Herbert, 1965, trad. Michel Demuth)

Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi.

Est-ce un hasard si je lis en ce moment Le Syndrome de la dictature, de Alaa el Aswany ?
(traduction Gilles Gauthier)

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